Live Report des Eurockéennes de Belfort : Dimanche 6 Juillet 2014

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Live Report des Eurockéennes de Belfort : Dimanche 6 Juillet 2014

En guise de préambule, je tenais à remercier de façon certes un peu potache le staff des Eurockéennes d’avoir décidé de refuser de me procurer une accréditation presse pour l’événement. Il me permet de vous bien châtier tout en vous aimant. A bon entendeur, je suis beau joueur.

Aller aux Eurockéennes de Belfort, pour quelqu’un qui a grandi dans l’Est, mais pas seulement, c’est un peu le pèlerinage de l’année qui permet de prendre la température de l’évolution de son existence. Il y a la première fois, constituant le rite initiatique qui fait que l’on passe des rigolades enfantines aux orgies dipsomaniaques de l’âge adulte. Plus âgé, on s’aperçoit, soit que l’on a changé, en remarquant que nous sommes chez nous le premier week end de Juillet, ou, en regardant combien d’amis partagent encore les joies de cette grande colonie de vacances, à quel point nous n’avons pas changé. Sombre constat nourrissant ainsi toutes les angoisses de ceux qui ne correspondent pas nécessairement aux canevas de la vie courante.

Les Eurocks, c’est un peu l’île des enfants perdus de ceux qui aiment la musique, ou qui ont refusé de « grandir », ou simplement de changer. Le festival est doté d’une certaine éthique, qui permet au festival de garder une authenticité et une âme : peu de festivals français peuvent se targuer d’en posséder une similaire.

On notera pourtant un malaise, de taille. Le prix du billet est cette année passé à un cran supérieur, pour une programmation qui est un cran en dessous. Après la pseudo débandade de 2010, le staff avait réservé des éditions 2011 et 2012 plus old school, une 2013 sur laquelle nous vous laisserons débattre, et avec ici une année 2014 un peu mollassonne. Comment justifier un tel tarif quand l’affiche ne comporte pas de REELLE tête d’affiche, sinon Robert Plant, qui n’est plus tout jeune. Remplir un festival, ça va de soi, et c’est crucial. Il ne faudrait pourtant pas tomber dans la case trop familiale qui fait que, beaucoup de gens viennent aux Eurocks par habitude, mais commencent à être frustrés (de l’absence flagrante de métal au fur et à mesure des années notamment, mais nous y reviendrons). Nous avons beaucoup de réserves avant de retourner à Malsaucy.

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Mais deux minutes aux abords du site auront raison de notre méfiance (non pas de notre avis sur la politique tarifaire comparée à l’affiche) : on est heureux d’être à nouveau à la maison. « Music in Paradise », nous promet le slogan de l’année. Un paradis qui aura été boueux et pluvieux, mais moins que ce qui était prévu. On se dépêche à l’ouverture pour ne pas rater l’un des premiers éléments Rock (dédicace à tous les critiques de haut vol qui rappellent que les Eurockéennes ne sont pas les Eurapéennes) : Uncle Acid and the Deadbeats.

Nous entrons un peu vite sur le site, tout en sachant qu’il faudra rater Crew Peligrosos qui ont pourtant l’air d’envoyer du bois sur l’esplanade Green Room. Quelques bribes de son saturés par le pas de la course résonnent encore dans nos oreilles, entraînant avec eux cette cruauté du festival qui fait que l’humain, tas de vomi, n’a pas encore compris l’absolue vacuité de son corps, qui lui empêche d’être omnipotent.

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Ca sent le cheveu et le poil, le cuir façon Foir’fouille

Après une intro bien salasse, avec un son de bonne facture pour la Loggia, le groupe s’exprime à son image : « We are here to ruin your day ». L’iconographie du rockeur poilu – ou poilouse, si toutefois vous êtes au fait d’un français plus populaire et ancien – venus d’un désert qui n’aurait eu que du LSD comme Oasis. Un LSD dans lequel nous croupissons peut-être depuis les années 70, et qui nous rappelle que certaines essences restent les mêmes, comme si le rock depuis ces années là, avait suivi une courbe dans une dimension qui ne serait qu’un « tremblement de temps », une erreur de continuum, à la façon d’un roman de K. Dick. Les bonnes vieilles recettes Sabbathiennes et Stoner sont légion ces derniers temps. Uncle Acid se situe pleinement dans cette mouvance : ainsi, même si l’essence du rock est préservée, on déplore peut-être l’absence d’un petit grain de folie qui permettrait au groupe de se détacher un peu de l’ombre pesante d’Ozzy, et d’über Stoner musiciens tels que Kyuss et Electric Wizard. Attention néanmoins à ne pas prendre ces lanternes pour des vessies : le concert cogne, comme cet enculé de soleil qui par sa puissance arrive à rendre malsaine la fraîcheur interne d’une paroi stomachale déjà bien enguirlandée de houblon, et sonne très bien (le son de basse, qui a tendance à suer en festival est ici impécable, ou « pico pello », comme disent les briscards alsaciens.

