Exposition Inside – Palais de Tokyo – 20.10.2014-11.01.2015

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Exposition Inside – Palais de Tokyo – Paris

Entrez et vous verrez ! Il n’y a pas d’échappatoire, lorsqu’on entre dans le Palais de Tokyo. L’exposition Inside s’impose au premier regard. D’emblée, nous sommes interpellés par le cocon géant au dessus de nos têtes. Le collectif Numen/For Use, déploie dans le hall une installation monumentale faite entièrement de scotch qui invite le spectateur à se diriger vers le début de l’exposition. On peut y entrer, dans cette toile organique. Le scotch grésille, craquelle sous le poids des plus aventureux qui en se hissant dans cette matrice protectrice activent l’œuvre.

Numen-For Use, Tape Paris, 2014

Comment décrire une exposition si variée et complexe qu’Inside ? Mes pensées sont confuses, tout comme les sensations étranges dans lesquelles je me trouvais au fur et à mesure de mon avancée dans l’immense espace d’exposition du Palais de Tokyo. On ne peut pas en sortir indemne. Les installations, les vidéos, les sculptures, les dessins qui composent ce labyrinthe concourent tous à nous faire vivre une expérience unique. C’est une odyssée, physique et mentale, une déambulation métaphorique dans notre propre intériorité. C’est un parcours qui nous fait osciller entre joie et peur, qui nous donne des sueurs froides, nous fait frisonner de plaisir et d’angoisse. Pour le commissaire Jean de Loisy,  »le visiteur est à la fois le regardeur, le sujet et la victime de l’exposition » qui le plonge dans une expérience physique, psychologique et spirituelle.

Une trentaine d’artistes déploient leurs univers dans une pièce individuelle où ils peuvent laisser libre cours aux méandres de leurs esprits créateurs. Le Palais de Tokyo apparaît alors comme un corps à explorer dans lequel les œuvres sont les organes vitaux. Il s’agit aussi d’un voyage qu’on entreprend en passant le seuil de la Forêt en carton d’Eva Jospin et le faux miroir de Diagonal section de Marcius Galan. Cette transition du monde quotidien à l’espace d’exposition nous incite à nous débarrasser de nos à priori et mettre de côté nos habitudes. Un nouvel horizon se dessine dans notre imagination et un nouveau monde apparaît dans les gribouillis de Marc Couturier et son Dessin du troisième jour. Comme dans un nuage, je cherche les formes que l’accumulation de traits fait apparaître dans mon esprit. Là un arbre, un oiseau, et soudainement une figure monstrueuse.

Eva Jospin, Forêt, 2014

Vue d'exposition, Inside, Palais de Tokyo (2014), Marcius Galan. Crédit photo André Morin

Marc Couturier, Troisième jour (Wall Drawing), 2014. Graphite. Vue d'exposition, Inside, Palais de Tokyo. Crédit photo André Morin

La particularité de l’exposition réside dans la singularité de chaque salle à nous immerger et à nous submerger de sensations et de questionnements. Certains se construisent des abris comme L’Ours dans lequel Abraham Poincheval est resté treize jours. Ou Peter Buggenhout avec On Hold, qui nous confronte lui à une ruine, à un monde bousculé dans lequel on se fraie un chemin. L’odeur du bois, de la rouille, du plastique nous donne l’impression d’une ruine fraîche. L’apocalypse vient d’avoir lieu. Il y a des abris inhabitables comme Le Refuge de Stéphane Thidet. Le refuge, ce n’est pas cette cabane de bois dans laquelle le randonneur trouve repos après une longue journée de marche. Ici, au contraire le refuge est à l’extérieur ou en nous mêmes, mais loin de cette maisonnée dans laquelle il pleut.

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Peter Buggenhout On Hold, 2014

Stéphane Thidet, Sans titre (Le Refuge), détail, 2007

Inside c’est aussi une réflexion autour du corps, celui du visiteur qui déambule et celui qui est mis en scène. Un corps sanguin chez Ataru Sato dans une pièce rouge vif faisant écho à un cœur qui bat. Un corps souffrant, celui de L’homme qui tousse de Boltanski. Cet humanoïde à l’allure inquiétante crache du sang. Sa gorge racle, mon estomac se serre et mon regard se détourne. Il y a aussi des corps qui trompent et qui se cherchent comme dans This nameless spectacle de Jesper Just. Là, une femme feint d’être paralysée pour pouvoir se promener en fauteuil roulant.

Ataru Sato, 2014. Crédit photo André Morin

Christian Boltanski, L’Homme qui tousse, 1969

Jesper Just, This Nameless Spectacle, 2011. Courtesy James Cohan Gallery, Galerie Emmanuel Perrotin et Galerie Nicolai Wallner. © Jesper Just 2011

Le corps est à la fois dedans et dehors, enveloppe de l’âme et contact avec le monde sensible. Il nous permet d’être au monde. Dans cette exposition, notre corps est une navette, un vaisseau spatial qui nous fait traverser des tas d’univers. Ces univers, eux, nous font ressentir divers sentiments.Transporté dans un monde parallèle, le visiteur fait l’expérience des contrastes. Passant de l’obscurité d’une salle de projection vidéo à la lumière éblouissante et virginale de la pièce conçue par Berdaguer & Péjus qui conçoivent avec E.17 Y.40 A.18 C.28 X.40 0.13,5. un endroit où poussent des arbres sortis de la tête de patients en psychiatrie. Inside joue aussi sur la continuité, aucun espace n’est laissé vide, même l’escalier qui mène au niveau inférieur est un graffiti en colimaçon réalisé par le street artiste Dran. Il détourne les contes et les représentations culturelles pour nous mener dans un monde illustré à la limite de la rêverie. On ne sait pas où on est dans cet espace gigantesque qu’est le Palais de Tokyo. Le parcours scénographique nous fait descendre et monter, tourner et reculer. Les repères, il n’y en a plus. Contrairement à un lieu d’exposition dans lequel il est possible d’avoir une vision d’ensemble, ici on ne sait jamais quand le voyage va s’arrêter. Suspens !

Christophe Berdaguer et Marie Péjus, E.17 Y.40 A.18 C.28 X.40 0.13,5 (détail), 2014. © ADAGP, Paris 2014.

dran, Attention de ne pas tomber, 2014

C’est finalement au travers de la métaphore du voyage initiatique que l’exposition Inside prend tout son sens. On entre par un point A et on ressort par un point B et en sortant le visiteur n’est plus tout à fait le même, car entre le début et la fin, il a exploré ses limites, ses peurs et ses désirs. La manière de percevoir ce qui nous entoure change, le regard et l’esprit ont été éveillés par des environnements surprenants. J’en suis ressortie pour ma part, émerveillée et désorientée. Et vous ?

Nathalie Djurberg & Hans Berg, - Copie

PALAIS DE TOKYO
13, avenue du Président Wilson,
75 116 Paris

HORAIRES
De midi à minuit tous les jours, sauf le mardi
Fermeture annuelle le 1er janvier, le 1er mai et le 25 décembre
Fermeture exceptionnelle à 18h le 24 et le 31 décembre



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