Feedback d’INACT Festival de performances mixmédias – 9 au 12 mai 2013 – Strasbourg

Intro

Feedback d’INACT Festival de performances mixmédias – 9 au 12 mai 2013 – Strasbourg

Le week end dernier (du 9 au 12 mai 2013) a eu lieu à Strasbourg, le festival de performances mixmédias : INACT. Cet événement a exploré l’art performatif et la représentation «active» sans distinction de médiums artistiques. Poètes, musiciens, plasticiens, acteurs et danseurs ont été invités pour la troisième année afin d’incarner, révéler et revisiter l’art performance.
Travaillant pour Touch-Arts et présente les quatre jours du festival, je vais vous présenter un peu ce qui s’est passé au Cinéma Star Saint-Exupéry et aux Hall Des Chars.

JEUDI 9 MAI 2013

– Performance Off Screen d’Émilie Schalck et projection du film Pepperminta de Pipilotti Rist

Émilie Schalck

La première journée d’INACT s’est déroulée au Cinéma Star Saint-Exupéry commençant par une performance d’Émilie Schalck, « Off Screen ». Lorsqu’on arrive dans la salle de cinéma, une ouvreuse nous accueille en nous donnant des lunettes 3D, mais pas celles des cinémas, plutôt celles des paquets de céréales de notre enfance, vous voyez ? Elle nous offre même des cheeseburgers. Une fois la lumière éteinte, l’écran s’allume, nous dévoilant des phrases dans plusieurs langues. Puis, arrive deux personnes portant des masques, tenant une bannière avec l’inscription suivante : « Thats’ All Folks ! » et une demoiselle habillée en Blanche-Neige. Pendant qu’un couple dance un slow devant l’écran, un homme se balade avec un chien et une jeune fille parle dans un mégaphone. La performance a su prendre possession du lieu : la salle de cinéma. L’immersion totale de l’œuvre dans l’espace et ce contact direct avec le spectateur en lui donnant les lunettes m’ont beaucoup plus.

Pipilotti Rist

Cette performance a été suivie du film « Pepperminta » de Pipillotti Rist. La vidéaste Suisse, aime travailler les couleurs et le son, s’est donc tout naturellement que ces thèmes sont à l’honneur dans ce film. Je connais cette artiste depuis quelques années et j’ai toujours été fan de son univers un peu décalé et haut en couleur. Par contre je n’avais jamais vu « Pepperminta » et j’ai beaucoup apprécié l’esthétique du film qui nous donnait la sensation de vivre dans un arc-en-ciel. Vous pouvez apercevoir un peu son univers avec la bande annonce de « Pepperminta » ou encore cette œuvre « I’m Not The Girl Who Misses Much ».

Les autres journées du festival se sont passées aux Hall Des Chars, nous proposant une multitude de performances. Je vais alors vous en présenter quelques unes !

VENDREDI 10 MAI 2013

Christian Botale – « LoTILIKI NA MAZA (courant dans l’eau) »

Christian Botale

Pour débuter cette série de performance aux Hall Des Chars, c’est Christian Botale qui s’y colle. Le thème de l’eau est mis à l’honneur dans le travail qu’il nous propose. Enfermé dans une poche de plastique, il remplit, à l’aide d’un tuyau sortant de la poche, avec de l’eau, et une substance qui semble être du sucre, un bocal. Au début de la performance, un écran nous montre comment il a construit son installation. J’ai interprété son travail comme une façon de nous montrer la valeur que possède l’eau, puisque tout au long de la représentation, il la maniait avec précision.

– Jeanne Berger – « The Loss »

Jeanne Berger

Jeanne Berger, metteur en scène, a créé une chorégraphie pour répondre à cette question : « peut-on faire une étude chorégraphique du deuil ? » Le spectacle s’offrant à nous se présente sous cette forme : un écran projetant une vidéo d’une danseuse, alterné par trois danseurs sur scène. Pour répondre à ce questionnement, l’artiste souhaite utiliser le message que véhicule le corps d’un danseur et sa singularité. Cette représentation fut envoutante par les jeux des lumières. La salle était plongée dans la pénombre, seuls les danseurs étaient éclairés rendant leurs gestes poétiques grâce aux ombres qui s’en dégageaient.

