Mon nom est Bond, James Bond. Et ça fait un moment que ça dure.

Mon nom est Bond, James Bond. Et ça fait un moment que ça dure.

Lecteurs du jour, bonjour, lecteurs du soir, bonsoir!

Avec un titre pareil, ce n’est plus vraiment compliqué de savoir de quoi je vais parler. Car, si tout le monde en a vu au moins un (sauf si vous habitez dans une yourte sans redevance TV, et encore), plus rares sont ceux qui en ont lu, ne serait-ce qu’un seul. Ehhh oui, avant même d’être Sean Connery l’illustre ou Daniel Craig le déménageur, James Bond est avant tout la créature de papier de Ian Fleming, depuis 1953, c’est dire s’il commence à se faire vieux, le double zéro. Et c’est là que j’interviens.

Je m’en vais vous expliquer le pourquoi du comment de Casino Royale, livre et film. Le film avec Daniel le déménageur, pas celui avec David Niven, attention.

En avant Rantanplan.

C’est quoi, ce titre?

Parce que c’est là qu’on se dit que les traducteurs de l’époque étaient sous payés. Déjà, le bouquin est édité en France en 1960. Il a mis 7 ans a traverser la Manche. Je sais bien qu’à ce moment là, l’Eurostar, c’était de la science fiction, mais il y a des limites. Et en passant la Manche, le Casino Royale devient… Espions, faites vos jeux. Je ne leur en veux pas. Si ça se trouve, les traducteurs n’étaient même pas aux 35h. Mais quand même? Quel besoin de changer le titre, quand l’original suffit? Et c’est bien trop long, comme titre, Espions, faites vos jeux. Si un bouquin avec un titre long comme un bras avait du succès, je ne sais pas, moi, comme à l’Ombre des jeunes Filles en fleur, par exemple, ça se saurait. Il faudra attendre 1964 pour que le titre retrouve son look originel. Mais ça, on s’en fout.

À noter que Gallimard a refusé de le publier. Mais chez Gallimard, ils sont coutumiers du fait, ils avaient au départ refusé de publier Proust. Ce qui est un peu con, vu tout ce qu’il a sorti comme livres. De quoi remplir une étagère à lui tout seul. Casino Royale sera donc publié chez les éditions Presses Internationales, puis en feuilleton dans le magazine ELLE. On ne le dira jamais assez, la presse féminine est loin d’être conne.

BREF.

 

Pourquoi c’est quand même un bouquin à lire, une fois dans sa vie:

– Parce qu’il ne fait que 240 pages, en gros caractères. Ça se lit vite, donc.

– On connaît déjà l’intrigue, de près ou de loin. De près, si comme moi vous avez vu le film plus de vingt fois depuis sa sortie, de loin si pour vous, James Bond à l’écran, c’est Roger Moore. Pas de grosses surprises, donc.

– C’est l’occasion ou jamais de se remettre un peu dans l’ambiance guerre froide, champagne et béluga, fumée de cigarettes dans les hôtels et misogynie latente. Il y a des nostalgiques.

– C’est le bouquin idéal si vous devez vous faire: une conférence aussi trépidante qu’un documentaire sur les bébés phoque du Péloponnèse (je sais pas si ils existent) / un trajet de plus de 3h de TGV assis à côté d’un gosse qui hurle plus fort que Céline Dion (si, c’est possible) / de l’attente dans un bâtiment administratif (autant se fossiliser sur place) / quelques heures de plage pour se transformer en homard (et que le ELLE ou le Nouvel Obs ne sont pas disponibles)

– Parce que vous en avez marre de ne lire que du Beigbeder du Nothomb ou du Houellebecq. C’est vrai, ce sont les seuls auteurs français du moins francophones compétitifs, c’est à dire qu’ils sortent quasiment chaque année un nouveau truc pour payer leur loyer. Je dis stop.

– Parce que ça fait classe de dire: « J’ai LU  un James Bond hier soir. », un peu moins de dire « J’ai regardé un James Bond hier soir. »  ça fait tout de suite un petit effet Je m’intéresse à tout en littérature, je suis pour la biodiversité bibliothécaire. Juste l’effet Je lis des livres, pas seulement les critiques de Télérama, ça émoustille déjà.

– Parce qu’avoir un livre dans son sac, c’est l’assurance de pouvoir frapper avec la mamie qui essaye de vous prendre votre place assise dans le tram, alors qu’elle a son déambulateur, cette fourbe.

Pourquoi le film avec le déménageur (Daniel Craig, il faut suivre, un peu), est quand même pas mal du tout:

–  Parce qu’il est à peu près fidèle dans son adaptation, et que ça se fait rare, les bonnes adaptations ciné. Regardez, ils veulent encore ressortir un Roméo et Juliette. Pourquoi, pourquoi, pourquoi, non!

– Parce que les personnages sont bien rendus. Voire même presque humains. Si on fait abstraction du physique de Hulk armoire sous amphétamines de Daniel, certes (j’aime beaucoup Daniel, pour de vrai), tout y est. Les personnages sont soignés, sur la pellicule comme entre les pages. Ce qui peut paraître étonnant dans une saga où les rôles sont prédéfinis à l’avance.

– James= agent secret indécrottablement loyal à la couronne, increvable et coureur de jupons première classe. Picole comme un fut percé, porte Walter PPK et costumes qui coûtent très cher.

– La fille canon= l’en cas de fin de film, au départ à moitié contre James et qui finira adjuvant pour les beaux yeux du même James.

– Le méchant= souvent marqué physiquement, très intelligent, en veut à la terre entière souvent, intérêts : l’argent en grandes quantités et buter les gens qui l’emmerdent.

