Origine et Sociologie du Clown

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Peinture de Bernard BUFFET

Le clown, est pour beaucoup, un symbole du rire, une personnalité presque mythologique qui n’a qu’une forme partiellement humaine. On le retrouve au cirque, au milieu d’acrobates, de dompteurs et de maintes personnalités aux qualités tout à fait extraordinaires. A l’origine, comme on peut le lire dans l’ouvrage Cirque, communication et culture d’Hugues HOTIER, le clown était appelé le grotesque et il entrait en piste pour se moquer des artistes qui l’avaient précédé d’une manière burlesque et parodique. Le temps passa et le clown devint une sorte d’homme à tout faire pour amuser le public. Il commença donc à susciter l’admiration du public et ne fut plus simplement à l’image d’un pitre ou d’un raté. En effet, cette pratique du clown va donc se rapprocher d’une pratique de comédien. Chaque clown va avoir sa personnalité propre et ses propres caractéristiques. Souvent, les clowns vont créer des duos emblématiques afin de confronter deux types de clown tout à fait opposés, à l’image d’Asterix et Obelix, de Laurel et Hardy, d’Eric et Ramzy, ou des Frères Taloche. C’est cette idée de contraste et d’opposition qui va susciter chez le public une forme de rire. Plusieurs clowns célèbrent incarnent un duo : il y a Dario et Bario en France, ou Footit et Chocolat en Angleterre. Ce dernier couple anglais connu un grand succès en imposant un duo comique entre un clown blanc autoritaire et un Auguste noir souffre-douleur. L’ expression « Je suis Chocolat » signifiant « je suis berné », a été popularisée par les dialogues de leur numéro.

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« Bref c’est l’individu aux prises avec le carcan de la société que la parodie clownesque met en exergue. »


Hugues Hotier va analyser plus précisément quelles sont ces différentes formes du rire au cirque. Pour résumer son propos, il y a le rire de la parodie, le rire dérisoire, et enfin le rire mauvais, qui se plait à rire du malheur des autres. Le clown joue donc avec le rire jaune, le rire vrai et le rire mauvais qui fait parti constituante de l’humanité. Un clown « boit d’énormes rires et mangent des bravos » était le propos de la chanteuse Edith Piaf à propos du clown dans sa chanson Bravo pour le clown où elle relate également le rire du public à propos de toutes les horreurs qui arrivent au clown sur scène, ce rire noir est vraiment bien décrit.

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Que se soit pour se moquer d’autrui, pour se mettre dans une situation tout à fait impossible et burlesque ou pour retourner la situation dans une complète absence de logique, le clown nous permet de nous emmener dans une euphorie particulière. Outre le rire, il s’agira donc de voir différentes caractéristiques sur celui-ci : son parallélisme avec le comédien, ses idées reçues, et enfin l’art d’être clown.


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Parallélisme avec le comédien

Charlot

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Le clown était un personnage traditionnel du théâtre élisabéthain. S’il était gaffeur, lourdaud et ridicule, il faisait également preuve d’un grand bon sens, et parfois même d’un cynisme proche de celui du bouffon. Il apparut dans le théâtre populaire en Angleterre au XVe siècle et remplaça le personnage d’Old vice (trop vieux et pas assez commode pour faire rire) qui n’était autre que le serviteur et homme de main du diable. Évidemment, le clown étant un personnage de comédie, il n’était jamais à la hauteur des tâches sournoises que son maître lui confiait, ce qui servait évidemment la dramaturgie. Le nom de ce personnage était Clod, ce nom évolua en clown. Il se base également sur le théâtre italien Commedia dell’arte avec cette similitude du masque qui exprime un certain type de personnage, notamment lorsqu’on a d’une part le clown blanc Pierrot que l’on retrouve au XVIe siècle dans ce théâtre italien en tant que Pedrolino et d’autre part l’Auguste qui ressemblerait un peu au personnage Mascarille le fourbe, ou d’autres personnages encore en fonction de la personnalité particulière de chaque clown.


