Soulfly – Savages

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Soulfly – Savages

Soulfly, groupe de métal aussi léger que le Dimanche chez mamie, revient avec un album assez rentre dans ta gueule et bourre-pif. On ne s’attendait bien sûr pas à ce qu’il en aille autrement, mais on peut noter, en guise de préambule, que les déclarations du groupe de ces dernières années vont crescendo dans ce sens. « Cet album est notre plus violent jusqu’à présent ». Sentence en demi teinte quand on se remémore leurs récents albums, inégaux certes, mais effectivement radicaux. On note une manie récente à caser des solos heavy/trash sans queue ni tête, qui avaient tendance à plomber les morceaux. Rassurons ceux qui y trouvaient leur plaisir, vous serez servis une fois encore.

Pour les autres en revanche, l’album constitue un bon moyen de renouer avec Soulfly. Ce titre alambiqué et subtile de Savages, est un moyen pour le groupe d’effectuer un retour aux sources proche de Sepultura (les docteurs ès sauvagerie), et de déployer ainsi, comme une gamine dans son journal intime, leur jardin secret, leur forêt bucolique. Ou pour parler pompeusement, leur ars metallica.

Savages démarre sur les chapeaux de roue avec un long titre, « Bloodshed ». Une ouverture dans la veine de leurs précédents efforts, qui se fait dans le sang. C’est une tradition depuis Conquer : « Blood, Fire, War Hate » ouvrait le bal, tout comme « Bloodbath & Beyond » ouvrait Omen. Le chaînon sanglant a toutefois été avorté pour Enslaved. Ce rapport au sang est d’autant plus important ici que Max Cavalera partage le crachoir avec son fils Igor. Entrée en matière sympathique, qui aurait mérité d’être un peu plus mordante.

« Cannibal Holocaust » met la rouste directement après ce premier titre un peu plus lent et long. On se retrouve dans le rentre dans ta gueule caractéristique du groupe, dans un morceau très old school. Solos en pagaille, rythmique hardcore, voix sauvageonne, véritable promesse de bonheur en concert.

« Fallen », est un titre fort, pour le moins balaise et membré. Curieusement, ce titre était déjà le meilleur du dernier effort d’Heaven Shall Burn. On voyage ici en terra cognita : en effet, on retrouve les composantes mélodiques aériennes et brutales de Sepultura, avec un supplément de saleté avec Jamie Hanks de I Declare War à la voix. Zyon Cavalera met ses talents de batteurs bien en avant, et termine dans un océan de tatanes façon John Bonham.

« Ayatollah of Rock’n’rolla » enchaîne l’instant caviar de « Fallen », en s’offrant les services de Neil Fallon (Clutch) aux vocals s’il vous plaît ! Le titre ne débande pas pendant ses sept minutes de métal intensif. Fallon dans son grain de voix caractéristique part parfois si haut qu’on aurait presque l’impression d’entendre Marco Hietala, bassiste viking de Nightwish. L’aspect sussuré qui enclave le morceau rappellerait une voix off de cinéma d’exploitation, rappelant la décrépitude du genre humain. Bémol : la longueur du morceau se fait sans moult variations. La construction demeure toutefois assez convaincante.

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« Master Of Savagery » enfonce le clou dans ce retour aux sources consommé. Guitare saccadée, rythmique bien martelée, paroles de gourous lancinantes… en somme bien lourd, bien gras, il vous habillera volontiers pendant cette période festive post-Halloween. Le final plus down tempo, aux restes de trash, ouvre sur les abysses d’une BO de Carpenter.

« Spiral » amorce dès l’ouverture un retour à la fin 90’s début 2000. Cette époque bénie des riffs saturés façon Sepultura ou Néo Metal. Elle rappelle à ce titre même certains bons moments d’Ektomorf, qui doit d’ailleurs tout au son Cavalera. Max hurle à qui veut l’entendre qu’il y a des spirales dans le ciel. Iconographie apocalyptique habituelle, et particulièrement incisive, elle sera un beau moyen de vous péter les chicots dans la fosse ou dans votre salon, alors que vous décidez de ruiner la soirée costumée huppée de vos amis un peu moins hardos et satanistes que vous. Un morceau à retenir, très complet, et qui ravira sans doute les fans de la première heure (qui sont d’ailleurs suffisamment loyaux pour être restés fidèles à la Soulfly Army).

« This is Violence », aucunement liée à This is Spinal Tap reste dans la lignée de tout l’effort, avec un riff plutôt inspiré, moins sur la compo que sur la sonorité, assez intéressante. Welcome to hell, consuming fire : pluie de napalm infernal sur nos pauvres têtes, dans un titre empreint de désespoir et de colère.

« KCS » vous botte le cul en touche, directement. Sans doute pour ne pas pâlir face au chanteur invité, Mitch Harris, des non moins couillus et célèbres Napalm Death, que d’aucuns considèrent comme les papas du métal extrême, certes pas à la papa, qui n’écoutait sans doute pas de ces effluves là. L’expression pourrait seoir aux pères les plus en vogue, qui offrent des pyjamas Cannibal Corpse à leurs bambins. On aurait pu s’attendre à plus d’extrême, mais le tout reste assez agréable, tout en finissant de renouer avec les premières amours tribales du groupe. Le pont vers 3 minutes est en revanche assez frais dans la discographie du groupe, qui semble avoir choisi de ne pas s’enliser dans un retour aux sources absolu.

« El Comegente », pendant mexicain non syndiqué de « Plata o Plomo » du dernier album de Soulfly, propose 8 minutes de joie et de bonne humeur. Tony Campos donne de sa voix pour rajouter à la psalmodie imprécatoire du titre. Petit écueil, s’il reste épique, il est en soi moyennement intéressant, si l’on excepte toutefois la fin douceâtre et latino américaine, qui donne à ce morceau un bon contraste : une finale oxymorique qui permet de donner du relief à un morceau qui se mordillait la queue.

« Soulfliktion », titre en contraction ô combien finaude, permet de clore bien comme il faut. Dans un trip super alt-schule, incisif, qui transformera votre nuque en Mathusalem de graisse et de pus, si toutefois vous appréciez vous en prendre plein la tronche (auquel cas ne seriez peut-être vous déjà plus en train de lire cette chronique, et seriez allé faire une grille PMU, ou qui sait, jardiner un brin). Max balance d’effrayants « WHO », qui questionneront vos convictions en vous procurant quelques spasmes. Évitez de l’écouter à blinde alors que vous vous servez votre cannette matinale. L’avant dernière minute est pour le moins dansable, et vous donnera envie de remuer du popotin : les fans de métal comprendront, les boîteux et caduques siroteurs de vodka Belvédère moins.

Savages, pris dans son ensemble est certes un peu répétitif, mais on reconnaît bien sûr la patte du groupe qui a fait date. Pourtant, si les derniers albums avaient un peu dérouté les fans, sans pour autant être absolument inintéressants, Soulfly a bien choisi de renouer avec ses sources les plus tribales et planantes qui faisaient le sel des regrettés Sepultura ancienne mouture. Conseil œnologique : sa robustesse à l’oreille doit se cumuler à la dégustation d’un bon calice de sang et d’une tranche de Comté, pour plus d’aphtes et autres délices buccaux, à la hauteur de la finesse barbelée qui ponctue le lyrisme couillu de Savages.

Par Jean-Gauthier MARTIN

« Mais ça marche avec n’importe quel ayatollah ; l’ayatollah Nakhbenda, l’ayatollah Sahedi ! A l’heure où j’te parle, l’ayatollah Razmarah et ses cadres fanatiques consolident leur pouvoir » [Homer Simpson]

 

 

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