Réhabilitation de la comédie romantique par Happiness Therapy.

Réhabilitation de la comédie romantique par Happiness Therapy.

Lecteurs du jour, bonjour, lecteurs du soir, bonsoir !

Je sais, s’attaquer à une catégorie de films sinistrée, c’est petit. Mais petite, je le suis. Donc j’ai le droit. Je pense entre autre aux Je te promets ou N’oublie jamais, qui sont bels et bien des navets splendides, malgré la très réussie et très canon Rachel McAdams, qui cumule les rôles de visage à fossettes. Espérons pour elle que le Passion de De Palma utilise d’autres aspects de son jeu d’actrice.

Non, plus concrètement, la comédie romantique, c’est ce genre de films dit « films de meufs ». Les films qu’on regarde le soir emmitouflée dans trois couches de sweats avec paquets de chips/Tagada/tablette de chocolat/chat/thé/keuka/bière, de préférence enfouie dans son lit ou son canapé. Quand on a un un partenaire sentimental ou sexuel régulier, c’est l’occasion idéale. Et surtout,vous êtes sûre qu’avant même la fin du film, vous aurez conclu.

Et là, grosse feinte, parce qu’est sorti Happiness Therapy. Ce film est capable de faire aimer la comédie romantique à n’importe qui, même un mec. Parce c’est un retour aux sources. Eh ouais, carrément.

J’en m’en vais vous dépiauter tout cela. En avant Rantanplan.

Mais pour réussir à faire regarder une comédie romantique à un mec, il faut de la bravoure. De la ruse, surtout.

Soit :

– Imposer le film sans compromis possible.

– Ne suuurtout pas donner le titre. « Love Actually, ça te dit ? », c’est mort. Parce que la réponse sera « Ouais, mais j’ai téléchargé Drive, il faut que je le regarde ! » Et en plus, avec Drive, il peut vous avoir, car il y a Ryan Gosling, et qu’il fait bander, allez, plus de 80% de la population œstrogénique.

– Appâter le mâle avec de la nourriture pleine de gras. En tout cas, suffisamment pour qu’il ne lève pas son derrière en plein milieu de la scène de première rencontre pour « aller au domac parce que j’ai faim ». Oui, piéger les gens avec de la nourriture, c’est fourbe. Mais ça marche toujours.

– LE prétexte gros comme un avion en salle de pause au World Trade Center, le « J’ai froid, tu me fais un câlin ? ». ça fonctionne en intérieur comme en extérieur, même dans un appartement surchauffé.

Voilà comment harponner votre homme. Mais mais mais…

La comédie romantique, c’est quoi ?

Parce qu’en parler, c’est bien, mais savoir de quoi on parle, c’est mieux. Quoique. Parler de ce que je connais pas, je fais ça tout le temps, et avec succès, souvent. BREF.

Ingrédients pour une bonne comédie romantique :

– Une histoire d’amour. À la base, une histoire mal foutue, incohérente, improbable, à la Roméo et Juliette, en somme. Ce qui me fait dire que depuis Shakespeare, on a rien inventé de mieux. Prenons l’une de mes comédies romantiques préférées comme modèle, The Holiday.

Attention, ça finit toujours bien, une comédie romantique. Pas de grosses surprises, les héros finissent ensemble. En une heure et demie, on vous raconte comment, c’est tout.

Exemple : Prenez un éditeur anglais veuf avec deux gosses habitant dans le Surrey, et une conceptrice de bande annonce américaine de Los Angeles, célibataire névrosée. Ou une journaliste anglaise amoureuse à sens unique du Surrey et un compositeur de bandes sons localisé dans la cité des anges, gentil, trop gentil.

– Des moments d’humour et émotionnants en alternance.

Exemple : Notre névrosée américaine complètement saoule qui danse/chante Mr Brightside des Killers. Ou l’amoureuse à sens unique anglaise qui a toutes les peines du monde à comprendre la fonction double appel d’un téléphone.

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Merci Cameron.

– Avec ça, on rajoute le personnage du conseiller, ici le petit vieux tout seul qui date de quand l’expression « faire la cour » était encore en usage, la rencontre de la névrosée avec les enfants du veuf… histoire de vous compresser les glandes lacrymales. Et ça marche.

– Le casting adéquat, trèèès important. The Holiday en est la preuve par quatre.

Exemple : Névrosée américaine maladroite= Cameron Diaz, une habituée du genre.

Anglais canon qui traîne dans le coin=Jude Law, ou le plus beau sourire de toute l’Angleterre.

L’amoureuse malheureuse= Kate Winslet, qui a fait ses preuves dans un tout petit film à peine remarqué à l’époque, Titanic.

Et le gentil sympa tout mignon trop gentil= Jack Black, membre du Frat Pack regroupant notamment Ben Stiller, Luke et Owen Wilson, Vince Vaughn…

Vous mélangez le tout, faites reposer pendant une heure et demie, et paf, ça fait une comédie romantique.

