Hard Rock Session 2014 – Motörhead + Airbourne + Tarja + BlackRain à La Foire Aux Vins de Colmar – 10 Août

Hard rock session

Hard Rock Session 2014 – Motörhead + Airbourne + Tarja + BlackRain à La Foire Aux Vins de Colmar – 10 Août

Après Neil Young, nous voici de retour à Colmar, non pas pour chercher les restes de ce que nous avions d’âme, et qui se seraient volatilisés, dissolus par les riffs acharnés sortis par la « Poor old black », mais pour casser maintenant nos corps contre les coudes anguleux et les tatanes sympatoches qu’assènent les groupes et les fans de Hard Rock dans une ambiance de cuir et de cheveux, mais qui tient plus de Jack Daniel’s que d’Herbal Essence.

Une Hard Rock Session, ça sonne effectivement comme une maroquinerie des Enfers. Mais le public métal, d’une manière générale, est toujours fun et accueillant. Pas d’embrouilles, ni de prises de tête. Le concert est un temps qui permet à chacun de vivre comme il l’entend. Ce qui fait que le retour à la réalité est souvent difficile.

Le temps de siroter une bière et nous regardons, de loin, BlackRain. Le phénomène rock découvert par M6. Le groupe sur lequel on jase un peu avant de venir en se disant « ça va être craignos ». Bien sûr, et ils le savent sans doute eux-mêmes, ils n’inventent pas grand chose dans ce qui a trait aux canevas du glam, plus passéistes qu’avant gardistes. Il faut pourtant reconnaître, au-delà du look qu’un néophyte trouverait ridicule, on vous laisse libre de juger, le groupe se défend plutôt pas mal, quand on a la lourde tâche d’ouvrir pour Airbourne et Motörhead. L’accueil du public est d’ailleurs étonnant.

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On pouvait craindre des sifflets, des insultes. Mais puisque le groupe a réussi à mettre les gens d’accord d’emblée, charme du public métal, c’était comme tout pardonné, et on oubliait bien vite le caractère manufacturé qu’on prêtait au groupe. Sans être non plus le concert du siècle, BlackRain fait le boulot, donne envie de taper du pied et de faire tourner la mèche. Pari réussi pour eux, et pour l’organisation, avec cet accueil assez incroyable que le public colmarien a réservé au groupe.

Mes pavés habituels, pour ceux qui me lisent souvent, me donnent le droit de ne pas m’éterniser sur le métal symphonique, qui n’est définitivement pas ma tasse de thé. On reconnaîtra à Tarja une jolie voix, au service d’une musique qui semble avoir tout volé au néo métal.

L’attente du concert d’Airbourne est à son comble. Des gradins et de la fosse émanent des embruns sulfureux et toxiques de sueur et de bière. Tout ça sonne très post-apocalyptique, très Mad Max. C’est le rut hard rock en pleine expansion qui s’apprête à accueillir les nouveaux démons australiens (aussies pour les intimes) sur la scène colmarienne.

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On a beau les avoir vu trois fois en l’espace d’un an, on a beau leur trouver une ressemblance sosiesque avec AC/DC (en mieux, en ce qui nous concerne), on a beau se dire que la recette n’est pas des plus originales, on a beau se dire que ces gars vivent dans le passé, on a beau se dire qu’ils ont un côté un peu ringard. Oui, on peut tout dire sur le compte d’Airbourne. Mais bordel de merde, qu’est ce qu’ils nous mettent dans la gueule à chaque fois ! C’est simple, un concert d’Airbourne démarre directement au plus haut, et ne redescend jamais. Airbourne est aux concerts ce que la pornographie est au sexe : pas trop de blabla, et du ramonage éléphantesque direct. O’Keefe fait le show : il court un marathon sur scène, part jouer dans les gradins sans qu’on s’en aperçoive, pète mout (forme plus ancienne de « moult ») canettes de bières sur son crâne (six dans notre mémoire), et en rythme s’il vous plaît.