– Magalie Ehlinger – « Eclaircie »

Magalie Elhinger

À travers cette pièce, Magalie Ehlinger questionne la gouvernance à partir de la définition suivante : « Éclaircie n.f : Endroit clair qui apparaît dans un ciel nuageux ou brumeux. » Un homme s’oppose au Grand Roi de la Raison Raisonnante de l’empire de Sadhépend. Dès que le monarque apprend la dérive de ce citoyen, il tente de le remettre dans le droit chemin. Une jeune femme, portant une perruque blonde interrompt sans cesse le souverain dans son discours afin de donner une définition de certains mots aux spectateurs, donnant un côté comique à la pièce.

– YoNi Corpus – « Un murmure de la rue »

Cette performance sonore, visuelle et chorégraphique pose les questions de l’intimité et de l’espace privé qui est important pour n’importe qui, puisqu’il permet de nous protéger, de nous mettre à l’abri ou nous représenter. Chaque artiste participant à cette performance, s’approprie un espace, dans lequel il évolue et nous fait part de ses sentiments. L’emplacement du lieu, le Hall Des Chars, a permis d’avoir une ouverture de l’espace sur la rue, c’était un élément très intéressant, étant donné qu’on pouvait observer toutes sortes de réaction de la part des passants surpris de tomber sur la performance au hasard de leur marche, donnant souvent un côté comique.

– Marine Angé, Violette Angé et Stéphane Clor – « Episode 226 »

Marine Angé : Stéphane Clor

Cette performance mêle voix parlée, musique et danse. La faible luminosité présente sur les trois artistes a créé une atmosphère intimiste entre eux et nous, spectateurs. Cette lumière, a rendu les gestes lents de la danseuse, délicats.

– Salut c’est cool – Concert

Salut c'est cool

 

Salut c’est cool, on dirait des gars tout droit sorti de « Retour vers le futur ». Un style atypique que certaines personnes jugeraient de « kéké » mais que je l’ai trouvé plutôt cool (sans mauvais jeu de mots) puisqu’on fait directement un retour dans les 80’s avec eux. Et la musique qu’ils nous envoient, nous donne bien envie de prolonger le voyage dans cette autre décennie. Cette sonorité électro, accompagnée de leur bonne humeur scénique, nous a tous convaincu. On peut le dire, le groupe porte plutôt bien son nom, parce que c’est bien ce qu’on a envie de dire à la fin de leur set : « Salut, c’était cool ».

SAMEDI 11 MAI 2013

– H. Péchoux, T. Boltz et B. Schlotter – « Voyage enCYCLOpédique »

H.Péchoux :T.Boltz : B.Schlotter

Le projet d’Hervé Péchoux est d’écrire une encyclopédie intitulée « Géographie d’un multivers ». Cette démarche est créée dans le but de faire un lien et une synthèse entre sa démarche artistique et sa conception du monde. Cet ouvrage comporte les mots de la langue française avec une définition recréée par l’artiste. Avec « Voyage enCYCLOpédique », Hervé Péchoux les reprend dans les propos du texte. J’ai trouvé la mise en scène intéressante puisqu’elle joue sur le mot « encyclopédique ».  En effet, les interprètes ont intégré le vélo (cyclo) dans leur prestation. Dans le fond, cette performance, m’a rappelé la pièce de Magalie Ehlinger, jouée la veille, qui intégrait, elle aussi, des définitions dans son spectacle. Même si elle donnait les vraies significations des mots contrairement à Hervé Péchoux.

