Rencontre avec Thierry Balasse Créateur du Spectacle la Face Cachée de La Lune au Festival Musica à Strasbourg

Rencontre avec Thierry Balasse Créateur du Spectacle la Face Cachée de La Lune au Festival Musica à Strasbourg

C’est dans les locaux du festival Musica situés au sein de la cité de la danse et de la Musique que Touch-arts a rencontré Thierry Balasse pour une interview autour de son spectacle : La face cachée de la lune .
Compositeur de musique électroacoustique  technicien, et musicien autodidacte, Thierry Balasse est un homme qui aime jouer avec les sons : qu’ils soient notes, bruits ou mots.  Inventeur du gant à Larsen, il  explore de nouvelles contrées sonores, improvise et s’adapte aux environnements dans lesquels il se produit.
Rencontre avec un véritable chercheur et esthète du son …

Touch-Arts :Comment vous est venue l’idée du projet ?

Thierry Balasse : Pink Floyd est une passion d’adolescent : J’ai été très marqué par l’écoute de  « The dark Side Of The Moon ».
Je le trouve très riche, avec un grand nombre de bruitages et très complet en terme de dimension sonore.
Ce projet me permet ainsi de  présenter mon approche de la musique à un public mixte : Ceux qui sont initiés à la musique expérimentale et aux travaux sur les sons et un public peu familier avec ce style mais fan du groupe. J’ai ainsi pu voir des spectateurs de tout âge et de tout milieu assister à notre spectacle et j’en suis très content.

T-A :  Pourquoi cet album et pas un autre ?

T.B : Pour moi, cet album est une vraie claque ! En terme de mixage et de travail des sons, c’est une production remarquable. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs qu’il a longtemps été utilisé par les revendeurs de système audio pour démontrer la qualité de leurs produits !
Je n’ai pas eu beaucoup d’accès à la culture étant jeune, et cet album a été mon premier lien vers la musique électroacoustique.
De plus étant donné le succès de l’album, faire un spectacle comme celui la permet de réunir les publics.

T-A : Vous n’avez pas peur qu’un tel spectacle brise la magie de l’album en le démystifiant ?

T.B : Non je ne pense pas. La dimension spectacle est généralement très bien accueillie par le public. Notre approche est différente de tout ces groupes qui tentent de reproduire les shows des Pink Floyd à l’identique.  On ne restitue que la musique au plus près de ce qu’a pu être l’enregistrement studio, avec les mêmes instruments, outils et objets. De manière générale, le public ressort ému de cette expérience : Pour la première fois, ils ont entendu cet album comme jamais ils ne l’ont entendu auparavant !
On développe également les parties expérimentales  en les faisant durer plus longtemps.

T-A : Quelles réactions souhaitez vous susciter chez le public ?

Je n’ai jamais rien voulu susciter chez le public : J’ai beaucoup travaillé sur la matière sonore et le système auditif humain  et j’ai fait des découvertes sur les réactions humaines : On pense souvent que les images mentales que l’on associe à nos sens sont provoquées par nos organes sensoriels alors que c’est la mémoire de nos expériences qui crée ces images.
Aussi deux personnes n’auront jamais le même ressenti en sortant du spectacle puisque chacun à ses propres expériences et  images auxquelles il associe les choses qu’il entend ou ressent. Je souhaite créer de l’émotion chez le public, mais une émotion qui leur est personnelle  issue de leur monde mental.

T-A : Vous avez beaucoup travaillé dans la sonorisation pour le monde du spectacle. Qu’est ce que cela vous a apporté ? Avez vous d’autres projets dans ce domaine ?

T.B : Le théâtre m’a apporté un espace de liberté : En terme de création sonore, contrairement à la musique plus traditionnelle, il n’y a pas de standard d’écoute. On peut expérimenter, trouver de nouvelles façons de diffuser la musique, exploiter de nouveaux espaces.
Le fait de travaillé avec les personnes du milieu du spectacle a également fait naître chez moi un vrai goût pour le texte que j’inclus de plus en plus dans mes projets. Concernant les créations pour d’autres spectacles, étant donné le fort développement de la compagnie, je n’ai plus vraiment le temps.

T-A : Pouvez nous parler des personnes qui travaillent avec vous  ?

