Diaboliques, vous avez dit Diaboliques?

Diaboliques, vous avez dit Diaboliques?

Lecteurs du jour, bonjour, lecteurs du soir, bonsoir !

« Quant aux femmes de ces histoires, pourquoi ne seraient-elles pas Les Diaboliques ? N’ont-elles pas assez de diabolisme en leur personne pour mériter ce doux nom ? Diaboliques ! Il n’y en a pas une seule ici qui ne le soit à quelque degré. […] La nature ressemble à ces femmes qui ont un œil bleu et un œil noir. Voici l’œil noir dessiné à l’encre – à l’encre de la petite vertu. »

Voilà de quoi je vais vous parler aujourd’hui. De femmes, de diaboliques, de petite vertu. Un chouette programme, n’en disconvenez pas ! C’est encore mieux que de regarder un Tellement Vrai ou un Toute une histoire !

Tout le monde a lu du Balzac (la Comédie Inhumaine, vu la longueur), du Hugo (pas simplement un nom de rue, des pavés qui vous mangent tout cru!), voire du Baudelaire pour les fans de botanique toxique. Mais le dénommé Jules Barbey d’Aurevilly, c’est une autre histoire. D’abord, parce qu’il répond à l’appellation d’auteur catholique. Oui, mais pas que. Littérature catholique du XIXème siècle, on est d’accord, au départ, c’est pas franchement une promesse de bonheur ! Mais mais mais… Le Barbey est, disons, un peu marginal. Dans le sens où ses écrits sont certes empreints de catholicisme, mais qu’il n’aime rien tant que de mettre en scène des décadences, des âmes déchues, des parjures, des personnages qui ont tué Dieu. Eh oui. Voyez plutôt. En 1865, il publie un roman au titre pour le moins évocateur : Un prêtre marié. Mais bon, c’est un roman, donc bien trop long à chroniquer, je vais plutôt m’occuper du recueil de nouvelles  Les Diaboliques, paru en 1874.

En avant Rantanplan.

C’est quoi, ce titre?

À la base, ce livre devait s’appeler Ricochets de conversation. Parce que toutes ses nouvelles, toutes, sont racontées sur le mode de la conversation, voire de la confidence, du secret. Deux niveaux de narration, parfois plus, sont présents. Un narrateur, son interlocuteur qui lui raconte l’histoire, ou lui fait récit du récit qu’on lui a fait. Vous m’avez suivie ? C’est exactement la même chose que lorsque votre meilleur(e) ami(e) vous dit : « Tu sais pas ce que *** m’a dit ? Attends, je te le raconte ! » Sauf qu’ici, il n’est pas question d’apprendre les petits ragots de votre promo, mais de dévoiler des récits de femmes fascinantes par leurs crimes. Oui, si il en a fait un bouquin, c’est que ça en valait la peine, quand même.

Et mon petit Robert me dit : Diabolique : méchant et pernicieux (nuisible, dangereux). Moi on me dit ça, évidemment que je vais lire. Sur le même principe, on m’a dit : « Ne fume pas, ne bois pas, c’est pas bon pour la santé. » Je fume comme une actrice française dans un film d’auteur français (type Innocents – The Dreamers avec Eva, Louis et Michael) et je bois comme une étudiante.

BREF.

Pourquoi c’est quand même un bouquin à lire, une fois dans sa vie:

– Parce que c’est un recueil de nouvelles. Ça se lit vite, donc. 297 pages dans l’édition Livre de Poche en virant introduction, préface, chronologie et analyses, mais qui lit cela, à part les étudiants en lettres et leurs professeurs ? Le gros avantage d’une nouvelle, c’est qu’on a à peine le temps de se mettre confortablement dedans que c’est déjà fini. Un roman, on l’entame, on le ferme, on le reprend. Une nouvelle, on la prend, on la finit.  Hitchcock l’avait compris, avec ses différentes Histoires (qui font froid dans le dos, à ne pas lire la nuit…) écrites par différents auteurs, et Barbey avant lui. On commence le récit et pouf, on est déjà à la fin. Là où on sait que ça a fonctionné, c’est que l’impression de lecture ne nous quitte pas avant un moment, l’esprit reste accroché à l’histoire !

