Mon ami Christophe Honoré.

lesbiensaimés

« Who do you love? » Chiara Mastroianni!

Mon ami Christophe Honoré.

Lecteurs du jour, bonjour, lecteurs du soir, bonsoir !

« Je suis le pont sur la rivière

Qui va de toi à toi

Traversez-moi, la belle affaire

Embrassez-vous sur moi

Je n’aime que toi, toi, toi, toi toi… » Alice.

Je ne sais plus trop comment j’en suis arrivée là, ça devait être entre le Sexy Dance premier du nom avec Channing Tatum (<3) et le Fantômas avec Louis de Funès (« regardez-moi bien !+onomatopées indescriptibles »), quelque chose comme ça. J’ai atterri sur Les Bien-Aimés de mon ami Christophe Honoré. Je dis mon ami, parce que ce réalisateur réussi à allier à peu près tout ce que j’aime au cinéma. À savoir, de la comédie musicale, des morts bien tragiques/bien chialantes et quand même des histoires d’amour très ouvertes. Mais alors trèèèès ouvertes. Et son petit dernier, Les Bien-Aimés, ne déroge pas à la règle.

J’avais déjà ultra surkiffé Les Chansons d’Amour, merci à mes Alice et Julie de la vraie vie réelle qui me l’ont fait découvrir (oui, parce que dans celui-ci, il y a une Alice et une Julie fictives, il faut suivre, un peu). BREF. Ça allait forcément me plaire !

Je m’en vais vous expliquer tout cela. En avant Rantanplan.

Laissez-moi chanteeeer…

En général, j’adore quand ça chante, dans un film. Ne serait-ce que parce que ça fait passer l’heure et demi plus vite. Oui, la comédie musicale, de base, ça ne dure pas plus. Sinon, c’est vite emmerdant et on a l’étrange impression d’avoir un orchestre symphonique désaccordé dans la tête, en témoigne Les Misérables récemment sorti. Il m’a fatigué, ce film. Mais j’ai vachement bien dormi après, c’est vrai. Passons. Chanter, c’est bien. Mais faut pas déconner, non plus ! De même pour les films de danse (Sexy Dance sus mentionné, Street Dance et leurs suites…), plus c’est court, mieux c’est.

Donc, un peu dans la veine des films de Jacques Demy, ça pousse la chansonnette, dans ces films. Il n’est pas question de recette de gâteau ou de perroquet nous coassant « Amourrr amourrr je t’aime taant » d’accord. Il n’empêche que les personnages chantent, et chantent ce qu’ils n’expriment pas, n’arrivent pas à exprimer par le dialogue. Les chansons ne font pas avancer l’intrigue, mais donnent de la profondeur au personnage, à ses émotions. Je pense à Louis Garrel qui nous fait Les Yeux au ciel ou Chiara Mastroianni et Catherine Deneuve qui nous font Une Fille légère. (Un hymne, selon moi. Ou alors c’est juste l’histoire de ma vie, je ne sais pas encore)

Le duo Christophe Honoré/Alex Beaupain fonctionne à merveille. On n’est plus dans la chanson habillage de film (genre une chanson triste quand le personnage est tout seul/dépressif sous la pluie, de nuit, tout juste largué par son mari/femme/chien), on est dans la chanson qui est partie intégrante du film. C’est comme passer des Lucky Strike aux Dunhill, il y a une nuance appréciable pour les connaisseurs. D’ailleurs, qu’est ce qu’ils fument/boivent/couchent, les personnages de mon ami Christophe Honoré, on se croirait dans un film d’auteur français ! Ah merde. S’en est.

Le trouple des Chansons d’Amour:

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Ou la relation entre Véra, amoureuse d’Henderson, gay qui vient de lui annoncer qu’il a probablement le sida (c’est gai, oui) dans les Bien-Aimés:

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Là où j’applaudis des deux mains (ce qui n’est pas possible pour un manchot, par exemple), c’est que ce sont les acteurs qui chantent. Réellement. Si la voix tremble, c’est normal. Si parfois c’est presque un peu faux, c’est normal. Louis Garrel est quasi monocorde, Ludivine Sagnier susurre (avec grand talent), Catherine Deneuve nous refait Demy…bref. Ils ont été choisi sur leur jeu et non sur leur (non) performances vocales, comme une certaine Mélanie Laurent qui se prétend chanteuse, tout ça parce qu’elle s’est tapé Damien Rice. Mais mon exécration pour cette petite, on s’en fout, c’est pas nouveau.

Moi, je veux mourir sur scèèèène

Non, parce que c’est pas franchement la déconnade absolue, les films de mon ami Christophe Honoré. Ça se rapproche quand même paaas mal de la tragédie racinienne, par moments. Ça meurt dans tous les coins. Enfin, on peut être sûr qu’il y aura un personnage en moins à la fin du film, il n’y a plus qu’à lancer les paris, comme quand on regarde un Inspecteur Barnaby le dimanche soir ! (à ma décharge, j’adore Inspecteur Barnaby). Que ce soit une Julie, une Véra, un Otto… peu importe. C’est là que je vais faire un point méthodo sur la tragédie. (excusez-moi, déformation professionnelle. Mais en même temps, c’est nécessaire. Je ne fais pas ça pour me la péter, non non.)

Donc.

Un héros : marionnette des Dieux, pris à la gorge par son destin, qu’il ne peut changer, de quelque façon que ce soit.