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Le temps de prendre le soleil, de redécouvrir la presqu’île de Malsaucy, et son cabanon Street Fighter, nous tendons une petite oreille au concert de Patrice, qui a l’ait très sympathique. Mais le monde étant ce qu’il est, nous ne sommes pas tous d’accord pour rester, aussi poursuivons nous notre visite du site pour nous diriger vers la plage, où Dakhabrakha se produisent. Ce groupe de folklore ukrainien symbolise à lui seul l’état d’esprit d’ouverture dont ont toujours témoigné les Eurockéennes.

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Le Dimanche étant déjà un jour mortifaire, cette étrangeté de mamie bretonne en deuil sur scène, chantant le champêtre et la valkyrie, ne figure pas dans la liste Forbes des propositions les plus festives de cette année. On reste pourtant par intérêt et pour ne pas se refuser le plaisir de cet instant Franz Kafka absurde offert par les Eurockéennes. On pourrait presque parler d’invitation au voyage plaisante, si le cliché, baudelairien d’une part et de scribouillards de l’âme slave de l’autre, n’était pas si éculé et disgracieux. Nous le pensions, mais n’avons pas droit de vous le dire.

Après cette pause, de ces groupes pause que vous avez tous connu si vous êtes un habitué du lieu, nous décidons d’aller vers un peu plus de castagne en allant voir Biffy Clyro (à ne pas confondre avec les saucissons allemands). La prononciation convenable du groupe semble aisée, mais étant écossaise, si vous voulez briller au prochain toast de l’association des trésoriers honoraires de l’entente du canal du Rhin/Rhône, il faudrait dire non pas : Biffi Clireault, ni même Clayro, mais bel et bien Clèyreuow. Le groupe est schizophrène pour de multiples raison : d’abord pour sa prononciation. Ensuite, parce que cette dichotomie est présente sur scène, en chair et en os.

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Les passages musicaux sont un anglais standard américain dans lequel nous avons tous grandi en écoutant RTL2 avec papa maman, ponctué par des contacts avec le public sortis tout droit de l’aridité froide et désolée des rudes terres d’Ecosse. Le mélange est ainsi intéressant, et, surprise, continue de distiller sa folie au cœur de leur musique. On les qualifie souvent de postpunk, ou issu d’une façon punk hardcore. Ce serait oublier l’influence grunge très nette dans leur musique, qui contient tout de même un peu du punk-rock Blinkéen à la teenage. N’étant pas nécessairement un adorateur de pop, j’affirme cependant ici que Biffy Clyro pourrait coller à une définition de ce que devrait être un groupe pop-rock : ils continuent à jouer la carte bipolaire de sanatorium (transpirant aussi dans leur look hipster homme des cavernes) en faisant sentir les deux dimensions de l’objet POP et ROCK (ce qui conduit souvent la pop rock traditionnelle dans une mélasse simplement popasse).

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Plutôt qu’une pop fadasse, on assiste à une véritable démonstration d’un genre que l’on nommera, faussement certes, Pop-rock, dans ce qu’elle devrait être plus souvent. Pour la pop, les riffs catchys, des refrains reconnaissables, des petits choeurs adolescent qui réveillent les souvenirs. Et tout à coup vient le rock, pour ramener du tranchant et du headbang tapage de pied, combo dont je parle souvent mais qui reste le plus traditionnel, trivial et commun pou définir ce à quoi un concert de rock devrait tous nous faire ressembler : à un fan de Johnny veste blue jean en goguette. Convaincant, mais un peu inégal, ce concert bipolaire se déroulera dans un cadre similaire : un vrai temps d’écosse, entre soleil et tempête. Plutôt que de dire qu’ils nous ont ramené la pluie, et faire un amalgame météorologique, nous préférons dire qu’ils ont réussi à calquer leurs déviances internes sur le dehors, jusque dans un aruspicien contrôle de la météo.

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Music in Paradise ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Music in Paradise !

