Sherlocked – Chronique de la série

Lecteurs du jour, bonjour, lecteurs du soir, bonsoir !

J’ai découvert ça un soir où je n’avais plus rien à me mettre sous la rétine d’un point de vue séries, ce qui n’est pas peu dire. J’en suis à peu près cinq à la fois, et ça nécessite une certaine organisation du calendrier des téléchargements. (quoi, vous n’en faites pas, vous aussi ? C’est pourtant bien pratique, pour les mémoires de bulot comme moi) Et là, entre le paquet de corn flakes et le Crunch au chocolat noir (dieu bénisse les inventeurs de cette merveilleuse chose aussi calorique que délicieuse), j’ai eu l’illumination. J’ai téléchargé Sherlock. Non pas une saison, ou deux, mais les trois à la fois. Et voilà. Maintenant, je suis complètement droguée.

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Je m’en vais vous expliquer tout cela, en avant Rantanplan.

Sherlock, késséssa ?

Un OVNI série, il faut dire. Une saison = 3 épisodes, un épisode = 1h30. Clairement, au niveau du format, la BBC ne voulait pas s’emmerder, « oh tiens dis-donc, si on faisait un format de série totalement addictif, pour voir ? » Non, parce qu’on ne dirait pas, comme ça, mais ça ne fait que 4h30 de show pour une saison. Là où les mastodontes à 24 épisodes/saison en font 18h. Vous voyez la posologie addictive de la chose, maintenant ? Pire que la dite tablette de Crunch au chocolat noir. On a à peine le temps de la manger que c’est déjà fini. Mais « la vie est une pute et après on meurt », comme dirait Nasty Nas. Alors, une saison de SEULEMENT 4h30, j’en ai pris mon parti. Mais ça a été rude, pour compenser, j’ai recommencé Cold Case, c’est dire. Voilà pour le format.

Si on regarde d’un peu plus prêt la bête, on réalise assez vite que c’est l’une des meilleures adaptations des aventures Sherlock Holmes de tous les temps, ou presque. Parce qu’au fond, c’est bien de ça dont il s’agit : une adaptation moderne de Sherlock Holmes. Et attention, il ne faut pas croire que c’est toujours réussi, une adaptation, la preuve avec le même Sherlock Holmes adapté par les américains dans Elementary, qui fait de Watson une femme (Lucy Liu en manque de visibilité et de cash, apparemment), et qui se passe à New-York. Rien n’arrête les américains. Pas même le fait que Sherlock Holmes soit le plus anglais des londoniens des anglais. Pourquoi diffuser une excellente série anglaise quand on peut faire son propre gloubi-boulga ?

BREF.

Le Sherlock, pourquoi il faut quand même le voir une fois dans sa vie :

– Parce qu’un anglais sur cinq croit que Sherlock Holmes et les personnages qui l’entourent ont réellement existé, d’après le Daily Mail. Oui oui. Mais après tout, un anglais sur cinq croit aussi que Batman a réellement existé aussi. Le paradoxe anglais. Ils ont une monarchie, une dame de fer et ils croient à Sherlock Holmes. C’est mignon.

– Parce que c’est extrêmement bien écrit. En témoigne le pilote, « l’étude en rose ». Les aficionados reconnaîtront l’étude en rouge. Que l’on soit un lecteur compulsif de Sir Arthur Conan Doyle ou juste curieux voire réfractaire à la lecture, la série vous satisfera, et c’est bien là que je dis : chapeau bas.

– Ça suit les codes narratifs de base en vigueur dans les séries policières : épisode= meurtre résolu à la fin+fil narratif développant le relationnel entre les personnages+fil rouge narratif de la saison (en général avec le grand méchant loup de la série). Mais c’est fait subtilement. Pas à la truelle comme pour les poids-lourds américains type NCIS, les Experts, Esprits Criminels, Rizzoli, Castle… et j’en passe, où les fils narratifs sont tellement gros que même Gilbert Montagné les voit.

– Parce que c’est vachement bien joué. Je veux dire, le casting est au poil. Et la réincarnation moderne des personnages qui ont à peu près deux siècles est bonne, excellente. On commence avec le duo gagnant : Benedict Cumberbatch en Sherlock et Martin Freeman en Watson, chacun très juste dans leur partie, en revenant à l’essence des personnages. Sherlock est effectivement un homme sur-intelligent avec des connaissances pointues dans des domaines à priori parfaitement inutiles : 240 types de cendres de tabac, entre autres. On y pense pas assez souvent, c’est vrai. Et aussi un homme complètement à côté de ses pompes quand il s’agit de relations humaines normales. « I’m not a psychopath, I’m a highly functioning sociopath, do your research », comme il le dit lui-même. Ce qu’il y a de génial aussi, c’est que le Watson de Martin Freeman n’est pas le sous-fifre de Sherlock, mais son égal. Un vrai duo. Il a ses propres qualités, sa personnalité, et sa meuf (et quelle meuf!) dans la dernière saison. Et oui, tant qu’on parle de ces deux zozos, soyons francs : oké, ils n’ont pas le physique Dior Homme Sport de Robert Downey Jr et Jude Law. Et c’est très bien comme ça. Au moins, ils ont l’air humains. Bon, sauf Cumberbatch, qui a un côté alien anglais assez prononcé.

