Only god forgives – Ryan Gossling retrouve le réalisateur de Drive

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Only god forgives – Ryan Gossling retrouve le réalisateur de Drive

Ryan Gossling, le nouvel atout majeur d’Hollywood retrouve le réalisateur de Drive pour une plongée dans les bas-fonds de Bangkok. Violence, complexe d’Œdipe, prostitution, vengeance, tel est le cocktail que nous sert Nicolas Winding Refn, appétissant sur le menu, décevant dans l’assiette.

Le scénario tient sur un mouchoir de poche : Deux frères (Julian/Ryan Gosling et Billy/Tom Burke) gèrent une salle de boxe à Bangkok, couverture d’un trafic de drogue dirigé d’une main de fer par leur mère (interprétation plus vraie que nature de Kristin Scott Thomas, blonde platine pour l’occasion). Un soir, le grand frère «va faire un tour en enfer ». En clair, il va aux putes. Sauf que sa virée tourne mal. Après avoir tabassé à mort une jeune fille de 16 ans il se fait lui-même massacrer par la police. Débute alors un jeu de vengeance morbide, gore et sans fin.

Ces éléments pourraient former un puzzle intéressant mais Refn refuse de nous donner toutes les pièces. Qui est ce flic-justicier qui se détend sur la scène d’un karaoké devant un parterre de collègues en uniforme après avoir fait gicler le sang à la point de son sabre, (cf Tarantino époque Kill Bill)? Quelles sont ces motivations ? Qu’est-ce qui nourrit la relation quasi-incestueuse entre cette mère manipulatrice et ses fils ? Qui est-elle ? Le complexe d’Œdipe est renforcé par l’évocation du

meurtre du père par Julian mais que s’est-il réellement passé ? Le réalisateur ne fait que suggérer, au spectateur de s’en contenter. On se laisse donc aller à imaginer un passé à ces personnages tout en les observant se mouvoir au ralenti. Aux commandes, le chef-op d’Eyes Wide Shut, Larry Smith. C’est dire que l’ambiance est planante, entre les jeux d’ombre et de lumière et les travellings sans fin dans les couloirs d’une maison close. Les plans séquences sont longs et immobiles, tels des tableaux dans lesquels ils ne se passent rien. On ne peut alors qu’admirer la précision et la beauté de la photographie. Mais à force d’en user, Refn en abuse. Ses toiles sont redondantes et en deviennent lassantes.

Surgissent alors des geysers d’hémoglobine, histoire de pimenter cette hypnose lynchéenne accentuée par la bande-son toujours aussi planante de Cliff Martinez. De l’amputation à la décapitation, en passant par l’éviscération, le réal s’en donne à cœur joie et nous met au défi de contempler, impuissant, un jeu de torture jusqu’à son gros plan final. Bref, des poussées de violence extrême, aussi bien physique que verbale. On retiendra le langage châtié de Crystal, la blondasse peroxydée qui sert de mère à Julian qui, face à la jeune femme qu’il lui présente, va vomir ses vipères dans un florilège de bites, queues, four à bite j’en passe et des meilleures ! Face à cette créature castratrice c’est l’impuissance masculine, tant sexuelle que psychologique qui est livrée aux yeux du spectateur. Et qui mieux que Ryan Gossling (que j’apprécie beaucoup pourtant!) pour illustrer cette absence de réaction. L’acteur pousse ici son jeu mono-expressif à son extrême. A peine s’il hausse un sourcil à l’annonce de la mort de son frère ! C’est dire que question vengeance, il n’est pas des plus efficaces. Ce qui fiche en rogne sa mère. Et quand Kristin Scott Thomas gueule, je peux vous dire qu’on se la ferme et qu’on écoute.

Au final, quand le générique défile après une dernière prestation karaokéenne du flic-chanteur-vengeur, on se dit « Tout ça pour ça ? ». On reste sur notre faim. On cherche encore en se disant qu’il doit bien y avoir quelque chose derrière cette déferlante de violence alternant avec ces lenteurs angoissantes aux suggestions malsaines…mais non ! On sort de la salle en espérant que Nicolas Winding Refn se remettre vite de son very bad trip thaïlandais pour nous livrer autre chose qu’une parodie de lui-même !

 

Christelle Lader



One Comment

  1. Emmanuel wrote:

    Je vais aller à contrario de ce billet.
    OGF s’ancre particulièrement bien dans la continuité de la filmographie de Refn. Oui, il s’agit d’un film hyper-esthétisé; oui, le scénario est simpliste, et oui, il y a du sang qui gicle. Mais cette hyper-esthétisation s’inscrit dans la continuité des films précédents, de Pusher à Drive. Les néons à outrance on les trouve déjà dans son premier film. Le scénario est simple, mais c’est le cas de toute son oeuvre. Drive a un scénario encore plus simple, Valhalla Rising de même, etc. Ce qui importe principalement dans les films de NWR, c’est la maestria de sa réalisation et le sous-texte. Car oui, le sous-texte est présent aussi dans OGF. Vous l’abordez brièvement avec la question œdipienne, mais ça va bien plus loin, tant sur cette question (qui va d’ailleurs justifier certains plans gores, à l’instar du moment où il plonge ses mains dans la plaie béante de sa mère, geste facilement interprétable comme un retour à la source même de son existence : le stade embryonnaire), que sur des questions d’ordre quasiment métaphysiques avec la figure du policier. Policier que l’on peut d’ailleurs justement rapprocher d’autres personnages de la filmo de Refn, principalement One Eye de Valhalla Rising.
    Donc non, OGF est tout sauf un Refn parodié. C’est certain que si on le réfère seulement à Drive qui était, pour le coup, son film le plus accessible, on peut rapidement avoir la nausée. Mais au regard de l’ensemble de son oeuvre, on voit rapidement les rapprochements à faire et les parallèles thématiques et fondamentaux à dresser.

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