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La pratique de clown est en réalité basée sur le jeu d’acteur remanié à l’inverse de celui-ci, presque comme une sorte de critique de ce dernier. Tout ce qui est bon pour le jeu d’acteur ne l’est pas pour le jeu de clown et inversement. Nous pouvons donc comparer le jeu de clown avec celui du comédien. D’une part, il s’agit de jouer avec le public. Dans le jeu d’acteur du théâtre classique, le public est très rarement adressé. On parle au public dans les one-man show, dans les arts de la rue, mais seulement très rarement dans des pièces de théâtre. Et si on lui parle, on s’adresse à un ensemble alors que le clown s’adresse à chaque personne qui se trouve sous le chapiteau, les regardant dans les yeux. D’autre part, le cirque qui à l’origine était une sorte de foire qui se déroulait sur les places publiques par petits ensemble de troupes a un côté très forain, très familial, très « bon enfant » tandis que les pièces que l’on retrouve au théâtre notamment au niveau des tragédies mais même souvent au niveau des comédies qui sont traitées de façon tragique par certains metteurs en scène et comédiens ont un côté très élitiste, entre bonnes mœurs et bourgeois avec un but à titre moraliste ou dénonciateur. Le clown est, quant à lui, une sorte de Charlot du voyage vêtu d’un nez rouge et d’habits colorés. Charles Chaplin réalisera d’ailleurs un film appelé Le cirque en 1928. Ce film est l’histoire de Charlot le vagabond qui se réfugie sous le chapiteau d’un cirque en pleine représentation et perturbe tous les numéros pour le plus grand plaisir des spectateurs. Le directeur du cirque l’embauche en tant que homme de piste. Chaque soir, à cause de sa maladresse, il déchaine l’hilarité de l’assistance et devient à son insu la vedette du spectacle.

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Cette scène est plus ou moins réitérée dans la scène du chant des Temps modernes de 1936.

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Ainsi, on peut dire que lui même s’apparente au clown, quoi qu’il s’agirait plutôt du personnage que l’on appelle le burlesque. Le clown a comme au théâtre une volonté dénonciatrice, mais elle se fait par la parodie, permettant dans l’exagération une compréhension meilleure par le public, tandis qu’au théâtre, la dénonciation est parfois bien complexe à trouver entre second voir troisième degré et allusions lointaines.

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Peur, rejet, idées reçues

orange mécanique

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Il s’avère que l’on remarque que dans la société d’aujourd’hui, il y a une sorte de rejet certain, voir de dégout pour le clown. Certains ont une peur terrible du clown, clown que l’on représente parfois dans des films d’horreur ou que l’on ne reconnaît pas comme un humain par son déguisement et surtout son nez rouge parfois traumatisant dans l’enfance. Claude François écrira une chanson sur le clown avec la célèbre phrase : « Tout le monde aime bien les clowns, pourquoi pas toi? ». Certains pensent que le clown s’adresse uniquement aux enfants, et que sa pratique est tout à fait stupide et malmenée. Peut-être ont-ils simplement assisté à des numéros de clown particulièrement mauvais. Le clown non seulement fait peur, mais dégoute, et renvoie à une image vulgaire. Le maquillage particulier du clown et spécifiquement le nez rouge y est pour beaucoup. Il s’apparente à un l’idée du fanfaron alcoolique et fou, et à l’ivrogne qui embête les passants, encore un message qui porte atteinte à la vision du clown. En plus que de s’apparenter à l’ivresse, il s’apparente également à un personnage de type schizophrène qui aurait comme une double personnalité. Cette notion est perturbante pour le commun de la population. En effet, comment comprendre des attitudes qui ne nous ressemblent absolument pas?

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Dans la pensée de ceux qui rejettent et ont peur du clown, on voit ce rapport aux enfants avec un côté malsain, voir pédophile. C’est ce que relate le film expressionniste M le maudit de Fritz Lang (1931) puisque le personnage de « M » pédophile et meurtrier malade mental va attirer les enfants par un ballon ou par des sifflements, qui sont tous deux des accessoires appartenant au jeu clownesque.

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Dans le film Orange Mécanique de Stanley Kubrick datant de 1971, le personnage principal, horrible violeur et meurtrier se trouve être vêtu d’un habit particulier qui pourrait s’apparenter à celui du clown. On voit donc bien que la culture de tout le XXe siècle nous envoie sans cesse des messages négatifs sur l’idée du clown.

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YouTube Direkt

Le clown a également un côté pathétique qui énerve. Dans la comédie musicale Chicago, le personnage principal peut également être apparenté au clown, mais il relaterait du clown pathétique. Il est cocu, roulé dans la farine, menti, ruiné et transparent pour tout le monde. On le voit dans un passage d’ailleurs déguisé en clown afin d’être tourné en ridicule en public.

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Pourtant, être clown n’est pas un stupide titre que l’on donne à certains marginaux comme on donnerait le titre de sorcière à n’importe qu’elle femme qui pourrait faire vaguement penser à cette emblème mythologique et historique de par son rire, ses verrues, son déguisement, ses remèdes magiques et ses cheveux crépus. Bien au contraire, être clown devrait être reconsidéré par la population sédentaire d’aujourd’hui qui ont trop souvent une opinion arrêtée et préjugée sur ce titre.