Une action : conflit psycho-psyché, social, moral…Les événements s’enchaîneront jusqu’au dénouement funeste. (type : se taper son beau fils, c’est mal ?, se demande Phèdre, avant de folayer et d’avaler des barbituriques de l’époque)

Une fin : folie ou suicide, ou les deux, on n’est pas radin sur les moyens, en tragédie, ça meurt bien ! C’est de la morticulture, en fait, la tragédie. En revanche, on ne se la fait pas à la Dalida, on ne meurt pas sur scène. Ça, c’est juste Dalida. Ah, et le mot compliqué qu’on arrivait pas à écrire en seconde : catharsis. Purge des émotions pour le spectateurs, interrogation morale ou mentale, si on ne s’est pas endormi. Voyez, c’est pas si compliqué, une tragédie !

Voilà. Avec mon ami Christophe Honoré, il y a de ça. Prenons la Véra des Bien-Aimés. Deux heures de film pour raconter un destin familial de « fille légère qui [a] le cœur lourd », comme Chiara et Catherine le chantent. Petite pause sur ce qui est l’une des meilleures scènes du film, si ce n’est pas la meilleure.

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Associer mère et fille dans la vie en fiction c’était facile mais malin, oui. Les faire chanter, comme elles ont prouvé qu’elles savaient le faire, c’était fin, oui. Elles crèvent littéralement l’écran. De tristesse de ne pas être aimée comme on le veut pour Véra. D’adolescence amoureuse devenue profession de foi pour Madeleine. La chanson est révélatrice des personnages, de leur futur dénouement.

« J’ai voulu plaire et devenir/une fille légère pour m’affranchir/du poids du cœur et ses raisons » Voilà ce qui enserre Véra et toute l’histoire. Le poids du cœur. La légèreté n’est que feinte. « Mais j’ai beau faire je tombe d’amour/les filles légères ont le cœur lourd/le poids du cœur rattrape toujours/les filles légères et toutes un jour/ont ce sentiment d’échouer/de s’être légèrement plantée », fredonne-t-elle, désabusée, riant presque d’elle même. Mais la faille est là. Véra promène son cœur lourd jusqu’à l’empoisonner.

C’est Madeleine qui fait tomber la sentence. « Telle fille, telle mère », avant de rajouter pour elle, « je suis restée ». Légèreté de lignée, légèreté illusion, légèreté couperet.

« Jamais faire pitié, juste envie », Voilà Madeleine. Qu’elle soit Ludivine Sagnier ou Catherine Deneuve, chaussées en Roger Vivier.

Que reste-t-il de nos amourrrrs […] Bonheur fané, cheveux au vent, Baisers volés, rêves mouvants, Que rrreste-t-il de tout cela, Dites-le-moiii…

C’est ce qui saute aux yeux quand on regarde un film de mon ami Christophe Honoré. L’importance des histoires d’amour. Car oui, il n’est question que de cela. Amours à trois, amours homo, amours contrariés, amours à contre sens, amours impossibles, amours tantôt légers tantôt lourds… cartographie de l’amour au travers du prisme de Christophe Honoré. Dans ses films, on s’y aime, on s’y quitte, on s’y trompe, on est québlo ou perdu, mais rien n’est au final moins léger que l’amour et ses conséquences. On dirait bien que nous avons là un amoureux des histoires d’amour. J’ai des citations à gogo, rien que pour vous, je me suis rognée les ongles sur mon clavier ! Tadaaaaa :

Dans les Bien-Aimés, le Clément ami/amant de Véra, fatigué, qui lâche: « Est-ce qu’on ne pourrait pas arrêter de se tromper les uns les autres? […] Je te parle de la fidélité, tu vois la fidélité c’est un truc pas mal quand on s’aime! » Ce à quoi elle répondra: « T’es sérieux? »

Nous avons l’entêtant « Je n’aime que toi, toi, toi » de Julie, Ismaël et Alice des Chansons d’Amour. En fait, ce film, tout est dit dans le titre. Si on n’aime pas les chansons d’amour, inutile de voir les Chansons d’Amour. Ça paraît logique. Mais j’aime bien énoncer les évidences.

Le « Je peux vivre sans toi tu sais/le seul problème mon amour c’est/que je ne peux vivre sans t’aimer » de Madeleine qui résume une histoire d’amour qui court des années 60 à 2000, dans les Bien-Aimés, femme qui toute sa vie « rêve […] Qu’enfin il m’aime, juste ça/mais juste ça n’arrivera pas/juste ça c’est bien trop pour moi ».

Ou le « Comme la pluie nous manque parfois/comme le soleil nous tue/comme ces rayons nous semble froid/quand on ne s’aime plus » d’Otto (fantastique Grégoire Leprince-Ringuet en Prince de Clèves) face à la Princesse de Clèves, pardon, Léa Seydoux, pardon, Junie ; chant du cygne d’un amoureux qui a compris qu’il n’était pas aimé, et qu’il ne le serait clairement pas.

L’amour est le fil conducteur, grave, bouleversant ses personnages bon gré, mal gré. Ce sont des histoires d’Amour, de caprices et de fantaisies de l’Amour, remplaçant le Destin. C’est au final Madeleine et Ismaël qui résument le mieux la chose, après avoir enduré l’amour, je crois. « C’est un fardeau surprenant/ces kilogrammes de sentiments », nous chante-elle, quand lui déclare « Aime-moi moins, mais aime-moi plus longtemps. »

Voilà. Concernant mon ami Christophe Honoré, je suis tentée de dire, comme Perry Como, « Love makes the world go ’round and around. » Du moins le sien.

Bon, moi je ne vais pas traîner, j’ai des Stan Smith à repriser comme dirait ma grand mère ! Daniel (Craig) veut que je sois fringuée classe, ce soir, et je ne vois pas plus distingué que des Stan Smith. Ce qui expliquerait peut être qu’en vrai, Daniel ne sache pas qui je suis. À méditer.

PS: On remerciera bien chaleureusement Dalida pour sa discographie à toute épreuve.

Rizzo Andretti.

 

 



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