Bêtes de Scène : Feadz + Valy Mo + Danger Live @Noumatrouff

BDS

Bêtes de Scène : Feadz + Valy Mo + Danger Live @Noumatrouff

 

Le festival Bêtes de Scène s’est imposé, à force de qualité et de passion, comme un des événements majeurs du début de l’été alsacien. Le pari a-t-il encore été tenu cette année ? Verdict.

En arrivant dans le quartier un peu maussade et tristounet du Noumatrouff, on ne peut qu’être ravi par les efforts constants pour l’embellir et le rendre chaleureux. L’ensemble fait très « guinguette », mais une de ces guinguettes un peu underground et peuplée d’étranges bonshommes chevelus, tatoués, voire légèrement vêtus.

Cet éclectisme est une marque de fabrique du Nouma depuis belle lurette, on ne s’en étonnera donc pas. Bêtes de scène aime à confronter les genres, sans trop se poser la question du qu’en dira-t-on. Mais, et vous le comprendrez peut-être en lisant cette chronique, il semblerait qu’ils aient ici atteint une certaine limite.

Fallait-il en effet faire « deux soirées en une », ou les séparer ? On peut se le demander par rapport à l’accueil assez piètre qui a été réservé aux artistes, non pas par le staff et par l’orga, mais par un public pour le moins étrange.

Arrivée dans un club clairsemé pour Feadz, qui livre un set moyen à mon sens – à sa décharge je ne connais qu’assez peu sa discographie – dans une ambiance mi-fébrile, mi-neurasthénique. Je passe sur les quelques camés qui trouvent ubuesque de rencontrer un type prendre des notes sur son téléphone cellulaire, et on enchaîne avec un nom qui semble être sur toutes les lèvres : Valy Mo.

 IMGP0812_edit

Ne connaissant absolument pas, je me sens satisfait en entrant dans la grande salle de constater une disposition scénique étrange, façon salle de cinéma inversée mêlée de théâtre de marionnettes (où le contour serait écran, et où l’écran habituel serait une ouverture sur la scène). L’ensemble est pour le moins barré : ce mec rivalise d’énergie pour faire vivre son set en se produisant devant un public en va et vient constant. On ne peut que saluer l’effort de motivation qui fonctionnera pour les premiers rangs, laissant la faune arrière dans un mi-figue mi-raisin assez absurde.

IMGP0814(1)_edit_edit

Pourtant, le set est efficace, sacrément gaulé : tout est construit d’une manière à sublimer les beats de porcs dans une atmosphère musicale qui pourrait être la bande son d’une inquiétante fête foraine remplie de clodos sous LSD. On ne peut que féliciter ce choix d’avoir voulu confronter Valy Mo à Danger : les deux ont un univers certes différents (Valy Mo est bien plus cinglé sur scène), mais la démarche est équivalente : leur travail est très axé sur l’aspect massif de l’électro, mais qui tenterait aussi de se sublimer. Si Valy Mo est excellent dans le premier domaine, il est prometteur dans le second, là où Danger prend le relais pour briller.

IMGP0826_edit

On en parlait dans notre chronique de son EP : Danger semble avoir choisi les voies de la sobriété pour s’exprimer. Moins d’envolées, ambiance plus noire… une attitude que nous décelions et qui semble se confirmer par une mise en scène toute en retrait. Depuis ses débuts, celui qui n’avait de cesse de mélanger le visuel à la musique a choisi ici de se présenter sous le plus simple appareil : il est l’étalon image de sa création, avec son masque flamboyant, mais présenté sur fond noir, dans une sombre intensité visuelle, en clair-obscur, allant des teintes blanche au rouge. Le concert aura été assez immense… mais il faut rentrer plus en détail de manière générale dans le malaise que nous évoquions en début de papier (peut-être devrions nous dire « ensemble de pixels noirs et blancs enchevêtrés »).

IMGP0828_edit

Erreur de communication ou m’en foutisme du public, Danger commence son set avec un bruit de jungle qui n’est suivi d’aucune excitation et d’aucune liesse, pour la bonne et simple raison qu’il commence devant 5 personnes. Le set se poursuivant, gagnant en intensité, on verra un public, comme à Valy Mo mais en pire, en constant va et vient, à la manière d’un mauvais acteur incarnant un mauvais personnage dans un mauvais vaudeville. Certaines personnes, formant une cohorte de harpies quadragénaires, pensent, dans la stratosphère de leur trip et des pilules ingurgitées, être le spectacle ou le chef d’orchestre – attitude fréquente et bénigne des concerts électro ordinaires, ici insupportable – et réclamant comme à la criée une réduction sur le flétan, une hausse d’intensité d’un concert pourtant explosif et complet.

IMG_20140628_023003_edit

Oui, le set de Danger était bandant : une belle confrontation de classiques et de reworks inédits. On notera notamment une version de 88:88 réactualisée et plus percutante, ainsi qu’une version inattendue de 11:30 en down tempo, que Danger semble aimer à déformer et amplifier. Si l’on peut déplorer que beaucoup des titres qu’il joue ont presque 7 ans, ils prennent une telle ampleur en live que le pardon est vite accordé. On a quand même hâte de voir la bête sortir un album, et on espère le revoir dans l’Est, malgré ce piète accueil, pour, après avoir appris à oublier la tuerie de ses beats, se recasser les dents sur les courbes sinueuses des rifts qui constituent sa caverne musicale.

Il y a une drôle d’incompréhension dans ce délire : comme si le public qui a assisté à la soirée d’avant (j’entends par là, les concerts précédents de Dub FX etc) n’adhéraient pas au style musical (pourquoi rester?), ou comme si les présents de plein gré, par une drôle d’erreur de casting pensaient assister à une teuf. L’électro massif, profond, noir et élégant de Danger fait dans ce cadre étrange l’effet d’un pétard mouillé, et tout de même honteux. On aura entendu quelques huées alcoolisées en fin de set, absolument hors de propos. Il y aura quand même eu un noyau dur de fans pendant le show, mais insuffisant pour rendre l’hommage que Danger méritait pourtant.

Le bilan est donc en demi-teinte : on ne pourra pas toutefois pas blâmer Bêtes de Scène d’avoir choisi la carte d’une double soirée. Mais on peut se demander dans ce cas si elle était judicieuse. Si l’éclectisme est le meilleur moyen d’offrir un festival de qualité, il est parfois difficile de faire converger des intentions et des publics différents, s’il n’est pas possible de les confronter également sur des scènes différentes (comme c’est le cas des gros festivals), qui pourraient attirer les curieux, sans avoir l’impression d’être insultants pour des groupes qu’ils ne connaissent pas où dont ils se moquent. Peut-être qu’une séparation des deux soirées aurait été plus à propos… mais cette assertion est aussi difficile à soutenir, puisqu’il serait ingrat de ne pas saluer l’effort fourni pour animer le quartier, pour donner un lieu festif accessible à tous, brassant forcément un public vaste. Peut-être faudra-t-il se creuser les méninges pour sublimer ce rapport osé mais grandiose entre la fête populaire et les concerts pointus.

Texte et photos par Jean-Gauthier Martin

Commentaire sur “Bêtes de Scène : Feadz + Valy Mo + Danger Live @Noumatrouff”

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CAPTCHA * Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.