– Parce que les thématiques n’ont pas vieilli d’un pouce, comme Barbra Streisand, qui n’a pas vieilli du visage depuis Funny Girl (un masterpiece) en 1964. Ces mêmes thématiques continuent de parler au lecteur, de l’interroger, de le faire réfléchir si il le veut, et surtout de lui coller un bon vieux frisson. Dans Les Diaboliques, on trouve de la vengeance sublime (La Vengeance d’une femme, comment dire, on a pas fait mieux depuis), des meurtres, des adultères à la pelle (Le bonheur dans le crimeÀ un dîner d’athées) … c’est Dallas mélangé à Amour, gloire et beauté en meilleure version qui daterait du XIXème siècle.

– Parce que ce qui saisit le plus une fois fini ce recueil, c’est un frisson de plaisir coupable. Barbey voulait ce livre une œuvre chrétienne qui donnerait à voir toutes les horreurs possibles commises. Chrétienne, peut être, horreurs, sans aucun doute ! Nulle besoin de regarder un Scream, un Psychose, ou deux Kill Bill après l’avoir lu, pour avoir ce même frisson, car ce serait avec un œil blasé. « Pourquoi j’irai regarder un film avec une femme qui bute tout le monde au sabre de samouraï pour se venger de ceux qui ont essayer de la buter ? T’as vu comment la Duchesse d’Arcos se venge de son mari ? Elle assiste au meurtre de son amant avec qui elle n’avait pas couché, les chiens de son mari bouffent le cœur de son amant sous ses yeux, elle s’enfuit à Paris, elle se prostitue comme la pire des catins et crève de maladie dégueulasse, tout ça pour traîner le nom de son mari dans la boue et lui foutre la honte de sa vie ! ÇA, ça c’est de la vengeance, de la vraie ! »

– Parce dire qu’on a lu du Barbey d’Aurevilly, c’est l’assurance de l’incrédulité de votre interlocuteur. Au pire, il va hocher de la tête et vous faire « Mmh mmh, ah ouais… », au mieux, vous êtes tombé sur un ancien étudiant en lettres de l’ICES et là il vous fera « Ah ouais, lequel ? Parce que franchement, Une Histoire sans nom, c’est pas mal aussi, quoi… »

– Parce que ce bouquin coûte maxi 5€ en livre de poche. Voire moins selon les magasins/librairies/Gibert/Leclercs culturels que l’on fréquente. (les derniers cités étant pour moi le meilleur rapport qualité prix, et ils commandent sans sourciller tout et n’importe quoi quand ils n’ont pas ce qu’on veut dans leur stock) Franchement, à ce prix-là, on peut se le permettre ! Pour les lecteurs fumeurs : Eh bien tu retardes l’achat de ton paquet de cigarettes ! T’façon on le sait bien, tu vas aller l’acheter à l’étranger ! (le paquet, pas le bouquin, il faut suivre)

– Parce que ça fait genre j’ai lu autre chose que la liste de lecture qui vous était imposée pour le bac. Tout le monde a lu Candide de Voltaire via Wikipédia, tout le monde le monde a regardé Roméo+Juliette avec Di Caprio pour éviter de lire Shakespeare. Assumons, un peu. Même moi, j’ai regardé les Liaisons dangereuses avec Glenn Close, pour être bien sûre de ce que j’avais lu dans le bouquin !

Les petits trucs en plus que ça peut être canon de placer en conversation pour faire genre on est cultivé (on peut l’être en vrai aussi, hein) :

– La citation suivante, qui résume d’ailleurs assez bien tout le livre : « Cependant, les crimes de l’extrême civilisation sont, certainement, plus atroces que ceux de l’extrême barbarie par le fait de leur raffinement, de la corruption qu’ils supposent, et de leur degré supérieur d’intellectualité ». Et là, c’est sûr, les gens autour de vous vont vous prendre pour une tête. Ou un taré, c’est au choix.

– Le dit Barbey d’Aurevilly est un Normand et fier de l’être. Il fait ce qu’il veut, après tout ! Toujours n’est-il pas qu’on trouvera forcément, forcément, un coin de Normandie, de Cotentin dans ses œuvres. Amateurs de Manche, de Calvados (alcool de pommes ou département), c’est pour vous ! Je sais de quoi je parle, je les ai tous lu. Et comme il est mort il y a déjà un moment, le gros avantage c’est qu’il ne risque pas d’en ressortir un chaque année. Il ne s’appelle pas Nothomb, lui. Il a bien de la chance.

– Le Rideau cramoisi, première nouvelle des Diaboliques, a été adaptée au cinéma en 1953, mais je ne crois pas que le film soit téléchargeable. Dommage. Je ne le verrais probablement jamais, donc.

Bon, je vous laisse, je vais relire l’intégrale de Fantômette.

Rizzo Andretti



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