Nous souhaitons après nous diriger vers l’un des coups de cœur hip-hop global de l’année, l’homme à voir, tant attendu, jouant à guichet fermé un peu partout où il passe : nous pensons ici à Schoolboy Q. Autant dire que nous avons bien déchanté. Ce concert est LA déception de cette année. C’est simple, votre humble serviteur n’a pas assisté à un plus mauvais spectacle de hip hop (avec tout ce qui s’en suit de mauvais goût) depuis Ice Cube à Dour en 2008. On pourra m’arguer certes : « qui es tu faquin, pour te montrer outrecuidant à l’égard d’un mauvais goût supposé, alors que tu es affublé d’un t-shirt Europe dégueulasse et que tu arbores ta chevelure de Samson décadente à idée courte ? ». Personne, répondrais-je.

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Un concert décevant qui a fédéré les foules

Néanmoins, chacun choisi ses mauvais goûts et ses passions. Je suis un adorateur de ce genre, parfois dans une certaine forme de trop plein qui fait que je sature. Le mauvais goût hip hop ne m’a jamais fait rêver, trop porteur d’une glorification de tout ce qui fait la laideur de notre civilisation. Je laisserai donc de côté cet aspect « d’egotrip » qui plaît à certain, pour juger le concert objectivement, en essayant de ne pas trop penser à ce côté agaçant. Si la pose avait été le seul défaut du concert, s’il avait été à un instant rattrapé par un sursaut musical, on aurait pû considérer la chose différemment. Mais c’est mauvais. Très mauvais. Nous évitons sur ce site en général de parler de ce qui nous semble mauvais, mais nous sommes bien obligé ici, pour ne pas faire trop soviétique, de ne pas saucissonner le réel dans les sachets fraîcheurs de notre choix, correspondant mieux à notre vision du monde. L’entrée en matière est ridicule : le DJ fait un medley de tous les plus mauvais morceaux récents, dans une absence de transition et de génie qui me fait regretter la géniale introduction d’Oddatteee au Noumatrouff en 2010, reposant sur ce principe de DJ set avant le concert (assuré par le MC pourtant, pas comme ici). Parlons peu, parlons mieux.

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Schoolboy sur lit de tempête

 

Plutôt qu’une vraie transition, chaque morceau était coupé par une insupportable sirène de kermesse, bal populaire, boîte de nuit, blaireau pour faire court, qui, comble de bonheur, n’a pas cessé pendant tout le concert. Schoolboy arrive devant un public déchaîné. Il poursuit la froideur du début en étant un peu en dessous de l’énergie que déploient ses titres écoutés à la maison. Des sirènes au cœur même des morceaux finissent par me glacer le sang. Nous passerons donc sur la teneur extraordinaire des interactions avec le public (qui n’a rien à envier au mauvais goût hardos de la fascination des rockstars d’alors pour les groupies de seconde zone). On décide de partir, émerveillé toutefois par une star qui se trouvait à l’opposée du MC, et qui envoie déjà bien plus qu’un professionnel (cf la photo). Ce gosse déboîte, pas d’autres mots, et sera le sauveur de ce concert, sans qui il ne serait plus qu’un mauvais souvenir. (avant que l’on jase, oui, j’ai bien entendu l’autorisation de la maman, rassurez vous).

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This kid kicks serious ass !

Nous partons donc avant la fin de ce désastre, pour aller à Volbeat. Quoi ? Mais tu parlais de métal et tu vas pas à Volbeat ? Tout comme je trouve l’appellation « métal » un peu galvaudée pour parler d’Uncle Acid, je considère Volbeat un peu plus comme du Rock, entre le hard et la banane. Gageons toutefois que la différence est maigre, mais on sent chez Volbeat un jeu sur la carte du old school, un peu comme Airbourne (et on remarquera que l’on n’ose programmer des groupes de métal que s’ils entrent dans cette catégorie un peu old school, stoner, ou un peu doom. On refuse d’admettre toute l’étendue de la scène métal). Je regrette de ne pas être allé au concert plus tôt cependant, parce que le son était prometteur en tapage de pieds, et le public bien en forme. La réaction de liesse à la fin du concert nous fait vraiment confirmer ce que nous disions en intro : les gens aux Eurocks veulent du métal.

