Danger – July 2013 – Voyage au coeur de la jungle des sons

Danger EP

Danger – July 2013 – Voyage au coeur de la jungle des sons

Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore Danger, sachez en guise de préambule que c’est sous ce cruel et annonciateur nom de scène que se cache le lyonnais Franck Rivoire, qui nous distille depuis bientôt 7 ans une musique électronique dense, touffue, nocturne et atmosphérique.

Paradoxalement, s’il nous est permis de définir Danger par tous les superlatifs relatifs à la très grande qualité de sa musique, on ne peut malheureusement pas en dire autant de la générosité de ses sorties. Nous n’avons eu droit en effet qu’à 4 EP, celui-ci inclus, depuis le début de sa carrière. Il serait pourtant dommage de s’en affliger, même si la frustration guette tout admirateur de ces compos si particulières.

Pour résumer, Danger s’inspire très largement du cinéma et des jeux-vidéo des années 80-90 pour créer des morceaux qui ne se contentent pas simplement de surfer sur la vague vintage qui sévit depuis plusieurs années maintenant dans la caste très prisée des musiques électroniques.

On sent, dans son engouement pour les envolées baroques et la saturation des sons un élément différent qui tient lieu de « je ne sais quoi » : un attachement tout particulier aux « ambiances » musicales, qui permettent de placer l’expérience sonore avant tout dans le plaisir intime de celui qui redécouvrira au détour d’un beat un vieux souvenir de Street Of Rage, ou l’atmosphère particulière et inhérente à une heure (tous ses titres sont en effet des heures de la journée).

Une heure est un archétype émotif particulièrement intéressant : l’heure choisie peut faire comprendre à l’auditeur qu’il se situe dans une tranche horaire particulière, et que celle-ci contiendrait une partition. Mais, mieux encore, derrière cette pratique du titre horloge se cache une âme avant tout nocturne, au cœur même de l’expérience humaine que peut nous évoquer un brouillard, une nuit froide d’hiver, dans une ville mal famée, sorte de jungle urbaine des émotions. Danger nous invite à pénétrer nos plus beaux souvenirs et nous les faire expérimenter à nouveau.

Une atmosphère ne choisit pas son heure pour se matérialiser, mais elle parvient à envoûter le temps et le marquer de son empreinte. Une heure est un prisme qui permet de nommer l’écho d’une expérience vécue. La musique, plus qu’une numérologie, est la matérialisation présente des limbes de nos souvenirs, à la manière dont le temps de l’horloge se répète inlassablement. C’est un peu comme cela que l’on pourrait résumer Danger, et vous donner envie de vous y plonger.

En ce qui concerne l’EP à proprement parler, il est déroutant en plusieurs points, et pourra rebuter aux premiers abords. On sent que Danger s’est « assagi ». Plutôt que de réutiliser constamment des sons 16 bits, il essaye d’employer ce qui a fait sa force dans le travail de l’atmosphère, au détriment du charme désuet de ces sons, ou d’envolées folles que l’on avait pu lui connaître précédemment. On le sentait venir, après l’évolution de son set live, et son projet Sunset, sorte de Fauve dupstepisé qui peine à sublimer la qualité véritable des morceaux.

Un son moins saturé, dans le sens où il sonne plus travaillé et lisse, des morceaux plus calmes, pour un EP finalement plus viscéral et noir. La musique de Danger semble avoir pris un coup de densité : on sent une narration intrinsèque à la galette, comprenant un début (qui ferait une extraordinaire intro live, mais qui n’a peut-être pas sa place en 5 minutes sur la brièveté d’un EP), un propos (1:13), une envolée (1:30) et une fin (1:42).  Bref tour d’horizon :

1:13 : belle ouverture dans un mélange de percussions tribales et d’un beat cinglant, le titre se déploie sur un rythme lent, posé, rappelant de multiples influences, entre dubstep, hip hop et rock, dans une atmosphère mélancolique et puissante.

1:30 : sans doute la pièce maîtresse de son EP, les chanceux ont déjà pu l’entendre dans son rework live de l’énorme 14h54. Sous des intentions dubstep, le morceau est aussi teinté de synthétiseurs glaciaux – qui sont au cœur même de ce don particulier de la musique de Danger, d’être capable par son impalpable même de créer une substance du souvenir. Le piano et les saturations se confrontent pour offrir l’un des instants épiques signature de Franck Rivoire, qui fait puiser sa modernité dans un fond classique, qui n’est qu’une perpétuelle mémoire de la musique, mais également du vécu.

1:42 : suite logique d’1:30 dans sa structure, cette montée en puissance est idéale pour promettre un bel avenir aux prochaines idées de Danger. Elle contient beaucoup des éléments baroques qui font tout le charme de ses nappes soniques : une confrontation entre le classique (avec une belle fin au tambour) et l’électronique, sur fond de hip-hop névrosé. Une influence qui semble devoir prendre plus en plus de place dans la discographie du lyonnais.

July 2013, s’il peut dérouter l’habitué de Danger, permet, après y avoir bien goûté, avant tout de saluer qu’il n’est pas question pour Rivoire de choisir le confort d’une formule catchy qui serait la sienne. En acceptant de ne pas se contenter de son nom, mais de ce mettre en une posture de « Danger », Rivoire permet de revitaliser, avec peut-être une perte en énergie club compensée par un gain de profondeur, les méandres des ambiances dans lesquels nous aimerions sans cesse errer. Non pas pour se réfugier dans le passé et refuser l’avenir, mais pour essayer de se resouvenir un peu de la matière de la mémoire que Danger essaye de faire resurgir, comme une sourde et insondable rumeur, précédent peut-être même, comme semble l’indiquer ce casque anachronique perdu dans une jungle, notre propre existence et celle du monde.

 

Par Jean-Gauthier Martin

Clip officiel d’1:30

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