Dangereuses, Liaisons dangereuses.

Dangereuses, Liaisons dangereuses.

Lecteurs du jour bonjour, lecteurs du soir, bonsoir !

« Ce livre, s’il brûle, ne peut brûler qu’à la manière de la glace. » Ce sont les mots d’un critique depuis sombré dans l’oubli pour décrire Les Liaisons dangereuses. Le mec s’appelait Charles Baudelaire. Un complet anonyme, à n’en pas douter. Mais si même lui trouve à redire à ce livre… brrr, [frisson capillaire] qu’est ce qu’on peut bien y découvrir à l’intérieur ? Mystère et boule de poils.

Mais il y a des indices qui laissent à penser que ce bouquin a tout de même un truc. LE truc, qui fait dire même trois siècles après que « c’est un putain de nom de dieu de bouquin, ce livre ! ». Je veux dire, première publication en 1782 (j’ai beau vieillir chaque année, je n’étais pas là pour la première édition), aujourd’hui toujours dans les rayons des Leclerc culture (le meilleur rapport qualité/prix littéraire, je vous le confirme), et de temps en temps, étudié par des lycéens. Dont j’ai fait partie. Oui, c’est vrai, lire Les Liaisons dangereuses en première, ça ne t’aide pas tout à fait à devenir quelqu’un de meilleur et de bon. Mais dans ma classe, nous étions beaucoup de monde à être perdus d’avance pour la France. BREF.

De l’auteur, pas grand chose à dire, sinon qu’il avait un nom à la mords-moi le nœud, ce petit Choderlos de Laclos. D’ailleurs il n’a pas pondu de best seller depuis. Comme pas mal d’auteurs, son décès l’a beaucoup freiné dans sa carrière. C’est dommage. Autant Proust aurait pu mourir jeune, très jeune, que ça ne m’aurait franchement pas dérangée, autant lui, il avait du potentiel, ce brave.

Je m’en vais vous dépiauter tout ce bordel. En avant Rantanplan.

Les Liaisons dangereuses, kézako ?

– Petit un, un roman épistolaire polyphonique. Aha, comme c’est marrant de placer plein de mots savants inutiles, quand on est littéraire de formation… Passons. En clair, ce bouquin c’est une jolie petite fiction dans laquelle les lettres sont utilisées comme narration et la font avancer, et ce à plusieurs voix. Soit, au total, 175 lettres. Oui, à l’époque, on échangeait du courrier comme aujourd’hui on textote.

– Petit deux, des personnages qui se divisent en deux catégories. Non, pas ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent ! Ici, les bourreaux et leur victimes, ou plus précisément, les libertins et les crétins.

Soit : Valmont et Merteuil vs Tourvel, Volanges, Danceny (en fait, tous les autres)

– Petit trois, et pas des moindres, des histoires de manipulation, de trahison, de vertu souillée, de libertinage à tous les étages. Bien sûr, ça ne pouvait que me plaire, vous vous doutez.

Pourquoi c’est quand même un bouquin à lire une fois dans sa vie ?

– Parce que ça coûte tout au plus 5€ en livre de poche. À ce prix-là, ça ne donne même pas envie d’être volé. Et ça vaut laaarge 5€.

– Parce que c’est très, très classieux, de lire ce bouquin.

  « – C’est quoi le dernier bouquin que tu as lu ?

      – Oh, une broutille, Les Liaisons dangereuses.

      – Ahh ouais, quand même ! »

Dans l’esprit de votre interlocuteur, vous prenez direct +2 points de culture littéraire. Et il peut commencer à se méfier de vous.

– Parce que je vous dis de le faire. C’est une bonne raison.

– Parce que les personnages sont juste gé-niaux. Bon, les crétins, les niais, les naïfs qui se font avoir tout du long du bouquin, on s’en fout, ils ne servent que de jouets. Mais les libertins… mmh comme ils sont jouissifs ! On n’a pas fait plus grands manipulateurs sublimes depuis. Preuve en est que Sharon Stone dans Basic Instinct, c’est juste Merteuil revisité. 210 ans après.

Attardons-nous d’ailleurs un peu sur le personnage de la Marquise de Merteuil. Parce qu’elle le vaut bien ! [mouvement capillaire] Je crois qu’on peut dire ce personnage qu’il est l’une des figures féminines majeures de la littérature française. Rien que ça.