– Rien à voir, mais c’est quand même troublant, comme constat : la Grande Bretagne produit des filles plutôt canons, toutes générations confondues : Kate (Moss), Cara (Delevingne), Kaya (Scodelario), Emma (Watson). Mais les mecs… c’est tout de suite plus atypique. Pour un Jude Law qui se dégarnit le crâne, on a un Rowan Atkinson. Pour un Daniel Craig au poil un peu gris (<3), on a un Mike Meyers. La particularité anglaise. Pas chercher à comprendre.

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Freeman & Cumberbatch, de gros déconneurs.

Avec ça, même les personnages secondaires sont excellement écrits et joués. On a plus du tout l’habitude ! Le grand méchant loup Jim Moriarty est vicieux, à moitié schizo par moments, complètement branque, un « criminel consultant » d’après son CV qui a une tête d’étudiant en école de commerce qui aurait légèrement mal tourné, et surtout est : « so changeeeable ! » Je veux dire, quel méchant à pour sonnerie de téléphone « Staying alive » des Bee Gees ? D’accord, d’accord, c’est devenu à la mode avec Javier Bardem dans Skyfall qui débarque en Écosse avec The Animals (« Boom Boom », ouais ouais). Mais quand même. Grand méchant loup, check.

– L’humour. Anglais, en plus, c’est cadeau. Ça peut se résumer à cette punchline, pour moi : « I’m not dead. Let’s have dinner. » Voilà. Il y en a plein d’autres, chacun choisit ce qui lui plaît-plaît-plaît ! (merci Chagrin d’Amour et les années 80. Vous allez l’avoir en tête toute la journée héhé.)

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Irène Adler, version BBC by Lara Pulver. Le personnage qui arrive à faire passer la Irène Adler de Guy Richie pour une potiche. Sans mentir. Rachel McAdams a des fossettes super mignonnes, mais niveau profondeur du personnage, c’pas ça.

Attention les stations:

 

Sherlock n’a fait que me confirmer un truc que je soupçonnait. Les séries, policières, notamment, sont en pleine mue. Et, comme toute bonne chose, ça commence en Angleterre. Le format mastodonte à l’américaine sus-mentionné (NCIS, Les Experts: guide du routard des États-Unis, Esprits Criminels, etc.) est en train de se faire dégommer par des productions originales, dont les meilleurs exemples sont Tunnel, Broadchurch, Sherlock, The Fall. Que des prods anglaises. Coïncidence? Je ne crois pas.

Il y avait quelque chose de pourri au royaume de la série policière. Je ne sais pas, les spectateurs sont devenus plus exigeants, via le téléchargement en vostfr, ou les producteurs plus audacieux et les scénaristes plus malins, ou tout ça à la fois, mais en tout cas, il s’est passé quelque chose. Je veux dire, on a des séries qui cartonnent, mais absolument pas sur le modèle habituel. Broadchurch (le bon coup de France 2), la série en moins de dix épisodes la plus lente de l’histoire policière. The Fall, la série où à la fin de la première saison, le grand méchant loup ne se fait pas arrêter. Tunnel, la série où les français et les anglais coopèrent (déjà ça, c’est un exploit) autour d’une bonne intrigue. Toutes ces nouvelles séries sont portées par un casting de folie: Clémence Poésy et Stephen Dillane pour Tunnel, Gillian Anderson (ex Scully  d’X-Files) et Jamie Dornan pour The Fall, David Tennant (ex Dr Who) pour Broadchurch… Toutes ces séries contre-attaquent à coup d’intrigues bien lente, bien glauques, bien jouées par de bons acteurs (on y pense pas assez souvent, mais ça aide), bien écrites. évidemment, repasser aux Experts derrière, ça fait mal.

Bon, je vous laisse le trailer officiel de Sherlock pour la route, soyez bilingues:

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YouTube Direkt

Moi je vous laisse, j’ai des épisodes de Cold Case sur le feu. Et Lily Rush ne va pas résoudre des crimes quarante ans d’âge sans moi.

Rizzo Andretti.

 

 

 



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