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Ambiance Métal

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Les cornus sont dans la place

Ils viennent acclamer Volbeat, certains parce qu’ils sont fans, d’autres parce que c’était tout ce qu’ils avaient à se mettre sous la dent. Nous ne voyons pas d’un mauvais œil l’entrée du hip hop de plus en plus présente dans les festivals rock. La fin du concert à laquelle nous avons assistée était plutôt réussie, bien rythmée et burnée. Les mecs ont d’ailleurs un PORTAIL sur scène, ce qui est plutôt Byzance !  Une absurdité fantastique qui pourrait nous faire s’écrier : « ils sont sponsorisés par Bubendorff ». Mais cette sécheresse du métal, surtout après avoir vu la piètre qualité de Schoolboy Q, nous fait dire qu’un peu plus de chevelus headbangant ne feraient pas de mal à Malsaucy. Un peu d’audace les gars !

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Les mecs ont un portail sur scène

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Music in Paradise

Le temps de se ravitailler, un peu comme si votre serviteur était devenu une grosse cylindrée, devant les inintéressants « Goat » (nous sommes lapidaires et elliptiques à dessein, et nous excusons d’avance si nous offensons les fans de Goat), puisque nous nous devons de parler du concert phénoménal et grandiose de la journée par l’immense Robert Plant, accompagné de son groupe « the Sensational Spaceshifters », comprenant notamment dans ses rangs Billy Fuller, qui a déjà officié à la basse dans Massive Attack. L’ensemble du concert était un mélange de compositions originales de Plant et des siens, avec bien entendu des classiques nécessaires de Led Zeppelin, souvent réarrangés (bien entendu, il le faut, on lui reprocherait sinon la facilité avec laquelle il jouerait des morceaux de la gloire passée alors qu’il se refuse à une véritable reformation). Le public était particulièrement éclectique : de jeunes à t-shirt de Led Zeppelin (chose fréquente que l’on remarque, la jeunesse et un monde en perte de repères, en crise de rêve, se tourne beaucoup vers la musique de ses parents, peut-être qui sait pour la sublimer plus tard) à des vieux à t-shirt de Led Zeppelin, pour qui le temps s’est arrêté dans les années 70 (ou, pour filer un peu la comparaison à K Dick, pour qui l’adage « l’empire n’a jamais pris fin » serait vrai). La performance était brève, intense, et, n’ayons pas peur des mots, absolument sublime.

On ne peut voir Dieu que par un prisme qui le déforme
On ne peut envisager Dieu que par un prisme qui le déforme

La réactualisation de Led Zep, et de Robert Plant qui, même si l’on sait que l’on ne demande pas aux vieux rockeurs d’innover, ne se contente pas de jouer de sa vieille gloire et essaye, tout en gardant son aura, de jouer une musique qui fait partie de son temps et de son monde. Ce n’est pas non plus d’une innovation transcendantale, mais suffisante pour constater que le bougre ne se repose pas sur ses lauriers. L’ouverture sur la sublime Babe I’m Gonna leave you donne le ton de cette heure et quart qui aura transporté Malsaucy dans le paradis que le slogan nous promettait. Pas de Stairway pour y parvenir, mais on s’en passera allègrement, tant les « Ouuuuhhhhh yeaaaah » de Robert Plant pourraient dresser des armées, qui se poseraient en défenseurs d’un magnifique chant du cygne que l’on espère éternel. Triste et impossible éternité de chair et de voix (remercions tout de même la technologie d’avoir su concevoir les moyens d’enregistrer les paroles pour ne pas qu’elle se perde au détriment des écrits), Plant crée néanmoins avec son groupe fabuleux un instant magique qui, s’il serait un brin trop cavalier de dire « raisonnera pour l’éternité dans nos cœurs », puisque nous ne savons pas au juste si nous le sommes, a crée un instant où le temps est devenu la substance éternelle de sa propre histoire, dont les sédiments artistiques sont bien souvent la seule grandeur qui reste, après le déluge. Fabuleux, point final.

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On ne peut envisager Dieu que par un prisme qui le déforme vol. 2

On enchaîne, sous la tutèle de Kafka dont nous parlions précédemment, avec la nuit de ce jour magistral que nous a offert Plant : nous parlons de ces nocturnes « sataniques » de Ghost. Jouant de l’iconographie, bien plus pour la forme du métal que pour le fond de culte véritable, Ghost est le nouveau groupe sensation qui truste les festivals estivaux. Tout comme pour Volbeat, l’engouement des métalleux était vraiment présent, et rappelle encore à quel point il serait sot de croire que le genre est mort et ne remplirait plus un festival. Si Ghost n’est pas forcément un groupe original dans ses compositions, puisant dans les racines du hard rock et du métal commune à beaucoup de groupe, on peut dire qu’ils ont un sens du spectacle et un charisme hors norme en restituant ces socles communs comme une messe noire, l’apocryphe de notre culture. Papa Emeritus II, chanteur ventriloque, malgré son costume, fait sentir le poids de sa personne qui arrive à galvaniser une foule qui participe bien à l’effort d’interaction avec le groupe (notamment sur le final « Monstrance Clock »)