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L’art d’être clown

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Le jeu du clown consiste à se déposséder de certains codes de la société qui nous constituent et nous conditionnent tous les jours pour arriver à une sorte de pureté infantile. Dans le film documentaire d’Ambroise Bucher réalisé en 2009 en partenariat avec la ville de Strasbourg du nom de Monsieur Butterfly qui est l’histoire d’un clown qui va travailler pendant un mois dans un hôpital avec des enfants malades, on se rend bien compte de la pureté qu’intègre le personnage du clown et de son rapport particulier qu’il peut entretenir avec des enfants handicapés mentaux et physiques, notamment combien il est compris et apprécié par les enfants autistes. Il s’agira donc de se rendre compte qu’être clown est un véritable art à part entière et que son jeu a quelque chose de très complexe et de très précis à l’intérieur même de ce que l’on peut voir comme de l’exagération ou du grotesque et que l’âme d’un clown possède une vérité particulière sur la vie, un côté fantastique, outre-mesure… Il a une capacité à communiquer qui est différente de la norme, et arrive donc à faire un lien tout particulier avec ces enfants-là. C’est une sorte de personnage qui surpasse l’humain, au delà de la réalité, du temps et de l’espace.


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Le fameux personnage de Coluche incarné par Michel-Gérard-Joseph Colucci, est très particulier : on peut l’apparenter par son apparence et sa manière de jouer à un clown, avec son visage rond, ses joues et son nez rosés ainsi que ses cheveux décoiffés et ses salopettes et habits aux couleurs franches. Le succès fulgurant de ce comique français qui est un véritable humaniste et artiste engagé nous montre bien en quoi le travail de clown est complexe et impressionnant dans la manière dont il incarne une certaine vérité. Ce clown serait à l’image des clowns modernes, clown du nouveau cirque, clown parlant et clown vulgaire. Il appela en 1981, en se présentant aux présidentielles, les « fainéants, les crasseux, les drogués, les alcooliques, les pédés… » à voter pour lui et reçut 16% des intentions de vote.

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On sent bien qu’être clown relate ici d’une vraie position engagée visant à rire de la situation politique et sociale de l’actualité et que son travail est bel et bien réussi puisqu’il suscita un tel succès. Encore aujourd’hui il est connu et apprécié de presque toutes et tous.


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Au niveau de la personnalité du clown, tout l’art réside dans la capacité à avoir un jeu franc, affirmé, une personnalité propre qu’il faut tenir de bout à bout dans un jeu de l’exagération très complexe à posséder. Beaucoup de travail pour se former son personnage de clown est nécessaire. Les clowns apprennent avec leurs maîtres clown la pratique du clown. Il ne s’agit pas de s’improviser clown en revêtant un déguisement pour avoir le titre de clown. Comment ne pas trouver merveilleux la capacité à transformer un objet du quotidien en tout autre, à nous faire rêver et à nous aider à sortir de la vision normative du quotidien?

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En conclusion, le clown a pour but d’être l’un des éléments du cirque, à savoir qu’il a pour différence avec les autres artistes que sa place consiste à faire rire le public. On pourrait dire qu’il s’intègre bien au sein des circaciens parce qu’il correspond, à l’image des autres statuts d’artistes, à une sorte de dépassement de soi et de la réalité. Tout comme il est incroyable de pouvoir dresser un éléphant, où tout à fait inimaginable de sauter dans un cerceau de feu sans se brûler, se balancer dans les airs sans tomber, il est incroyable d’incarner le personnage de clown . Il est tout aussi sur-humain que les contorsionnistes, les voltigeurs et les athlètes de tout genre. Il est dommage qu’on l’apparente à une image négative très souvent, mais peut-être que c’est par ce dégout et cette peur que le clown peut continuer à interroger, perturber, questionner, intimider et surtout susciter une sorte d’admiration. Il est sûr que la pratique du clown est à double tranchant mais qu’importe la position du spectateur, il est sûr qu’il fixera ce « drôle » de personnage qui fait ces « drôles » de choses sur cette « drôle » de scène.


Article entièrement rédigé par Enora Keller



3 Comments

  1. Julien wrote:

    Tu as raison de dire qu’on se s’improvise pas clown en revêtant un déguisement. C’est plutôt en se déshabillant qu’on a une chance de trouver son clown. se dévêtir de notre habit de société. S’improviser en vivant en dehors de ces lois. s’en inventer d’autres. A chaque clown ses propres lois. c’est peut être cette subversion qui fait peur. S’inventer des lois! peut être aussi pour ça dans orange mécanique non? Je ne suis pas sur qu’ils soient autant « diabolisés » par Kubrick. Il s’amuse aussi de ce code là non?
    Bref beau petit sujet que tu as concocté là.

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