– Natalia Jaime Cortez – « ICI » 

Natalia Jaime Cortez

Le noir complet, une bougie s’allume, une jeune fille s’avance vers nous et la plante dans un globe couvert d’argile. Une lumière, au dessus d’elle, finit par s’allumer. Quelques temps après le début de la performance, elle se lève, marche en rond autour du globe et éparpille des feuilles de papiers où des mots sont inscrits. L’artiste confie : « J’ai dessiné des mots, une multitude de mots comme des signes. Ils renvoient à tout et à rien, à ce que je devrais dire, à ce que vous pourriez penser, ICI ou là bas, aujourd’hui ou bientôt. » Tout comme l’œuvre « Episode 226 », interprétée la veille, la faible luminosité a su créer une atmosphère particulière. Le contraste sombre/lumière et ces feuilles qui tombaient les unes après les autres laissant échapper un son apaisant ont réussit à me transporter dans le travail de Natalia Jaime Cortez.

– Pierre Louis Aouston – « Un clou dans le cœur, mon travail »

Pierre Louis Aouston

Pierre Louis Aouston est un plasticien et un performeur dans « les mouvements de la parole. » L’artiste confie « qu’il n’est pas question de sortir la poésie du livre mais il faut fusionner la poésie dans l’image et mêler l’image avec la poésie. » C’est ce qu’il produit avec cette performance. Le spectateur est face à l’artiste lisant ses poèmes, en simultané, d’autres paroles, toujours énoncées par l’artiste, sont diffusées sur un écran. Avec cette performance, il propose une mise en scène de sa poésie dont le thème, ici, est « la démotivation au travail. »

– Sandrine Lehagre – « Performance en pied : La porte ouverte »

Sandrine Lehagre

Sandrine Lehagre, photographe plasticienne, utilise une notion empruntée à la photographie dans sa performance : « comme il existe des portraits en pied, ici, la performance se veut en pied. » Cette partie du corps est un élément important de ce travail. Un texte est lu, entrecoupé du rythme des pas de l’artiste qui dessine des formes sur le sol.

– Cie Quelque Part – « #quelquepart » 

Cie Quelque Part

Twitter, aujourd’hui, ça parle à peu près à tout le monde. La compagnie Quelque Part a décidé de mettre à l’honneur ce réseau social dans son projet « #quelquepart ». Cette performance interactive a eu lieu à la fois, à Marseille, et à Strasbourg. Les deux villes étaient reliées par Skype le temps de la prestation. Ces artistes veulent également renverser les codes qu’on nous instaure dans les théâtres ou les musées à l’égard des téléphones portables. Généralement, dans ces lieux, on doit les éteindre. Quelque Part utilise alors cet objet, comme étant l’élément central de l’œuvre. En effet, les spectateurs possédant un smartphone sont vivement invités à s’en servir et à tweeter à l’aide du hashtag #quelquepart leur avis sur ce qu’ils voient via l’interface Skype. En fonction des tweets des strasbourgeois, le performeur, à Marseille, réagit. C’est une discussion illimitée entre les deux endroits. Cette performance était très intéressante puisque c’était la seule qui rendait le spectateur également acteur de l’œuvre.

– Diana Chaumontet – « Good girl, bad girl » 

Diana Chaumontet

Avec son œuvre, Diana Chaumontet, porte une réflexion sur la condition féminine. C’est une performance que je pourrais qualifier « pour les filles », mais c’est quand même « pour les garçons ». Je pense seulement, qu’une fille se sentira tout même plus concernée, puisque l’artiste s’adresse à notre côté midinette enfouit (ou pas) en nous, qui croit encore au prince charmant et qui est sans cesse déçu des hommes.

– Poussy Draama – « I still believe I can find the nigger woman in me »

Poussy Draama

Poussy Draama, propose ici une performance sur la condition de la femme, tout comme Diana Chaumontet, mais d’une manière différente, puisqu’elle se met davantage en scène par rapport à l’artiste précédente. La version qu’elle a interprétée durant INACT est une version 2.0 d’un travail qu’elle avait déjà créé auparavant. Avec humour, second degré, provocation et autodérision, l’artiste, nous emmène dans son univers sans qu’on se rende compte. Quand le spectacle s’achève, on en redemanderait presque !

