The Verdict

Aujourd’hui j’ai vu un film extraordinaire. Le plaisir que j’en ai éprouvé trouve sa source dans la longue quête nécessaire pour mettre la main sur ce film en DVD et dans le souvenir du petit garçon de 10 ans qui regardait ce film il y a bien longtemps, sans en saisir les enjeux probablement, mais parce qu’il aimait Paul Newman.

Sydney Lumet. David Mamet. Paul Newman. Charlotte Rampling. James Mason. Jack Warden. Le Verdict (Titre original The Verdict) est la somme de ces ingrédients, respectivement à la réalisation, au scenario et dans les rôles principaux.

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Je n’en avais gardé qu’une image après toutes ces années. Celle d’un Paul Newman alcoolique qui s’enfilait un œuf cru dans sa bière au milieu d’un bar quelconque. Impossible de vous dire pourquoi.

Pour ceux qui l’ignorent, Lumet a consacré une bonne partie de sa filmographie à autopsier le fonctionnement des institutions judiciaires américaines, à dénoncer la corruption et le fonctionnement parfois étrange de cette justice, à sonder les causes et les conséquences de la culpabilité, la notion de responsabilité… Pas un guignol en somme !

On lui doit quelques œuvres majeures telles que 12 hommes en colère, Serpico, Un après-midi de chien, Network, Le prince de New York… et The Verdict. Putain! Quel film !

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Frank Galvin est un avocat à la dérive après une brillante carrière brisée par une sombre histoire de subornation de juré. Alcoolique, il passe plus de temps au bistrot qu’à son cabinet et les clients ne se bousculent pas. Jusqu’à ce que son mentor lui ramène une affaire de négligence médicale aux conséquences tragiques. Refusant l’arrangement financier, Franck décide d’aller jusqu’au procès contre des médecins et un hôpital à la réputation en béton…

On parle là d’une œuvre touchée par la grâce et qui confine à l’épure. Aucun effet de style, pas de manière, pas (ou très peu) de musique, assez longs plans fixes, pas d’action, pas de poursuites, pas d’arme, pas de sang, pas de sexe, pas de superflu… que reste-t-il alors ? Un sujet, un acteur et le génie d’un cinéaste.

Paul Newman est grand en looser alcolo et le regard sur la justice US est implacable. Le résultat force l’admiration. Le film est au service de son sujet et fait la part belle aux non-dits, aux regards, aux attitudes qui en disent longs. Nul besoin ici de tout expliciter, de tout appuyer, de tout surligner au marqueur… les personnages sont à l’avenant : pas de héros, de surhomme, pas de salopard caricatural. Juste des Hommes qui se battent pour défendre leurs idées, leurs intérêts, leur réputation, leur image… Mais tout n’est pas lisse pour autant et c’est ce qui rend le film magique. Tous les personnages sont tour à tour flamboyants, pathétiques, lâches, courageux, volontaires, émouvants, énervants… Ils sont inscrits dans le monde réel. Ils sont ce que nous sommes. Des êtres humains.

The Verdict prend souvent le contrepied du genre par son esthétique (quelques super plans de Boston en hiver, le plan fixe en ouverture du film), un découpage très « carré », ses longs plans fixes, son absence d’effets « de manches » et reste cependant dans la tradition des films « de procès » en maintenant un suspens constant… jusqu’à la fin qui en surprendra peut-être plus d’un… (Rassurez-vous, pas de twist final débile ou autre foutaiseries du genre !).

Sydney Lumet a réussi son pari. Comme le dit le slogan sur la jaquette du DVD, ce n’est « Ni pour l’argent. Ni pour la gloire. Seulement pour la justice ». Son film est à l’image de cette accroche, ni tape-à-l’œil, ni mégalo, simplement authentique.

Une fois le film terminé, j’attrape par hasard dans ma bibliothèque le Petit Larousse des films qui regroupe 3000 films d’après la couverture. Je cherche ce qui est dit sur « The Verdict » et curieusement, je suis bien obligé de constater que le film n’est pas répertorié. Je cherche alors « Serpico » pour lequel il n’y a quasiment rien. « Un après-midi de chien » et « Network » possèdent des articles un peu plus développés.

Du coup, je trouve ça bizarre. Sydney Lumet ne serait-il pas considéré comme un immense réalisateur qu’il était ? Il me semble que son décès n’avait pas fait tant de bruit que cela dans les médias. Je fais une recherche « décès de Sydney Lumet » sur Google. Je tombe sur plusieurs articles de presse en ligne qui débitent tous à peu près la même chose et ne sont pas franchement fouillés ou développés bien qu’unanimement élogieux. Mais c’est bien connu, c’est quand on meurt qu’on devient meilleur…

Et finalement, je tombe sur la stat chiffrée qui dit tout : 50 films, 40 nominations aux oscars au total (pour lui et tous les protagonistes de ses réalisations) pour se voir finalement décerné un Oscar d’honneur (celui qu’on remet aux artistes en fin de vie) en 2005 pour « brillants services rendus aux scénaristes, acteurs et à l’art du cinéma »…ça fait une belle jambe. Lui-même n’en était pas dupe : « En ce qui concerne cet Oscar d’honneur, je pense qu’ils veulent peut-être me dire “Nous sommes surpris d’apprendre que vous êtes encore en vie“ (rires). C’est le genre de chose que vous recevez d’habitude quelques mois avant de mourir.»

Vous aviez bien raison d’en rire M. Lumet ! Et encore merci pour tout…

Cinemaniaq



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