Saïd Atabekov – l’art du paradoxe

SaidAtabekov
Saïd Atabekov ou l’art du paradoxe

 

Né en Ouzbékistan en 1965, Saïd Atabekov est un artiste contemporain d’Asie Centrale. Il a fait ses études au Kazakhstan au Shymkent Art College où il enseigne à présent. Membre fondateur du groupe « Kyzil Traktor », groupe d’avant-garde au Kazakhstan apparu après la perestroïka (instaurée par Gorbatchev en 1985), Saïd Atabekov affirme une nouvelle voie opposée à l’esthétique soviétique traditionnelle.

Saïd Atabekov est un artiste pluridisciplinaire, il utilise divers supports comme la photographie, la vidéo, l’installation ou encore la performance.

Dans son oeuvre, il se fait le témoin des vagues successives de changements sociaux et politiques dans une région dominée par de fortes idéologies totalitaires et post-soviétiques. Il tente donc de mêler les traditions culturelles avec la modernisation. Il fait souvent référence à la tradition nomade, à l’islam et au capitalisme occidental. Il explore ainsi les intersections, les interactions et les paradoxes d’une culture en conflit soumise au totalitarisme.

Dans cette oeuvre Neon Paradise, une performance de 2004, Saïd Atabekov, déguisé en chamane, s’agenouille et s’incline devant les portes automatiques d’un supermarché qui s’ouvrent et se ferment.

 

The Way to Rome est une série photographique réalisée en 2007 et renvoie au voyage de Marco Polo en Asie Centrale qui se mit au service du Khan, l’empereur mongole. Il capture ici la confrontation entre la tradition locale et la globalisation, l’anachronisme d’un monde émergent.

Ici, une femme Kazakh porte une torche et un enfant dans ses bras au milieu de la steppe, nous rappelant vaguement une certaine Statue de la Liberté.

3. Said Atabekov, Way to Rome, 2007, c-print photographic series, 30x40cm 2

 

Ou encore un homme portant le croissant de lune de l’islam comme l’Atlas mythologique portant le monde sur ses épaules.

10. Said Atabekov, Way to Rome, 2007, c-print photographic series, 30x40cm

 

5. Said Atabekov, Way to Rome, 2007, c-print photographic series, 30x40cm 4

4. Said Atabekov, Way to Rome, 2007, c-print photographic series, 30x40cm 3

 

9. Said Atabekov, Way to Rome, 2007, c-print photographic series, 30x40cm 8

 

Dans Flags (2006), l’artiste met en scène des femmes dans un champ de coquelicots, la fleur traditionnelle du Kazakhstan. Chacune exhibe un drapeau fabriqué d’après un coussin traditionnel de yourte d’Asie Centrale. Les drapeaux combinent là aussi à la fois la tradition et les nouvelles valeurs occidentales. Les emblèmes du nationalisme occidental se superposent aux arabesques orientales.

2. Said Atabekov, Korpeshe Flags #5,#7,#12,#4, 2011, c-print, 67 x 100 cm

 

L’installation Farewell of Slavianka, réalisée en 2011, nous montre l’implication de l’artiste pour le respect d’une tradition qui disparaît avec la mondialisation. Il filme un village des steppes, les aînés et les jeunes s’entraident pour confectionner un tapis. En bande son, Saïd Atabekov a choisi de diffuser la marche patriotique russe composée par Agapkine. Ici, se mêlent la tradition des peuples des steppes et l’héritage soviétique. La mémoire collective est remise au goût du jour.

13. Said Atabekov, Farewell of Slavianka, 2010, installation (photos et tapis)

14. Said Atabekov, Farewell of Slavianka, 2010

 

Saïd Atabekov est un artiste qui pousse et interroge les frontières, il ouvre de nouvelles perspectives dans un contexte trans-culturel. Les marques du passé réapparaissent comme la résurgence d’une identité et d’une tradition perdues. Il nous pousse ainsi à nous interroger sur la globalisation et l’impérialisme, en nous montrant les paradoxes d’un monde coincé entre tradition et mondialisation.

Un site à visiter

Margot R.



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