J’en viens à mon sujet, voilà, voilà, j’arrive.

Pourquoi Happiness Therapy est quand même pas mal du tout :

– Parce qu’il y a Bradley Cooper, Jennifer Lawrence et Robert De Niro. Et qu’ils sont tous très justes dans leurs rôles, sans en faire des caisses, comme c’est trop souvent le cas dans les comédies romantiques. Quand ils pleurent, c’est crédible. Quand ils rient, c’est c’est crédible. Et quand ils sont tarés, je vous le donne en mille… ça l’est aussi.

– Parce que pour une fois, et contrairement à la nouvelle veine de comédies romantiques type The Holiday, Sexe entre Amis, Trop loin pour toi, le premier baiser est l’aboutissement du film, et non son point de départ. Ils ne couchent pas ensemble dans le premier quart d’heure, et encore moins dans la dernière heure et demie. Fans de scènes de sexe marrantes, désolée. L’histoire d’amour retrouve une chronologie basique qu’on avait oubliée et que limite on trouverait vieillotte. Les deux héros se rencontrent, s’apprivoisent (au sens propre), accomplissent quelque chose ensemble (qui n’est pas une partie de jambes en équerre), et enfin comprennent qu’ils sont amoureux.

– Parce qu’il y a bien un concours de danse, le classique depuis Dirty Dancing, mais qu’ils ne gagnent pas. Mais qu’ils sont contents quand même.

– Parce qu’il n’y a pas que les héros qui sont bien campés. Les seconds rôles, du père Robert De Niro au pote d’HP Chris Tucker, en passant par la mère Jacki Weaver, tous sont excellents.

– Parce qu’il y a deux scènes qui sont mémorables de folie :

Pat et Tiffany vont au diner, un soir.

« Tiffany: Pourquoi t’as pris des céréales ?

Pat: Parce que je voulais pas que ça fasse rencard.

Tiffany: Tu sais, ça peut toujours l’être.

Pat: Et toi, pourquoi t’as pris du thé ?

Tiffany: Parce que t’as pris des céréales. »

Magistral.

– Je ne vous retranscris pas la scène où le porte bonheur (le « ju-ju ») du père bookmaker est au centre des discussions, il faut la voir pour la croire. En gros, le père ultra superstitieux quand à son porte bonheur, accuse Tiffany, la meuf que son fils voit, de dérégler son « ju-ju », et donc, qu’il ait perdu ton son fric sur un pari à cause d’elle.

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– Parce qu’ils sont tous tarés, ces personnages. Tous. Il n’y en a pas un qui approche un tant soit peu de la normale. Attention, je parle de tarés, de vrais. Pas de pseudos personnages originaux à la Drew Barrymore (même si elle fait ça très bien, avoir des rajouts de toutes les couleurs, dans Bliss), non de tarés à 100%. Là où c’est drôle, c’est que celui qui sort de l’HP n’est pas forcément le plus atteint de la famille. Le père : souffrant de TOC et de superstitions comme t’as jamais vu ça. Le meilleur pote : étouffé par sa femme mais qui ne sait pas comment s’en démerder. Le pote d’HP : obsédé par ses cheveux de deux millimètres de longueur. La fille rencontrée par « hasard » : ancienne salope qui, parce qu’elle était vraiment triste après le décès de son mari, s’est tapé tout le monde au bureau. Et quand elle dit tout le monde, c’est TOUT LE MONDE. Bien sûr, on a aussi Pat, le héros, qui a des soucis à contrôler sa colère, doublée d’une bipolarité non diagnostiquée. Voilà voilà. Après ce défilé de tarés authentiques (car c’est bien là la force du film, c’est qu’ils sont crédibles), on se sent beaucoup mieux dans ses Stan Smith.

En résumé, Happiness Therapy, c’est une histoire d’amour. Où le coup de foudre a lieu lorsque Pat et Tiffany comparent les antidépresseurs et médicaments qu’ils ont pris. Deux tarés qui tombent amoureux. Rien de plus. Et comme le dit Pat,« I love you. I knew it the minute I met you. I’m sorry it took so long for me to catch up. I just got stuck. pat. »

Pourquoi aller le voir? Parce qu’on sort de la salle content. Voire heureux. Si on est bon public comme moi. Ah, si on est fan de football américain, on parle beaucoup des Eagles de Philadelphie et de Desean Jackson. Qui est-ce, mystère. Mais on s’en fout. Ah, et aussi parce que c’est le seul film que je connaisse où le héros s’excuse des écrits d’Hemingway à 3h du mat’. Alors oui, la comédie romantique a de beaux jours devant elle.

Bon, je vous laisse, j’ai un petit détail à régler avec Daniel (Craig) pour la Saint Val. On hésite entre Londres ou Nassau.

Rizzo Andretti.

 

 



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