– Stella Goldschmit – « Troppo Tardi »

Stella Goldschmit

Deux écrans : un grand, avec une femme qui énonce de courts discours et une télévision. Puis, deux hommes errant dans la pièce comme s’ils étaient perdus, un peu comme des fantômes. « Deux hommes entre deux âges, entre deux mondes, entre le jour et la nuit, éclairés par la lumière de deux écrans comme dans l’intimité de la chambre juste avant le sommeil. »

– Dolores K – « Meta Gender »

Dolores K est un trio composé d’une danseuse de butoh, d’un performeur et d’une musicienne. De leurs trois arts est né le projet « Meta Gender », centré sur « la déconstruction du genre, du corps, de la musique et de la performance. » C’est avec des passages du « Manifeste contra-sexuel » de Beatriz Preciadio que le collectif illustre leur performance. Il déclare, « nous montrons, découvrons et insufflons la sexualité performative. »

– Denum – « Jesus Wash Me »

Denum

Denum présente, ce qu’on pourrait appeler, un spectacle-performance, il le nomme « Electro-Trash-Fantasy ». Ce show est unique en son genre, c’est « une sorte de cabaret absurde et décadent à l’image du monde d’aujourd’hui. » Mêlant l’électro, le sexe et la provocation, dans un paysage plutôt conventionnel de la musique, le groupe se démarque. Étant plutôt fan des choses kawaï et des univers Walt Disney, cette performance m’a tout de même dérangée. Je n’ai pas réussit à avoir un regard objectif sur leur travail puisque je me suis sentie oppressée. Mais après tout, n’est-ce pas le but de leur travail, provoquer les gens et observer leur réaction ?

DIMANCHE 12 MAI 2013

– Androa Mindre Kolo – « Mississippi »

Androa Mindre Kolo

À travers cette performance, l’artiste congolais dénonce l’esclavage du peuple Noirs aux États-Unis à l’époque où les lois raciales sont à leur apogée. Les performeurs interprètent alors à leur façon les tâches ménagères (s’occuper des enfants, la vaisselle, le ménage) qui tendent vers l’amusement pour le spectateur.

– Toy’R’Noise

Toy’R’Noise

Au lieu de jeter les objets qu’on pourrait juger obsolètes, Toy’R’Noise les récupèrent afin d’en faire une installation sonore particulière. Aspirateurs, robots électriques, écrans de télévisions et tourne-disques deviennent alors les musiciens de cet orchestre. Cette installation nous amène dans un univers sonore et visuel où les machines auraient pris vie après la disparition de l’être humain.

– Tünel

Tünel

Tünel est un duo de musique électronique, expérimentale et psychédélique. Le spectateur est face à des images de films d’horreurs dont les deux hommes improvisent un fond sonore « oscillant entre rêve et cauchemar ». Ce que nous a présenté le duo Tünel, m’a fait penser aux artistes d’Addictive TV, qui mixent le son de vidéos YouTube (un rire, une porte qui claque…) afin de créer leur propre musique. Ce qu’il y a de particulier dans leur projet, c’est qu’ils projettent ces sons/vidéos au public.

– Arnaud Paquotte – « Stripe »

Arnaud Paquotte

La dernière œuvre présentée durant le festival est s’en doute ma préférée, elle joue à la fois, sur le sonore et l’esthétique. Elle est davantage une installation qu’une performance. « Stripe », c’est une rencontre magique du fer et de l’électricité. Plongé dans le noir total, le spectateur en prend, à la fois, pour les yeux et les oreilles. Cette œuvre permet de rendre visible l’invisible, puisqu’on peut voir et entendre le déplacement de l’électricité sous forme d’étincelles. À l’aide d’un ampli basse, le crépitement de ces lumières, nous dévoile un son unique.

Ici, sont présentes quelques photos du festival, mais vous pouvez en voir davantage prises par Touch-Arts sur notre page Facebook. Vous pouvez également devenir fan de la page INACT sur Facebook.

Marilyn T.



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