Le Monde de Charlie, kézako?

Le Monde de Charlie, kézako?

Lecteurs du jour, bonjour, lecteurs du soir, bonsoir !

L’autre jour, je suis allée voir le Monde de Charlie. D’abord parce qu’aller au cinéma m’assure un fauteuil, du chauffage et un toit pour deux heures, ensuite parce que j’avais envie de le voir. C’est typiquement mon genre de film. C’est à dire, le genre film qui pourrait être présenté au Sundance, avec dans la bande son des groupes Indie ou des classiques rock américains/anglais, et dans lequel pour le casting, on trouve généralement Ellen Page ou Juno Temple (deux de mes idoles), sauf que cette fois-ci, ils ont pris l’actrice équivalente anglaise, soit Emma Watson. En plus, ce film a été produit par les mêmes gens que Juno, ça donne l’idée générale.

Et puis un film sur les années lycée, une histoire d’amitié à trois, l’acceptation du fait qu’on est pas toujours normal, de l’alcool et de la drogue, bien sûr que j’allais le voir. Je préférerai toujours ce style-ci de films aux grandes épopées en costumes d’époque, par exemple. Surtout depuis que Keira Knightley-Donald-duck-face y fait des ravages.

BREF.

Je m’en vais vous dépiauter tout cela. En avant Rantanplan. Comme l’a dit Sam dans le film : « Let’s go be psychos together ! »

C’est quoi ce titre ?

Le Monde de Charlie, c’est : première édition américaine en 1999, première édition française en 2008. Sérieusement, il faut presque dix ans pour qu’un roman traverse l’océan atlantique ? Même le Titanic était plus rapide en 1912 ! (Bon, à décharge, le Titanic n’a pas pu achever sa traversée à cause d’une petite avarie dont plus personne ne se souvient aujourd’hui.) Mais le Concorde, ça existait, à l’époque, merde ! Sinon, juste un petit million d’exemplaires vendus aux Etats Unis. Paaas mal. On est encore bien loin de JK Rowling ou de la Meyer et ses vampires à paillettes sous la lumière, mais c’est bon signe pour le compte en banque de l’auteur, Stephen Chbosky. Encore un qui ne touche plus les allocs.

En version originale, ça donne « The Perk of being a wallflower ». Là encore, on constate que la traduction se barre en cacahuète. « L’avantage de faire tapisserie », j’aurai bien aimé, moi, comme titre ! Tout est dit dans le bouquin :

« You see things. You keep quiet about them. And you understand. You’re a wallflower. »

à partir de là, Charlie va exactement faire ce que fait une tapisserie. Il va voir, entendre, comprendre, absorber, tout ce qui se passe autour de lui. Roman d’apprentissage ? Pas totalement. Roman de passage d’un âge à un autre, sur la difficulté de grandir, en particulier quand on a quinze milliards de choses qui se battent entre elles et jouent de la fanfare dans notre tête. Un ado, quoi.

Le lycée, l’amitié, la drogue, la musique, tout ceci est vu par les yeux de Charlie. Qui, il faut le préciser, a quand même un léger, très léger pet’ au casque.

Pourquoi c’est quand même un bouquin à lire, une fois dans sa vie:

– Parce que les personnages sont crédibles. C’est déjà pas mal, quand on voit ce qui se publie ces temps-ci. (Je pense à Eddy et Bella Cullen ainsi que Fifty shades of késséssa?) Nous avons un tiercé gagnant:

→ Charlie, mec visiblement pas tout seul dans sa tête, amateur de littérature américaine classique, troisième enfant d’une famille comptant un joueur de football américain universitaire et une sœur en terminale quand lui est en seconde. Un petit mec qui a pas mal à prouver, donc.

→ Sam, fille en recherche d’elle-même avec bon goût musical, caractère en béton armé et prises de tête internes féminines véridiques. Incapacité chronique à choisir les bons mecs.

→ Patrick, surnommé « Nothing » et qui aimerait bien justement ne pas être Nothing aux yeux de tous. Demi frère de Sam et gay avéré. Ça se complique quand il commence à fréquenter secrètement le quaterback de l’équipe du lycée. Oui, il fallait bien qu’il y ait un quaterback dans l’histoire.

– Parce qu’il y a dans ce livre de solides références culturelles. Musicales, The Smiths, The Rocky horror picture show, Nick Drake (et pas Drake tout seul), U2, The Beatles, The Misfits…; littéraires, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Gatsby le magnifique, Peter Pan, Sur la Route, Hamlet, L’Étranger…; et télévisuelles, le Saturday Night Live, la Croisière s’amuse, le dernier épisode de la série M*A*S*H…(un record télévisuel, d’ailleurs. 125 millions de téléspectateurs, rien que ça.

