Série: Cold Case, réhabilitation.

Lecteurs du jour, bonjour, lecteurs du soir, bonsoir !

Une fois n’est pas coutume (en fait si), aujourd’hui j’ai décidé de vous parler d’une série qui est finie. Et qui était grand public. Et qui était de qualité. Ça se fait rare, hein ? Je suis donc revenue à l’un de mes premiers amours en matière de série de tous les temps : Cold Case. Il faut que je vous explique un peu comment j’en suis arrivée là.

J’ai commencé à regarder des séries comme il se doit : en scred, à ramper derrière les meubles pour se caler à côté du canapé quand l’instance parentale regardait la télévision. J’ai donc entamé ma carrière de binge viewer avec la Trilogie du samedi (un monument de la télévision), Urgences, Friends et consorts, pour en arriver un jour à Cold Case. Quand je dis que je suis une poubelle de table, ça marche aussi pour les séries. De la série policière, j’en ai mangé, et de toutes les sortes ! De FBI portés disparus à Barnaby en passant par Sherlock, j’ai tout vu, ou presque. Même Walker Texas Ranger. Donc, j’ai évidemment regardé Cold Case. Et on a trop souvent tendance à oublier que c’était une excellente série policière. J’avais 15 ans quand ça a commencé, 22 quand ça c’est finit. Autant dire que j’ai un poil changé entre les deux, mais mon amour pour cette petite série n’a jamais faibli. C’est donc que soit j’étais aveuglément amoureuse, soit c’était de la bonne. C’était donc un peu des deux.

Je m’en vais vous dépiauter tout cela. En avant Rantanplan.

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Cold Case, késséssa ?

– Une prod Jerry Bruckheimer pour la CBS. En général, ça sent bon. Top Gun, Pirates des Caraïbes, FBI portés disparus, Les Experts, ce petit produit, et le fait bien, en général. Bon, Lone Ranger, je lui pardonne.

– Un mastodonte à l’américaine, d’abord. Sur le format, on est en plein dans le 24 épisodes/saison de 45 minutes. 7 saisons au compteur avant de plier bagages, une bonne moyenne.

– Une série policière en apparence classique, puisqu’on retrouve les fameux codes narratifs présents partout (non,je n’ai pas dit la narration pour les débiles. Je l’ai pensé très fort, mais je ne l’ai pas dit.)  : épisode= meurtre résolu à la fin+fil narratif développant le relationnel entre les personnages+fil rouge narratif de la saison (en général avec le grand méchant loup de la série)

…Mais en fait pas si classique. Si oui, on est bien dans la résolution de meurtres pliée en 45 minutes chrono générique et crédits compris, c’est avant tout de la résolution de meurtres datant minimum d’il y a dix ans. Maximum des années 30. Oui oui. Alors les Experts à trouduculandofamerica… petits joueurs.

Pourquoi Cold Case, il faut quand même en voir un dans sa vie :

– Parce que si les meurtres n’ont rien d’originaux, le contexte l’est vachement plus, sans parler du traitement de la chose. C’est en partie ça qui a fait le succès de la série, son ambiance volontairement nostalgique. Et que ce soit bien fait, quand même. C’est bâti sur le concept très Justin Timberlakien que « what goes around comes back around yeeah », à savoir qu’un crime ne restera pas impuni, justice sera faite, même des années après. Cimer Lily Rush. C’est niais comme concept, certes, mais ça marche bien.

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Ouais ouais, on a compris, Lil’.

– Pour la traduction. Qui, pour une fois, n’est pas dégueulasse. À savoir, quand en anglais un personnage dit « son of a bitch », en français, il dira « fils de pute », et non le courtois « enfoiré » qu’on entend à tout bout de champ en VF. Si Lily Rush passe « a shitty day », ce sera bien « une journée de merde », dans le texte. C’est peut être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucouuup (…ça veut dire qu’il est libre, heureux d’être là malgré tout, merci France Gall, vous allez l’avoir en tête toute la journée!)

– Pour les personnages. On a Lily Rush la brave et larmoyante, les amis ! Pour une fois qu’on avait une héroïne féminine forte, intelligente, on allait pas bouder notre plaisir. À votre avis, qui a ouvert la voie pour les Rizzoli & Isles, Élise Wasserman (Tunnel), Stella Gibson (The Fall), apparues dix ans après ?

Parce que oui, la première héroïne crédible en série policière depuis Jessica Fletcher d’Arabesque jouée Angela Lansbury, c’est bien la Lily Rush de Kathryn Morris.

Pour une fois, ça fait plaisir que la galerie de personnages masculins qui entourent l’héroïne soient les seconds couteaux. Héroïne féministe à l’américaine ? Check.

– Pour la musique, bien sûr. Le générique est à lui seul un morceau d’anthologie. Qui entend le « ahhhh » sait quelle série vient derrière. Et pour une fois qu’on ne se retrouve pas avec un morceau des Who ou d’un pseudo groupe de rock us indé survitaminé au LSD et charcuté à la truelle, ça fait plaisir.

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– Il y a aussi le rôle que joue la musique dans les épisodes. Cold Case a cette particularité : la musique utilisée dans chacun des épisodes n’est pas seulement là pour nous faire verser une petite larme aux alentours de la minute 40. Elle est là pour l’ambiance, situer l’époque. Années 70 ? Dona Summer, « Last Dance ». Années 30 ? Ella Fitzgerald, « Blue Moon ». Années 50 ? Perry Como, « Catch a falling star ». Années 90 ? Nirvana, « All apologies ». On découvre un tas de chansons, à regarder Cold Case, moi je me suis mise à Frank Sinatra. C’est d’ailleurs les droits pour la musique qui empêche toute sortie en DVD de la série. Niveau musical, même Glee n’arrive pas à s’aligner.