T.B :  Pour la face cachée de la lune, nous sommes 9 mais il y a un noyau central constitué de Eric Groleau, Cécile Maisonhaute et moi-même.
Eric Groleau, avec qui j’ai beaucoup collaboré en duo, est batteur et percussionniste. Nous avons pas mal travaillé sur la transformation des sons, notamment ceux de sa batterie auxquels j’ai ajouté du Delay.
Cécile vient ajouter une autre sensibilité. Pianiste de formation classique, elle apporte une dynamique supplémentaire pour former avec nous un trio très créatif et efficace.
Il y aussi Benoit Meurant qui s’occupe du traitement du son et qui fait un excellent travail avec nous.

T-A : Avez vous des projets similaires ?

T.B : La face cachée est un spectacle à part, je ne pense pas renouveler le concept.

T-A : Votre approche de la musique et du son semble assez particulière…

T.B :  Je porte toujours sur les sons un regard scientifique et poétique : Avoir une maîtrise technique et savoir s’en libérer, s’en détacher, c’est le plus important pour moi. De plus,Je n’ai jamais eu de formation musicale : Mes parents m’ont offert une batterie complètement déglinguée quand j’était plus jeune à laquelle j’ai intégré des tas d’objets pour expérimenter de nouveaux sons. Pour moi la musique, c’est l’art de jouer avec les sons.  Ce que j’aime, et ce que je souhaite avant tout, c’est créer de l’émotion. L’absence de maîtrise est quelque chose qui me caractérise. C’est également ce qui défini la musique concrète : Accepter de se mettre en danger, d’improviser, de s’adapter. Quand on reste trop dans un cadre, on devient formaté. Pour moi un cadre est fait pour qu’on en sorte.

T-A : Quels sont les artistes qui vous inspirent ?

T.B : Pierre Henry et Christian Zanési  en terme de musique électroacoustique et expérimentales.  Sinon j’aime bien les premiers albums de Radiohead.

T-A : Quels sont vos projets à venir ?

T.B : Un spectacle autour du mémoire de philosophie de Jean Jaurès : De la réalité du monde sensible.
C’est un texte avec une dimension poétique et des envolées lyriques qui me plaisent beaucoup.
Il traite également du son, de la lumière, et de l’universalité géographique et temporel du lien entre les hommes.
Nous y improviserons et jouerons la musique baroque accompagnés d’un comédien qui fera un lecture choisie de ce texte.

T-A : Les spectacles de votre compagnie Inouïe n’ont rien de conventionnel. Quels sont ses objectifs et ambitions ?

T.B : J’ai toujours une réflexion sur l’aspect visuel d’un spectacle : J’ai envie d’aller plus loin que le simple concert. Je ne veux pas jouer que dans des salles, mais partout ! Explorer les lieux, les exploiter au mieux. Je fais des concerts dans la rue, les médiathèques, les théâtres… Partout où il y a des personnes intéressées ! Que cela soit pour 10 ou 200 personnes, je souhaite développer, avec l’aide de ma compagnie, le rapport à l’écoute, l’exploration du son auprès d’un public le plus large possible !

T-A : Vous êtes très présent sur le festival Musica (La face cachée de la lune, le spectacle sur John Cage); quels sont vos rapports avec ce Festival ?

T.B : Je suis très content d’être ici et  ravi de l’accueil que m’a fait Musica, mais je dois avouer que cela me fait un peu rire. Il y a 10 ans, un spectacle comme le mien n’aurait jamais été envisageable ! L’excellence est un des caractères du festival Musica.
Je trouve que dans le milieu de la musique contemporaine, le rapport à l’excellence suppose parfois un parcours « classique », un passage obligé par le conservatoire, alors qu’il existe d’autres rapports à la musique, sans partition, tout aussi « exigeants ».
Toutefois, cette approche est en train de changer, le festival s’ouvre de plus en plus à un public moins expert et plus jeune et c’est tant mieux ! Si il arrive à s’ouvrir et en plus à conserver cette exigence c’est parfait.

T-A : Quels sont vos prochains spectacles à venir ? 

T.B : Nous allons faire une longue tournée pour la face cachée de la lune partout en France.
Un concert sous casque pour l’inauguration du Louvre de Lens est également au programme : Il se fera autour de poèmes érotiques de Ronsard.

Touch-arts.com remercie Thierry Balasse et l’équipe du festival Musica pour avoir permis cette rencontre.

 

Pour en savoir plus sur l’artiste, sa compagnie, ses projets et ses dates de spectacles, rendez vous sur  le site d’Inouïe. 

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