Tim Burton – L’exposition à la cinémathèque de Paris jusqu’au 5 août 2012

L’événement autour de Tim Burton à La Cinémathèque française est non seulement l’occasion de revoir tous ses films (dont ses courts-métrages les plus confidentiels) mais aussi, grâce à l’exposition majeure conçue par le MoMA à New York en 2009 et accueillie ici ce printemps, de découvrir ses talents de dessinateur, peintre, vidéaste, photographe, inventeur de sculptures stupéfiantes.

L’exposition Tim Burton montre des œuvres originales, mélanges assumés de pop, de gothique et de surréalisme revendiquée par l’artiste qui se plaît à mixer les genres. Certaines datent de sa jeunesse et sont de pures rêveries visuelles imaginées pour des projets demeurés à l’état d’ébauche : « J’étais en train de faire un croquis, et, tout à coup, je me suis dit : peu importe que je sache dessiner ou pas, l’importantz c’est que j’aime ça. Dès lors, je me suis fichu de savoir si je pouvais reproduire ou pas une forme humaine, ou si les gens aimaient ou pas mes dessins ». D’autres au contraire sont de récents prototypes de travail, dont la valeur artistique est néanmoins incontestable. Leur agencement dans l’espace donne la sensation au visiteur de pénétrer le laboratoire de ce Dr Frankenstein moderne, créateur d’une cosmogonie où le macabre et la comédie s’allient plutôt qu’ils ne s’opposent. Et où l’intimité du cinéaste (carnets de croquis, films amateurs) s’expose à côté d’œuvres mythiques du cinéma, tels que Edward aux mains d’argent ou Sleepy Hollow, dont l’envers du décor est ici révélé pour la première fois.

Né en 1958, Tim Burton fait partie de ces cinéastes qui ont toujours gardé un lien avec leur enfance et ont su faire de ce lien le levier magique pour créer un monde avec lequel le public se sent immédiatement en connivence. Un univers cinématographique excentrique, qui met en péril les principes d’une mise en scène conceptuelle, pour aller au contraire vers un travail de l’image où l’émotion prime. Burton le dit lui-même quand il évoque la préparation de ses films : le dessin plus que le storyboard (trop arithmétique). « Plus je réalise de films, moins ils sont storyboardés. Je fais des petits croquis désormais ». Une croyance dans ce geste spontané, jeté avec zèle sur le papier, aux limites de l’inconscient. Une manière de faire du cinéma en dissident, sans compromis, à l’intérieur même d’une économie qui est pourtant celle des supers productions hollywoodiennes.

Tim Burton est certainement le dernier grand artisan d’Hollywood. Ce n’est pas un hasard s’il réalisa en 1994 un film sur Ed Wood, roi du cinéma bis américain, qui fut dans les années 50 une sorte d’alter-ego prémonitoire. Les deux hommes ont en commun d’avoir fait de la liberté la pierre angulaire de leur éthique. Il n’empêche qu’à la différence d’un Ed Wood toujours fauché, Burton représente le versant majestueux et puissant de ce cinéma d’affranchis, fasciné par la science fiction, le mélodrame et le grotesque. Dans ce biopic, Burton fait d’Ed Wood (interprété par Johnny Depp, son alter-ego dans huit longs métrages depuis 1990) un être moins désespéré qu’il ne fut, et surtout un miroir de sa personnalité, égrenant subtilement au sein du récit les bribes d’une profession de foi. Wood avait réalisé un Bride of the Monster en 1955. Burton réalisera un Corpse Bride (Les Noces funèbres) en 2005, allant plus loin encore dans l’exploration de l’Outre-Monde, sans second degré kitsch. Burton a pour les freaks de tout rang une sincère tendresse, s’adressant à eux depuis sa propre enfance. Il élabore autour de ses « monstres », comme pour les protéger, un scénario poétique et un travail plastique particulièrement sophistiqué : en l’occurrence, la réactivation d’une ancienne méthode d’animation, le stop-motion, qui donne au film une virtuosité et une simplicité inégalées.

Pour tous les amoureux de Tim Burton, Touch-Arts vous conseille donc cette exposition, qui, par son succès à New-York ne manquera pas de séduire encore plus de gens en France !

Pour tous les autres renseignements, c’est ici !



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