Voilà, la théorie grossière, c’est à peu près ça. Sauf que ça se complexifie dans cette œuvre. James Bond se découvre un cœur, le méchant n’était qu’un sous marin d’une association bien plus dangereuse, et Vesper Lynd, adjuvante et amoureuse donne dans la trahison. On est d’accord, c’est un beau bordel.

  Je m’attarde sur le personnage de Vesper Lynd, qui est je le crois, la réussite de ces deux œuvres. La James Bond girl dont il faut se souvenir, c’est elle. Parce qu’à la vérité, elle n’en est pas une. Elle est plus que cela. Elle est la genèse de la consommation massive de femmes qui s’ensuivra dans les autres films/livres (si on fait dans la psychanalyse de comptoir). Elle est la femme ultime. À l’exception faite de Teresa Di Vincenzo (Au service secret de sa Majesté, un masterpiece avec Diana Rigg. Mais si, vous savez, Emma Peel de Chapeau Melon et bottes de cuir, eh bien c’est elle!) Je reviendrai là dessus plus tard.

Dans ce premier roman et ce retour aux sources cinématographique, nous est dévoilé la faille de James Bond. L’unique moment dans sa looongue carrière de double zéro où ce dernier tombe amoureux. Bien sûr, comme c’est un roman, c’est une traîtresse. Personnage bien plus complexe qu’il n’y paraît, c’est le pressentiment qui nous saisi lors de sa première apparition. « Les regards qu’elle adressait à Bond étaient francs, mâtinés d’un désintérêt cynique. […] Elle faisait forte impression à Bond. »   On se souvient aussi de la joute verbale entamée par les protagonistes en guise de préliminaires dans le train entre Eva Green et Daniel Craig. « Comme vous avez tout de suite pensé que j’avais perdu mes parents, je dirais que c’est vous, l’orphelin. Oh vous l’êtes? Je commence à aimer le poker. »   

   Le choix d’Eva Green est ici judicieux. Vesper est censée parler français comme une française, et bien entendu, la dite Eva Green correspond parfaitement à la description faite dans le bouquin. Et surtout, pour une fois que nous avons une actrice française qui à l’air d’être intelligente (vu ses choix filmographiques, c’est loin d’être du flan, ce qu’elle a dans le crâne) et qui est bilingue comme un dictionnaire Harrap’s, on aurait tort de bouder notre plaisir. Tout en étant une grosse production attendue et cadrée, ce film fait entrer la part de trouble, d’humanité en James Bond, avec une Vesper Lynd juste et crédible. Pour une fois, on y croit. Il le dit lui même: « Je n’ai plus d’armure, tu me l’as arraché à jamais. Et quoi qu’il reste de moi, oui, quoi qu’il reste de moi, je t’appartiens. »  James Bond devient humain, tombe amoureux, se fait briser le cœur, pleure, se venge. Bien sûr, ça surprend. Bon, dans le film, ils n’avaient pas assez de crédits pour y loger la lettre d’adieux de Vesper, je trouve ça quand même dommage, parce qu’elle est sincèrement émouvante. Après, je suis assez bon public, moi je pleure à tous les coups devant Titanic. Et même si au final, la sentence tombe, « cette garce est morte », le James Bond des salles obscures aura pris de la profondeur. La machine à tuer et dérouiller de la fille en bikini a enfin une histoire, une faille comme les vrais super héros dont on gave les cinémas tous les étés.

Parce que donc, retour aux sources, profondeur nouvelle du James Bond, mais aussi renouveau à l’écran. Un James Bond qui pourrait facilement dégommer Rocky sur un ring, peu de gadgets, une intrigue resserrée qui ne part pas dans tous les sens comme la couleur de cheveux de Lady Gaga, quand même une voiture qui fait du bruit. D’ailleurs, tous les amoureux des voitures ont eu un pincement au coeur lorsque l’Aston Martin valdingue. Moi, ça m’a fait plus mal au coeur que d’apprendre que Michael Jackson ne ressortirait pas d’albums. De l’action brute, du poker, les Bahamas et une belle femme. Back to basics. C’est la même chose que lorsque Nike réédite des Air Force. On sait bien que les classiques, ça fonctionne toujours.

Je ne m’appesantirai pas sur le choix de Daniel Craig, qui a fait pousser des cris d’orfraie aux fans de Pierce Brosnan, qui, il faut bien l’avouer, dans les dernier films, était aussi utile à l’action que le fut Jacques Chirac à la république française, en fin de carrière.

Pour ajouter au fait que James Bond n’est pas près de décéder (presque aussi immortel que Clint Eastwood), allez écouter la piste Vodka Martini de SomethingALaMode, vous verrez que le James continue d’inspirer.

« – Au shaker ou à la cuillère?

   – Qu’est ce que j’en ai à foutre! »

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Les petits trucs en plus que ça peut être canon de placer en conversation pour faire genre on est cultivé (on peut l’être en vrai aussi, hein) :

– Eva Green est la sixième James Bond Girl française, parmi entre autres Sophie Marceau et Carole Bouquet, et à la base, elle avait refusé le script.

– La cascade exécutée avec l’Aston Martin DBS V12  par Adam Kirley est entrée au Guiness Book, pour 7 tonneaux consécutifs à 120km/h. À noter que personne n’est mort, exception faite de la voiture.

– Daniel Craig a affirmé en interview avoir passé des heures en salle de muscu’ pour être crédible dans les cascades réalisées. On pensera notamment à la scène de la grue suivie de la séance Yamakasi dans l’immeuble au début du film, un modèle du genre.

– Lors de la scène machette en furie vs James Bond dans les escaliers de l’hôtel, Eva Green s’est finalement faite doublée, après avoir manqué de se briser une jambe ou deux.

Bon, je vous laisse, il faut que je relise l’intégrale de Babar.

 Rizzo Andretti



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