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Ce jeu de scène infernal, typiquement dans l’iconographie hard rock que les Christine Boutin en tout genre regardent d’un mauvais œil, se déploie ici dans ce qu’il a de tout simplement fun et burné. Oui, Airbourne c’est avant tout une histoire de couilles (on se souvient d’une vieille une d’un magazine dont nous avons oublié le titre : « Airbourne : Small balls or big balls ? »), c’est ce que Tom Petty, dans l’épisode des Simpson « Homer Like a Rolling Stone », qualifierait sans doute de « rock primaire ». Primaire ne veut pas dire mauvais, loin de là. Il y a un côté adolescent et gamin qui a rendu le concert totalement jovial. De quoi convaincre les sceptiques de la nécessité d’un petit tour du côté de chez ces australiens, pour retrouver un sens à leur vie, et de leur donner une bonne raison de tourner la mèche à s’en casser la nuque (un bonjour inattendu d’ailleurs à ma CPE de lycée croisée dans la fosse).

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Si l’affirmation « too much, too young, too fast » est la devise quasi monétaire d’Airbourne, l’état de santé récent de Lemmy nous faisait poser la question en d’autres termes : « too much, too old, too loud » ? Seront-ils aussi bruyants et burnés (ô la belle allitération) qu’auparavant ? D’autant que leur tournée 2011 était une de leur meilleure depuis des années, celle de 2013 s’était mal terminée au Wacken. Ce retour sur scène, on a tous un peu peur qu’il soit le signe de la fin de Motörhead.

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Sans être alarmiste, il y avait un peu de cela à Colmar. Mais avant de tirer de sombres présages, comme des aruspices de kermesse, nous devons commencer par dire que le groupe botte toujours autant des culs. Motörhead, c’est avant tout ça. Un moyen de venir se faire giffler gratuitement et prendre la température d’un grand du rock. On remarque dès l’ouverture avec Damage Case que le tempo a été ralenti, et que Lemmy décide de jouer plus en retrait (sur le plan de la disposition scénique). Mais ce ralentissement ne se fait pas en pure perte. Il contribue à donner un côté plus lourd à la lourdeur déjà consommée de Motörhead. La rythmique pendant le concert avait même quelque chose d’hardcore-bagarre.

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Lemmy on le sent, lutte quand même de plus en plus pour faire ses concerts. Chaque montée sur scène lui coûte sans doute plus, et nécessite plus de préparation. Mais qui, a 68 ans, peut encore se targuer de tabasser comme en 40 ? De fédérer autant de publics différents ? Combien de jeunes de quinze à soixante ans, écouent-ils encore Motörhead ? Ce que je dis de négatif, le public le sait. Mais le public s’en fout. On sera tous là pour le porter jusqu’au bout. Si la légende urbaine autour de la mort de Molière sur scène est partiellement fausse, on souhaite à Lemmy qu’il joue jusqu’au putain de bout, et qu’il n’ait pas à abandonner, non seulement la seule chose qu’il sache faire selon ses propres dires, mais aussi le soutien incroyable d’un public dévoué et inimitable. Motörhead, aussi puissant que soit le groupe, a un côté familial, dans le bon sens du terme, en ce qu’il ne s’agit non pas d’un divertissement familial raté façon Mokshû Patamû sur TF1 à l’été 1997, mais une histoire forte, qui a des racines, des ramifications dans l’histoire de la musique, et la vie, viscérale et hardos, de plusieurs générations.

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A noter un petit changement dans le set final, puisque Overkill est désormais en rappel, et non plus directement après The Ace of Spades. S’il s’agit d’un indicateur de déclin physique, et finalement normal quand on regarde le train de vie qu’a mené Lemmy, ce combo, aussi destructeur que les coups de tatanes de Mikkey Dee, a encore de quoi impressionner. N’enterrons pas ce Jésus du rock trop vite cependant : il se pourrait bien qu’il nous enterre tous un jour, ange effrayant du jugement dernier. Il est le seul homme à pouvoir mitrailler le public de sa basse (dont les ondes ont atteint mon voisin comme une balle, et qui a dû être transféré aux urgences… on compte d’ailleurs à peu près dix morts par balle de basse pendant le concert), mais aussi le seul à pouvoir botter le cul à la planète entière et à Chuck Norris lui même. Nous aimons reprendre en la déformant la sentence « chapeau l’artiste ». Aujourd’hui, ce sera Stetson l’artiste : tu es toujours aussi cool et aussi rock, n’en fais pas trop, n’aies pas l’idée folle de mourir. Quand bien même tu le voudrais, c’est impossible. REMEMBER ! THEY ARE MOTORHEAD. AND THEY STILL PLAY ROCK AND FUCKIN ROLL !

Bonus : O’Keefe le grand en action

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Texte et photos par Jean-Gauthier Martin

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