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Messe Noire sur Malsaucy

Ces Nameless Ghouls (ainsi se nomment-ils tous), anonymes, offrent un set efficace qui, l’originalité des compositions mise à part, permet de créer un véritable show, une véritable communion qui ne se voit que rarement avec autant d’intensité dans des concerts d’une manière générale. On notera ce paradoxe assez intéressant de l’aspect efficace et lourd des morceaux, menés par une voix plutôt douce, vénéneuse en ce qu’elle nous mènera sans doute tous en Enfer. Flirtant entre le ridicule et le grandiose, Ghost renouent avec la base de ce qui forment les cultes, les civilisations et l’histoire. Une danse des morts actuelle, carnavalesque et rock, à grand renfort d’encens et de fumigène. Subterfuges qui, s’ils ne créent pas ici une croyance, créent et consolident les bases de la communauté métal, soudée et plus « peace » qu’il n’y paraît. Nous nous réservions l’infâme expression « chapeau l’artiste », pour Robert Plant, et nous avons souhaité ne pas ternir l’image de l’instant grandiose offert. Aussi, nous choisissons un groupe terne pour l’employer, mais remaniée à l’image de Papa Emeritus : Mitre les artistes !

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On passera sur les Black Keys qui ne nous ont jamais fait rêver (quoi, le mec critique l’absence de métal et va voir un groupe de hip hop ? Silence s’il vous plaît). Ayant une grosse envie de Foreign Beggars, on se rattrape sur la formation Beggars/Noisia, qui se produisent sous le nom d’I am Legion. Une clôture de festival qui tombe à pic, et rattrape la médiocrité de Schoolboy Q. Le groupe nous rappelle à quel point le Royaume Uni est à la pointe des musiques urbaines et pop depuis une lurette assez conséquente. Le hip hop anglais commence notamment à émerger et à fasciner, et les Eurocks nous ont déjà donné cet exemple par Géneriq et le festival lui même, avec des groupes comme Murkage. Bien sûr, la dubstep divise, et d’aucuns critiquaient la présence de Skrillex cette année aux Eurocks. Sans être un fan inconditionnel du genre, il faut reconnaître que cet emploi bruitiste des distortions, est un bon compromis d’une musique électronique qui a inséré le rock et le métal dans ses codes. Quand on sait que les Beggars font faire des Wall of death à leur public, ce refus des frontières typiquement anglais, qui fait cruellement défaut à la France, on ne pouvait qu’attendre du lourd de cette prestation qui aura tenu ses promesses. Entre nouvelles compos et morceaux de Foreign Beggars (avec l’excellent « Contact » notamment) I am Legion, sous un flot ravageur et les beats assassins de Noisia font le show dans tous les sens du terme, avec la sympathie et le flegme rosebeef que l’on aime tant à détester. Une bonne grosse heure bien cadancée et bourrine qui réduisent en charpie ce qui nous restait de jambes, avec un remix « KILLA » de « Smack my bitch up » en guise de clôture.

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Si nous n’avons pas été sans critiquer l’état actuel du Festival (plus sur l’ensemble de la programmation que cette journée ci, d’une grande qualité), on ne peut que les féliciter encore dans leurs choix de middle names, toujours bien sentis, comprenant à chaque fois un bon lot de découvertes. Il serait pourtant temps de marquer un virage. Si le festival comprend maintenant moins de métal, on ne peut pas dire que l’esprit de la journée n’ait pas été résolument ROCK, même par le hip-hop. Les Eurocks, à défaut de beaucoup de grands noms, ont réussi à nous offrir une bonne dose de spéctaculaire et de sons réduisant les tympans dans un état qui ferait rougir un tartare au couteau. Nous espérons simplement que le staff entendra ces quelques critiques (qui ne sont pas uniquement subjectives, mais aussi le fruit de discussions passionnées entre eurockéens labelisés). Revenez nous vite l’an prochain, avec un petit peu plus de métal et un petit peu moins de Stromae. Et peut-être reprendre le mot d’ordre de cette année, en le pervertissant un peu en « Music in Hell ».

Texte et photos par Jean-Gauthier Martin

Même si j'encule les selfies, c'est cadeau !
Même si j’encule les selfies, c’est cadeau !

2 commentaires sur “Live Report des Eurockéennes de Belfort : Dimanche 6 Juillet 2014”

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