Petite parenthèse télésérielle :

à propos de la fin de M*A*S*H, le livre est intéressant et vaut mieux qu’une critique socio intellectualo télévisuelle de Télérama. « Toute la famille était installée au salon, en train de regarder le tout dernier épisode de M*A*S*H et même si j’étais très jeune, j’oublierai jamais cette soirée. Maman pleurait. Ma sœur pleurait. Mon frère essayait de toutes ses forces de pas pleurer. Et puis, papa est sorti de la pièce pendant une des dernières scènes pour se faire un sandwich. Je l’ai suivi à la cuisine et j’ai vu qu’il se faisait un sandwich… et qu’il pleurait. Il pleurait encore plus que maman. […] « Ce sera notre secret, d’accord p’tit gars ? » Voilà. Tous ceux qui ont suivi Friends correctement et regardé religieusement le dernier épisode comprennent ce passage.

– Parce le style est facile à lire. Entendez, il n’y a pas de phrases de quinze kilomètres sur deux pages comme notre ami Proust aimait à le faire. Dieu merci, depuis qu’il est mort, il a cessé d’écrire.

– Parce que je vous dis de le faire, c’est aussi une bonne raison.

– Parce que dire qu’on a LU le livre à la base d’un film, c’est toujours avoir la classe auprès des gens avec qui on est en soirée. Dans leur esprit, vous prendrez automatiquement un : cultivé(e), +1.

On va me dire, et à juste titre, « mais c’est juste un teenage movie de plus, quel intérêt ? » Oui, mais pas que.

– Parce que là encore, et c’est un de mes chevaux de bataille de prédilection, c’est une adaptation d’un livre. Je ne cesserai de le répéter juste qu’à ce qu’on m’enferme dans une boîte en cèdre, un film adapté d’un livre part mieux dans la vie qu’un autre. Attention, il y a (et dieu merci) de très bons films non adaptés, avec un scénario original de fou furieux, je pense notamment à Seven de David Fincher, écrit par Andrew Kevin Walker. J’ai toujours tendance à me demander : « Mais les gens qui écrivent les scénar’ de ce genre de films de tarés ou films d’horreur, mais qu’est ce qu’ils ont dans la tête pour en venir à penser à des trucs pareils ? » Dans le même style, je ne suis pas tout à faire sûre que le scénariste des Saw soit franchement normal et socialement adapté. Je m’égare, pardon.

– Parce que le casting a été fait de façon intelligente. En dehors d’Emma Watson, les acteurs choisis ne sont pas les mieux payés du Box Office. On reconnaît des visages, mais c’est tout. Et j’ai toujours aimé l’idée qu’on n’est pas obligé de payer des acteurs 50 millions de dollars pour en obtenir un jeu correct.

– Parce qu’il y a Emma, justement. Cette petite était attendue au tournant après dix ans d’Hermione Granger. Et réussi admirablement à transformer l’essai. Elle a dans le regard cette lueur d’intelligence qu’on ne retrouve pas forcément chez… Kristen Stewart, à tout hasard. Elles ont pourtant le même âge, toutes les deux ont cartonnée grâce à une franchise, l’une est anglaise l’autre américaine, c’est peut être là la clef de l’énigme. Krikri a dit vouloir intégrer l’université de Sydney, Em’ a fait Brown et est à Oxford. Passons. Emma Watson, donc, qui sait jouer les silences et les fausses vraies larmes, qui danse comme une folle, qui émeut, qui nous fait ressentir le « I feel infinite. » sur Heroes de David Bowie.

– Parce qu’il y a une scène de danse cultissime, donc, sur « Come on Eileen » de Dexy’s Midnight Runners. Que celui qui n’a jamais fait ça avec son/sa meilleur(e) ami(e) me jette le premier gravillon.

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– Parce que le film peut se résumer à ça :

« – Sam, do you ever think, that if people knew how crazy you really were that no one would ever talk to you?

   – All the time. »

Voici un film sur les ados que les adultes peuvent apprécier, et où ils pourraient bien se reconnaître autant que nous. Un film pour tous ceux qui se demandent bien comment grandir, et réussir à tomber amoureux de la bonne personne, et réussir à réussir sa vie tout en voulant simplement être avec ses amis. Je m’y suis reconnue, je sais de quoi je parle. Le genre de film où lorsque l’on sort de la salle, on se sent sacrément vivant. Avec un sourire assez stupide sur le visage.

Bon, je vous laisse, je suis en marathon Harry Potter, et Dumbledore va bientôt mourir, je ne peux pas laisser Servilus le faire sans ma présence.

Rizzo Andretti.

 



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