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ou encore, pour le plaisir, le Rocky Horror Picture Show:

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– Les thèmes et les histoires, originaux et bien traités : les pédés et leurs casseurs, les racistes et leurs antagonistes, les joueurs de baskets, les politicards, les dealeurs, les cathos, les immigrés, les ados, les putes… tout y passe. Pas de discriminations ou de filtre de bienséance. C’est aussi l’une des forces de la série : ce n’est pas seulement un meurtre de vingt ans d’âge qui est résolu, c’est aussi l’occasion de construire des personnages différents à chaque fois correctement, puisqu’on découvre l’évolution de la vie de ceux-ci parfois sur des décennies après la mort d’un proche.

– C’est ça, la vraie force de Cold Case : réussir l’exploit de construire correctement des personnages pour 45 minutes, sans tomber trop dans les clichés, mais en leurs donnant une histoire, des sentiments, bref, tout ce qui fait de bons personnages CRÉDIBLES. Ce qui n’est que rarement le cas dans les séries policières de format 45 minutes, où les suspects, victimes et innocents cumulent les clichés bien rutilants : le gentil noir accusé à tort, la mère célibataire qui fait tout pour s’en sortir, l’ado qui tombe dans la délinquance parce que la vie c’est de la merde et que son papa est parti quand il avait 10 ans sans lui apprendre à faire du vélo, le père de famille repenti de son divorce, son alcoolisme, son adultère…au choix. On peut aussi faire les trois.

Non, ici, on prend le temps d’expliquer les motivations, l’histoire. En fait, on prend juste le temps de faire de bons personnages, de permettre au spectateur de s’identifier, à coups d’allers retours entre le passé et le présent. Franchement, si on prend les mastodontes habituels de la série policière, lesquels prennent le temps de bien construire leurs personnages à intrigue unique suffisamment pour qu’on puisse s’y identifier ? Ah… pas grand monde.

Mais on a plus l’habitude. C’est l’intelligence et la caractéristique principale de la série, d’une simplicité effarante : partir du postulat que le passé n’est jamais totalement enterré, et construire ses personnages avec. Une vraie intrigue avec de vrais personnages. Il fallait y penser.

 – Pour les épisodes à thématique particulière : le Rocky Horror picture show et les séances de minuit, la vaste blague radiophonique d’Orson Welles qui a fait débarquer les Martiens sur la côte est, Rocky et les combats de boxe, la Fièvre du samedi soir et l’engouement pour le disco, le film d’horreur Halloween…qui font plonger le grand public directement dans la culture américaine et les thèmes de société. Rien que ça, ouais.

– Pour la technique : les fameux flashbacks qui ont fait le succès de la série, et leur bonne utilisation, avec le changement du personnage passé/présent par le passage de la caméra derrière un élément du décor ou un autre personnage. L’intrigue et la construction des personnages ne fonctionnent que grâce à ces flashbacks. On nous montre des enquêtes passées êtres résolues. Sans les flashbacks avec les coupes de cheveux et les fringues improbables, la série perd tout son charme et son intérêt. Évidemment, ce n’est pas l’effet technique du siècle, avant, il y avait le bullet time des Wachowski. Et après, il y a eu James Cameron et ses aliens bleus qui envahissaient la salle de cinéma. On ne dirait pas comme ça, mais à l’époque, pour une série, ça pétait sa race.

Bon, le seul reproche que l’on pourrait faire, c’est justement le côté larmoyant de la série. Ce à quoi je répondrai : moi, ça ne me dérange pas, les teenage dramas le font tout le temps. Et je ne vous parle pas des soaps.

Et puis surtout, surtout, une bonne série policière sur un format classique, on en a plus vu depuis bien longtemps. Ça fait partie des petites originalités télévisuelles que la chaîne France 2 est la seule capable d’avoir les tripes de diffuser (pensez à The Closer, à Broadchurch, non, vraiment, le service public fait le job, de temps en temps). J’aime bien les ultras classiques Rizzoli et Castle, que France 2 diffuse aussi pour gratter un peu d’audience à TF1, mais c’est pas pareil. Non. Certes, elles ont des personnages originaux, au départ, l’écrivain ado attardé ou la médecin légiste socialement inadaptée sur-intelligente, c’est marrant, gros potentiel punchline (surtout dans Castle, souvent hilarant) mais cela ne concerne que les personnages principaux. Leurs traitements d’intrigue policière, ce qui est quand même la base pour une série policière, n’est ce pas, est fait limite par dessus la jambe dans certains épisodes. Ce sont des séries où on est plus là à attendre qu’ils se chopent les uns les autres plutôt qu’ils résolvent l’enquête. J’ai envie de dire « oké les gars, mais on est pas là pour ça! » Dommage. Le problème, c’est que c’est devenu la norme en série mastodonte.

Pour tout cela et bien plus encore, redonnez une chance à Cold Case. Vous pourriez être surpris. Allez, moi je vous laisse, j’ai quelques épisodes d’Olive et Tom à revoir à avant la coupe du monde, histoire de rigoler.

Rizzo Andretti.



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