Nous avons là une femme dans toute sa puissance, ce qui n’est pas peu dire au XVIIIème siècle, où je le rappelle, on avait à peu près autant de considération pour une femme que pour un cache pot de fleur. Notre Merteuil est diabolique, une froide calculatrice, manipulatrice de haut vol, et porte la machination intellectuelle au rang d’art. Rien ni personne ne lui résiste, pas même, et surtout les hommes ! Le plus grand plaisir de Merteuil est de détruire un homme, comme elle le prouve avec le Vicomte de Valmont, son meilleur complice et ennemi.

Dans la lettre LXXXI, elle fait sa profession de foi.

« Si au milieu de ces révolutions fréquentes, ma réputation s’est conservée pure ; n’avez-vous pas dû en conclure que, née pour venger mon sexe et maîtriser le vôtre, j’avais su me créer des moyens inconnus jusqu’à moi ? […] Quand m’avez-vous vue m’écarter des règles que je me suis prescrite, et à manquer à mes principes ? Je dis mes principes, et je le dis à dessein : car ils ne sont pas, comme ceux des autres femmes, donnés au hasard, reçus sans examen et suivis par habitude ; ils sont le fruit de mes propres réflexions ; je les ai crées, et je puis dire que je suis mon ouvrage. […] Descendue dans mon cœur, j’y ai étudié celui des autres. J’y ai vu qu’il n’ait personne qui n’y conserve un secret qu’il lui importe qu’il ne soit point dévoilé : […] Nouvelle Dalila, j’ai toujours, comme elle, employé ma puissance à surprendre ce secret important. Hé ! De combien de nos Samsons modernes, ne tiens-je pas la chevelure sous le ciseau ! […]

Il faut vaincre ou périr. »

Magistral. Voilà, très partiellement, ce qu’est Merteuil. Qu’on me trouve une femme dans un roman qui soit aussi puissante et machiavélique que celle-ci ! Elle ferait flipper le plus méchant de tous les méchants de James Bond. Un monstre au sang froid, très clairement orgueilleux à juste titre. Cette lettre est d’ailleurs très bien adaptée dans le film de Stephen Frears.

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– Parce que ce bouquin est donc un mode d’emploi à l’usage de tous les manipulateurs et libertins en devenir. Du moins, ceux qui veulent être les meilleurs. Héhéhé. Ceci étant dit, si vous croisez une Merteuil ou même un Valmont, fuyez ! Ces gens ont une capacité destructrice de leur prochain supérieure à celle de Terminator et de Rambo réunis. Véridique.

– Parce que je ne vais pas vous raconter le dénouement, faut pas déconner, non plus, y a pas marqué Wikipédia.

Attention les stations, il y a eu une adaptation nespresso cultissimo :

Je parle du film de Stephen Frears sus mentionnée, de 1988. Pas du Valmont de Milos Forman, qui est assez moyen voire mauvais, si mon avis vous intéresse. Non, le film de Frears est un masterpiece collector, un vrai !

– D’abord, parce qu’adapter un roman épistolaire, c’est pas franchement simple. Et que c’est réussi. Chapeau bas.

– Ensuite, parce que le casting est FOU. Mais vraiment. Genre, Uma Thurman en neu-neu (Volanges fille), Michelle Pfeiffer en prude bigote (Tourvel), John Malkovtich en libertin patenté monstre de séduction (Valmont), et, canard sur le nénuphar, cerise sur le cake, Glenn Close en reine du bal, (Merteuil). Déjà qu’elle me foutait les jetons dans Les 101 Dalmatiens, là, c’était foutu. Et la scène de « Ce n’est pas ma faute » de Valmont et Tourvel est… magique.

– Enfin, parce qu’on ne me fera pas dire que Sexe Intentions est une bonne adaptation. Prendre Sarah Michelle Gellar pour jouer autre chose qu’une buteuse de vampires, c’est con.

Voilà, je ne vois pas ce que je peux faire de plus pour vous convaincre de le lire, sinon de le voir (ça marche aussi). Faites comme Merteuil. À la guerre… dites oui !

Bon, je vous laisse, Daniel (Craig) veut qu’on parte ce weekend en Écosse. Je n’ai rien contre, mais l’Écosse, quand même… on risque de croiser Fantômas.

Rizzo Andretti.



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