26/05/14 : MORE DANGEROUS THAN A THOUSAND RIOTERS + CASEY + ’68 + CAPSIZE @ MOLODOI


CAPSIZE-68-FINAL

26/05/14 : MORE DANGEROUS THAN A THOUSAND RIOTERS + CASEY + ’68 + CAPSIZE @ MOLODOI

Ecrire une chronique… la chose me semblait aussi lointaine que ma dernière venue au Molodoi. L’occasion était immanquable pourtant : Lemon Sounds nous a offert sur un plateau le dernier projet de Josh Scogin, ancien frontman des incroyables The Chariot. Votre humble serviteur n’a jamais pu assister à la tournée chant du cygne de cette formation légendaire. 3 autres groupes ont brûlé les planches (du moins, le froid sol bétonné d’un haut lieu de la culture décadente) : l’un, local, More Dangerous than a Thousand Rioters, un autre, tout récent, les britanniques de Casey (affichant un concert au compteur avant cette tournée marathon) et Capsize, tête d’affiche de la soirée. Beaucoup de découvertes au programme donc, et surtout 4 coup de pieds au cul protéiformes : un voyage au cœur du hardcore moderne par la fraternité, la froideur, le chaos et la colère.

MORE DANGEROUS THAN A THOUSAND RIOTERS

 

MORE DANGEROUS

Je n’avais pas encore eu l’occasion de voir ce groupe, qui commence à se faire un petit nom sur la scène hardcore strasbourgeoise. Si ce n’est pas par l’originalité d’un style très normé (notamment par les inclinations politiques, la dénonciation de l’oppression) que ce sympathique quatuor se démarque (ce qui ne signifie aucunement que les morceaux ne sont pas de qualité), on ne pourra pas manquer de saluer l’efficacité des compos et l’énergie déployée par Geoffrey au chant. Gueulades hors du micro, dans des moments de transe, hargne… le groupe sait vomir ses haines, ses tristesses intimes et personnelles, bien plus tragique, comme sur l’avant dernier, et à mon sens plus convaincant des morceaux joués ce soir là, dédié à la mémoire du frère du chanteur. Un morceau plus chaotique, plus vénère, hurlé à en faire remuer les tripes. La musique est la malheureuse putain du désespoir… elle n’est jamais aussi convaincante que quand elle cherche à tabasser et à dépasser les sourdes frontières de l’au-delà. C’est réussi : on imagine bien que le message a été reçu, autant au Valhalla que dans les cœurs battants d’un public dépositaire de ce souvenir, et acquis semble-t-il à leur cause. On vous félicite et on sera bien entendu ravis de vous revoir.

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CASEY

CASEY

Il est difficile de parler à propos d’un truc que l’on découvre et que peu de gens connaissent. C’est un peu comme être Marco Polo, devisant le monde (et mentant allègrement au passage), à destination de péquenauds malléables, qui n’ont jamais connu le monde extérieur. Tentons toutefois cette entreprise libératrice et platonicienne en cherchant, non pas à vous duper ou à vous influencer, mais à vous parler des choses telles qu’elles ont été… démarche Ô combien chimérique et sur laquelle toute la poésie et la philosophie n’a de cesse de se casser les dents. Sortis de nulle part, visibles par quelques vidéos, Casey me donnait toutefois l’impression d’une osmose froide (et un peu coldwave), puisant dans ce savoir faire britannique une inspiration remuante pour distiller son métal. Ils ont l’air tous très jeunes. La disposition scénique est sobre, notamment par la tenue de son frontman de profil. Éthérée, distante et énervée. Ce choix, donne l’impression d’un linceul entrouvert… dispositif donnant l’occasion de rencontrer une musique que l’on découvrirait par elle même, sans fards, à la volée, en espions, en infidèles, comme par erreur. De là un charme indéniable. Aussi jeunes soient-ils, le groupe est mélodiquement et techniquement assez impressionnant d’efficacité. Si l’on sent parfois quelques hésitations, il est certain que cette froideur hybride pourrait se métamorphoser en un genre assez inédit, pétri d’influences, tant par le chant qu’un lourd et beau sens de la mélodie. Quelque chose est en germination ; si nous ne pouvons savoir vers quoi tend cet avenir, on le sent prometteur à force d’effort et de maturité, déjà bien avancée du reste.

