Metallica – Through the Never

Through the Never

Metallica – Through the Never

Réalisé par Nimród Antal

On ne présente plus les rhapsodes viriles qui forment le quatuor orphique le plus célèbre de l’histoire du métal. Orphique certes un peu déglingue, quand on sait qu’on les nomme parfois par la douce épithète du « Four Horsemen » (les quatres cavaliers de l’Apocalypse). Surnom donné d’après leur chanson du même nom, qui résume assez la teneur des paroles du groupe, faites de guerre, d’injustice, et de fin du monde.

Metallica, en plus d’être un nom de scène dément, contient dans ses gènes l’idée de grandeur, qu’il était donc grand temps de célébrer dans un live digne de ce nom. Ces temps anciens de la lyre, des cataclysmes, des poètes, des apôtres et des légendes se retrouve presque exclusivement incarné dans l’épique que déploie le groupe au fil des concerts (point n’est vraiment question dans le fond de légendes et d’hexamètre dactylique).

Il n’est de nos jours plus particulièrement original de sortir des lives filmés. La chose est faite parfois même plus que de raison. C’est un peu l’écueil de Metallica ces dernières années, peu avares en sorties de DVD (pas moins de 4 en 4 ans). Il n’y a souvent rien de bien original à se mettre sous la dent dans ces captations qui reproduisent plus ou moins ce qui a été vu sur l’écran géant. Pourtant, le genre du film live peut parfois titiller le sublime du bout des doigts, à la façon d’un proctologue alchimiste : certains rivalisent d’originalité pour proposer une expérience allant au delà de la musique.

Non pas qu’il faille particulièrement masquer le désarroi musical avec un grand film, surtout qu’un grand live se suffit à lui même. Dans le but d’offrir une autre expérience que celle d’un simple live, il est parfois intéressant de repenser l’idée même de concert pour le théâtraliser un maximum : c’est ce qui donne au péquin qui n’a pas pu assister au concert enregistré pour une sortie en CD, K7 ou Laserdisc, d’obtenir une compensation, avec une construction que le spectacle n’impliquait pas forcément. Le but étant de faire briller sous un nouveau jour un concert domestiqué, maîtrisé, à regarder dans son salon ou dans une salle de cinéma.

Pink Floyd, Led Zeppelin, Zappa, Talking Heads, Beastie Boys, ou plus récemment encore The Chemical Brothers se sont déjà adonnés à des exercices similaires de ravalement de façade d’un show. Metallica n’est donc pas dans une démarche nouvelle, même si l’on notera que cette dernière demeure toutefois assez isolée en ce qui concerne la théâtralisation de captations live (on ne parle pas ici des excellents film musicaux allant des Beatles à Daft Punk). Côté musique par ailleurs, on peut dire qu’on reste dans les clous.  Metallica a décidé de tabasser son public à grand coups de classiques ravageurs (n’ont-ils eu de cesse d’en composer d’ailleurs?) : Master Of Puppets, Ride The Lightening,  Enter Sandman, One… ils y sont (presque, par soucis de réalisme) tous, et interprétés avec force énergie. Le son déboîte, tout est carré, solide et virile bien entendu. Rien de neuf sous le soleil, mais une lourde mélasse métallurgique suffisamment sucrée pour transformer votre foie en massepain.

Through the Never 2

L’histoire qui entoure le live est basique : une sorte de teenager à la croisée des chemins entre le fan privilégié et le roadie, se doit de rater le concert de Metallica de ses rêves, pour ramener un objet qui se trouve en ville (dont on ne saura rien) au groupe. Sa route sera semée d’embûches, dans un monde voué à sa fin. Des émeutes et des armées étranges (un chevalier des ténèbres même) lui bloqueront le passage. Il va se faire bagarrer bien comme il faut, s’immoler lui même pour se battre en tant que torche humaine. Toute cette symbolique de destruction est bien sûr à comprendre en terme de comparaison avec ce qui se joue sur scène, tant musicalement que visuellement (l’enchaînement entre les événements se fait en fonction des morceaux, des paroles, du lightshow).

Au delà des transitions, parfois extraordinaires, on comprend aussi la symbolique, certes simpliste, qui englobe Through the Never : peu importe la fin du monde qui se joue dehors, Metallica envoie suffisamment de bois pour offrir une superbe dernière journée sur terre (mégalo dites vous?). Le concert devient une expérience de dernier rempart, sorte de no man’s land haut en couleur qui nous ferait presque croire, et c’est un pari osé, que l’excès puisse être intimiste. Pas feutré pour un sou, le concert pique la rétine : flammes, éclairs, statues construites et détruites sur scènes, spotlights en forme de cercueil, cimetière en néon, guerre…le sol même de la scène est un écran… bref, il ne manque plus qu’un spectacle de dauphin pour se situer à mi chemin entre Manowar et KISS. Le groupe va même jusqu’à faire croire au public – sans doute de mèche pour éviter les mouvements de panique – que la scène et les projecteurs s’écroulent (un faux technicien traversera même la scène en flamme). Ce bien sûr pour correspondre avec ce qui se joue dans le film, que le spectateur au concert d’alors ne connaissait pas.

Même si le goût de ces usages de scène restera douteux pour le profane, on ne peut qu’admettre l’efficacité de cette mise en scène magistrale, encore plus dans son agencement avec la partie scénarisée du film. Si le scénario en lui même n’a rien d’incroyable, il permet tout de même de conférer une certaine intensité à un live pourtant déjà bien garni. Les fans en redemanderont, les autres vomiront par excès de Mëd’l (terme fictif qui rappelle la manière dont on prononce le mot de métal en allemand, avec ajout d’umlaut dans le dessein d’accéder à la quintessence du mëd’l). Ce qui se passe dans le monde que le film dépeint nous le disions, n’est qu’une cristallisation de ce que la musique de Metallica peut évoquer comme image. Pendant un concert, le monde se colore souvent pour le rêveur d’un spectre semblable à celui du spectacle qu’il contemple.

Si l’on critiquera sans doute la manière mégalomane dont Metallica se met en avant pendant une vertigineuse heure et demie, il faudrait être bien rabat-joie pour bouder son plaisir. Les fans du groupe auront sans doute du mal à ne pas se siffler une canette pendant le film, ou de faire tourner la mèche. Prévoyez ce qu’il vous faut, mais rappelez vous que vous ne pourrez grouiner comme des fous, à moins d’être devant un parterre d’or, qui serait constitué d’un tour-bus d’allemands venus exprès en ville pour venir casser du fauteuil.

Au final, on serait presque prêt à oublier la réputation sulfureuse, capricieuse et globalement antipathique du groupe, tant le film se focalise sur ce qui devrait constituer l’attrait fondamental d’un groupe : il ne se situe non pas dans les apparences d’un tabloïd qui font la lie de vin de toutes les formes d’appréciations d’une œuvre, mais plutôt dans un perpétuel en dedans (musique, concert), dont une étincelle seule suffirait à enflammer toute la structure de l’en-dehors (ainsi,le monde tel que la musique nous l’évoque). C’est ce que Through the Never déploie avec un certain brio.

Par Jean-Gauthier MARTIN

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