Du 06.09.2014 au 20.10.2014 – Persistances – Céleste Boursier-Mougenot à l’Aubette de Strasbourg

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Persistances de Céleste Boursier-Mougenot à l’Aubette de Strasbourg du 6 septembre au 20 octobre 2014

 

« C’est au-dedans de soi qu’il faut regarder le dehors » disait Victor Hugo, or c’est au dedans de l’Aubette que l’on regarde la place Kléber, grâce à une exposition consacrée à Céleste Boursier-Mougenot qui se tient en ce moment à l’Aubette de Strasbourg, en partenariat avec le festival de l’Ososphère.

Céleste Boursier-Mougenot compositeur et artiste polymorphe, est né à Nice en 1961. Compositeur de 1985 à 1994, pour la compagnie « Side One Posthume Theatre » menée par Pascal Rambert, il élabore depuis une vingtaine d’années des installations qui lui permettent de donner une forme autonome à sa musique. La musique et le son sont les matériaux essentiels de son art, car de chaque objet, Céleste Boursier-Mougenot extrait un potentiel musical. Ses dispositifs interrogent nos sens et nous confrontent à l’expérience de l’écoute.

Portrait de Céleste Boursier-Mougenot

Portrait de Céleste Boursier-Mougenot

Une expérience qu’il développe en investissant l’Aubette de Strasbourg du 6 septembre au 20 octobre, avec trois installations qui interrogent notre regard, notre ouïe et notre rapport à l’espace. Le son est au cœur de son œuvre, c’est lui qui crée des formes sonores vivantes comme aime les nommer l’artiste. Se plaçant à l’intersection de la musique expérimentale et des arts plastiques, influencé par John Cage, et La Monte Young, il crée à l’Aubette, un dialogue entre ce lieu d’avant-garde et des œuvres protéiformes empruntant à divers champs de la création. Dans la salle des fêtes, l’artiste propose une nouvelle version de l’installation vidéodrones qui se superpose à l’architecture et au décor géométrique pensés par Théo Van Doesburg en 1928.

videodrones, Céleste Boursier-Mougenot, 2014  Musées de la Ville de Strasbourg Photo, K. Stöber 3

videodrones, Céleste Boursier-Mougenot, 2014 Musées de la Ville de Strasbourg Photo, K. Stöber 3

Là, deux époques se rencontrent par le face à face des formes et des techniques. Le vidéodrone conçu pour l’Aubette retransmet en direct les images de six caméras de la place Kléber, tout en transformant en son le flux de cette même image dans un bourdonnement continu rappelant le bruit du drone et modulant nos sensations. L’intensité sonore est modulée en fonction de l’exposition des caméras à la lumière, au mouvement, à la vitesse et à la taille des personnes et objets qui traversent leurs champs. L’expérience du son et de la vidéo, place alors le spectateur au cœur de la vie quotidienne, au cœur de la déambulation de ces inconnus qui traversent la place, vaquant à leurs occupations. Comme hors du temps, nous sommes les observateurs, les voyeurs, nous marchons au milieu d’une foule qui ne nous voit pas mais que l’on observe de l’intérieur. Le son vrombissant nous englobe et, au fur et à mesure, la vibration devient intérieure, se muant en une traduction de notre énergie vitale. Mais cette œuvre est à prendre à double tranchant, à la fois révélatrice des autres de par notre regard naïf, Céleste Boursier-Mougenot pose aussi la question de la surveillance dans une société où tout est contrôlé, formaté et inspecté.

videodrones, Céleste Boursier-Mougenot, 2014  Musées de la Ville de Strasbourg Photo, K. Stöber 3

videodrones, Céleste Boursier-Mougenot, 2014 Musées de la Ville de Strasbourg Photo, K. Stöber 3

Dans le foyer bar qui jouxte la salle des fêtes, prend place persistance I. Sur un socle, au centre de la pièce, un euphonium rejette de la mousse au rythme des compositions sonores approches et immersions, toutes deux réalisées en 1993 et diffusées dans le ciné-dancing. Comme les chants des sirènes, des voix de femmes se superposent à une pièce pour un quatuor de violons, rejouant le mythe de l’Odyssée. Céleste Boursier-Mougenot nous met ici en situation de tentation comme le fut jadis Ulysse. Le charme des voix, la douceur de leurs timbres associés à la mousse sortant de l’euphonium nous retiennent dans une atmosphère enchanteresse où le son, dissimulé, apparaît sous une forme physique. L’Aubette retrouve l’ambiance sonore qui rythmait ses nuits et ses bals endiablés. Les voix et les déambulations des passants sont comme les fantômes d’un temps révolu, réanimés par notre propre expérience. En quittant cet endroit, le son persiste, il résiste, il résonne et nous accompagne.

persistance 1, Céleste Boursier-Mougenot, 2014  Musées de la Ville de Strasbourg Photo, K. Stöber 2

persistance 1, Céleste Boursier-Mougenot, 2014 Musées de la Ville de Strasbourg Photo, K. Stöber 2

Finalement, cette exposition ne se regarde pas, elle se vit. Elle nous demande de nous arrêter, de prendre le temps contrairement aux gens qui courent vers leurs occupations. Dans l’Aubette, la réalité s’estompe pour laisser place à un cocon de sons et de voix, de vidéos et d’objets. L’exposition s’appréhende sur la durée, afin d’en percevoir les nuances. Ici, l’univers de Céleste Boursier-Mougenot nous englobe. C’est une chrysalide de laquelle nous sortons charmés et troublés par la surprenante vie qui s’échappe de ces installations.

Courez vite voir cette exposition, un coup de cœur !

Céleste Boursier-Mougenot représentera la France à la Biennale d’art de Venise en 2015, un artiste à suivre…

Lieu : Aubette 1928 Place Kléber Arp, 67000 Strasbourg
Tél. : +33 (0)3 88 52 50 00  / Tram : Homme de Fer.
Horaires : Ouvert du mercredi au samedi de 14h00 à 18h00
Tarif : entrée libre

Article par Margot R.



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