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’68

 

'68

On en arrive au sale. Au gros. Au pantagruélique. Si le fantôme de The Chariot plane obligatoirement sous l’auréole du nouveau projet de Scogin, qui, pour ceux qui ne le connaissent pas encore, pourrait être décrit sous les traits d’un Josh Homme démoniaque, troquant la classe pour le chaos, 68 demeure un projet à part entière, retournant aux sources d’un rock and roll sale et burné dont Josh Scogin parle depuis des années. De Flat Duo Jets à Nirvana, 68 exhume une certaine forme crade de composition et de sonorité, au service d’une incroyable lourdeur sonore. C’est nécessaire, ils ne sont que deux sur scène. Mais ils tabassent comme quatre. Ils se présenteront d’ailleurs, pour donner le ton absurde du concert, comme étant Metallica, et finiront par conseiller aux spectateurs d’aller sur un internet tout prototypique pour télécharger leur musique (« world wide web point com »), avec nos cerveaux, comme aucun album n’était en vente ce soir là. Le jeu du batteur, tout en simplicité, n’a pas oublié d’être monstrueux. On se prend une insondable et innommable tarte dans la gueule : une musique rock à la quintessence de ce qu’elle produit surtout parce qu’elle se vit pour elle même. Elle s’affranchit des chaînes de ses musiciens pour devenir charnelle, vivante, parce que vibrante, ce jusque dans l’échine du spectateur. Scogin tourne les clefs de sa guitare pour la malmener, dans une gestuelle proche des DJ mauviettes que l’on nous doit se coltiner bien trop souvent, comme pour mieux déployer la mélodie du chaos. Un ovni musical imparable, pourtant dans l’air du temps (on pense au succès plus chic de Royal Blood), mais dans une démarche authentique qui parvient à faire oublier ce pourquoi on était venu : on parvient à oublier The Chariot pour aimer 68 pour eux-mêmes. Ce set était du reste, bien trop court, comme tous les autres d’ailleurs… mais il est parvenu à être une claque, à placer dans les annales des concerts strasbourgeois de l’année, sinon plus.

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CAPSIZE

CAPSIZE

Je ne connaissais absolument pas Capsize. J’ai écouté d’une oreille attentive leur album sur le chemin de mon « vrai » travail, en guise de préparation à l’interview que vous découvrirez prochainement. Le groupe termine la soirée en beauté, dans un hardcore bien remonté, cette scène post plus mélodique, continuation du metalcore (mais très différent de cette scène). Un son qui rappelle As We Fight. Ca envoie, simplement et efficacement. Comme les américains savent toujours faire. La formation, également très récente, faisait sa première date en France en tant que tête d’affiche. Sa qualité rappelle une fois cet abominable cliché selon lequel la valeur n’attend point le nombre des années. Le public ne rendra pas vraiment hommage aux efforts d’un chanteur qui aura pourtant dégueulé ses tripes jusqu’aux spasmes bronchiques. S’il s’excuse de son piteux état, maladif, le rendu est tellement carré, aiguisé et plaisant que l’on se demande à quelle forme d’inhumanité pourrait ressembler un Capsize à 100%. Pas besoin de s’étendre en de longues tartines : c’était puissant et bon. Une véritable découverte que l’on vous recommande, comme tous les groupes présents, si vous êtes en manque de colère.

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La soirée, très variée a été une réussite musicale, mélangeant les messages et les répertoires de la scène hardcore moderne, sortie de l’ornière new yorkaise, dans une extension de Refused, et un dépassement du Metalcore. Elle n’a pas pour autant été absolument sans défaut. D’abord par l’extrême brièveté des concerts. Une demie heure maximum par groupe. C’est peu, mais ça évite aussi de devenir chiant. Le public, si l’on peut concevoir son calme physique, rapport au dispositif de la salle, était malheureusement clairsemé et, disons le, scolaire. Ca n’a jamais vraiment beuglé. Ce coup de gueule n’est pas une attaque personnelle dirigée envers ceux qui ont assisté au concert. Il s’adresse aussi et surtout à tous les absents. A toutes ces belles gens que l’on entend souvent se plaindre sur la place publique du peu de bons concerts, de la mort des scènes locales. Et quand pourtant, on organise une soirée si grandiose pour un mardi soir, pour quedalle (5 balles les gars) sans suivi intra muros et extra muros, on ne peut pas dire autrement, en tant qu’observateur, que ça fait aussi mal au cul à la sortie que les conséquences d’un dîner aux chandelles à la Sriracha (ceux qui se questionnent sur le visage d’une engeance capable d’un tel romantisme ont bien raison de le faire). Strasbourgeois, rendez vous tous aux studios Kawati le 14 Juin pour prendre la fessée avec la Dispute. (Vous ne savez pas comment y aller, alors cliquez ici).

Un immense merci à l’organisation, à Pierre, Julien, Jéremy, pour leur accueil plus que phénoménal. Merci à Gilles pour le tandem. A toutes les personnes qui ont sué en cuisine et en salle pour que cette soirée ait lieu.

Photos et texte de Jean-Gauthier Martin

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