La cinémathèque ghetto de Jean-Go #3 : Golddigger, ou le film familial des Enfers

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La cinémathèque ghetto de Jean-Go #3 : Golddigger, ou le film familial des Enfers

Aux rangs des films les plus absolument abominables qu’il m’ait été donné de voir, il faut avouer que Golddigger occupe une place privilégiée, sinon celle de numéro uno de la saloperie. Si les navets en tout genre ont leur lettres de noblesse dans le cinéma d’action et d’horreur, le film est ici une petite originalité, puisqu’il s’agit d’une comédie familiale (on vous laisse maître de votre jugement dans l’appréciation de la qualité intrinsèque des films familiaux ordinaires, souvent moyens, mais on s’attend assez peu dans des productions aussi néfastes, à trouver un film qui réunirait toute une famille un Dimanche autour d’une télévision).

Ecran d'accueil classique des films Prism dont nous vous parlions

Ecran d’accueil classique des films Prism dont nous vous parlions

Si nous parlons ici d’originalité, c’est qu’il en est une de taille : voir Golddigger en entier, c’est accepter volontairement de faire fondre son âme, de diminuer son espérance de vie, de somatiser une maladie orpheline. La particularité première de ce film pour enfant réside en ce qu’il est probablement impossible qu’un bambin puisse le voir jusqu’à son terme, sans avoir peur (une de ces peurs qui forgent les futurs serial killer). Si E.T.  fait partie de ces traumatismes clichés de l’enfance de nombreux cinéphiles nés dans les années 80, qu’on vous ressort à chaque occasion nous sommes ici à milles lieues de l’effet produit ici.

Pour résumer, n’ayant pas le courage de me retaper cette fois-ci tout le film en entier pour vous servir (non pas que vous n’en valiez pas la peine, mais qu’il faut aussi parfois savoir s’avouer vaincu avant l’heure), je reproduis ici une photographie de la jaquette arrière, qui vous laissera voir la beauté prismique des films du Prism, et un résumé du film. Je me suis contenté de regarder le film en accéléré pour vous offrir de belles images.

L'horreur a un visage

Petits commentaires :

1)  par « mari dévoué » entendez un sous Wayne Szalinski.

2) « déplorable » est une mise en abyme du film en son entièreté, faisant du protagoniste un outil nauséabond de métacinématographie

3) Notez que les connecteurs logiques qui semblent couler de source n’amènent que des phrases qui ne semblent justement pas s’appeler par la nécessité. Le résumé est lacunaire, tout comme le film, aux desseins insondables

4) « partent en chasse » de quoi ? Dudit objet, qui est en fait situé entre les mains de « l’infâme Eli », nettement moins « infâme » que Golddigger. Il fait bien plus que de n’être que « de la partie », il est supposé être un méchant. Le mec qui a écrit cette jaquette imagine que vous ne pouvez que connaître et comprendre de quoi il est question, et minimise curieusement des faits importants, tout en choisissant de grossir des peccadilles.

5) « Heureusement Golddiger est là… Souhaitons que ses circuits ne lâchent pas cette fois ». Cette phrase est insupportablement incompréhensible sur le plan de sa coïncidence avec une réalité quelconque. Golddigger est là : pour quoi ? Pourquoi heureusement ? Ne pourriez vous pas dire clairement que son mécanisme va aider à débusquer le trésor dans la cave d’Eli le voisin ? L’emploi du nous royal est gentiment sympathique : non pas une supériorité de l’auteur sur le spectateur, mais un sentiment bonhomme de bonne famille. Et enfin, le truisme final, le lieu commun, qui installe Golddigger (orthographié deux fois différemment dans ce même résumé) comme quelqu’un que vous connaissez. Qui aurait l’habitude de faire lâcher ses circuits. Comme on dirait de Tonton Robert qu’il a l’habitude de larguer des caisses. Là où tout le monde connaît Tonton Robert, personne ne connaît Golddigger, qui ne mérite pas encore d’être une allégorie, une création mythologique assez puissante, comme le serait le diable ou le loup-garou (quoique…) pour que l’on puisse sortir des vérités oiseuses sur lui. Golddigger, avant le film, serait, à en croire la jaquette, déjà une saga… 

Venez donc jouer avec moi les enfants ! Je n'attends que ça !

Venez donc jouer avec moi les enfants ! Je n’attends que ça ! On notera la petite bande parasite contenue sûrement sur la bande magnétique du DVD…

On passera, avant de continuer, sur le rôle de l’infâme texan voulant acheter l’oeuvre d’art volée, on passera sur les scènes cocasses de Golddigger et du policier, des inserts incompréhenisbles du frère de Jack Shamir, qui parle à son frère en plein champ de bataille etc… On se contentera de dire que le film est simplement abominable. Les doublages excécrables, gentiment racistes dans la manière de sublimer l’accent turc, syrien, on ne sait pas trop bien. On a parfois l’impression qu’ils sont simplement ajoutés sur la piste originale, ce qui fait qu’un dialogue se transforme en quadrilogue. Et si on parle de dialogue, il faudrait plutôt dire une espèce de polyphonie malsaine où les personnages ne font qu’hurler à la mort. C’est simple, ils ne cessent jamais de gueuler pour se parler, Golddigger insupportable ne la ferme jamais et mettra vos nerfs à rude épreuve : « ohhhh oui je suis golddigger j’ai envie de jouer avec vous oooo tu veux jouer avec moi ? Oooohhh tu es caché frèreuh jacqueuh frèreuh jacqueuh » (pour vous mettre à la place du spectateur, sachez que tout ce qui est cité approximativement ici, est dit sans aucune pause qui permettrait au robot de souffler). Le costume est ringard, laisse deviner l’acteur en dessous.

Le pinacle du maudit est atteint quand Golddigger laissé sans surveillance, connard qu’il est, confectionne une pizza avec les enfants, dans une scène abominable, dantesque au sens étymologique du terme. C’est les Enfers qui s’ouvrent : un flot ininterrompu de parole et une confection dangereuse de pâte, avec des produits d’entretien. Non content de n’être jamais drôle, il a un petit côté – sans doute pas prévu dans le scénario – psychopathe et gentil tueur qui naît plus de la nullité du génie comique de son auteur que d’une véritable nature dangereuse. Le danger vient de l’oeuvre d’art elle-même, et est encore plus effrayant qu’il n’ait pas été pensé en amont.

Pizza !

Pizza !

On peut se poser plusieurs questions ici : qui fait cuire des steaks pour faire une pizza ? Le coup de la poêle qui fond, c'est quand même fortiche !

On peut se poser plusieurs questions ici : qui fait cuire des steaks pour faire une pizza ? Le coup de la poêle qui fond, c’est quand même fortiche !

Si vous voulez vomir, rire (aux larmes, mais des larmes nerveuses, insondables, qui vous replongent dans des fresques tarahumaresques façon Antonin Artaud), ou simplement ruiner l’enfance d’un frère, d’un cousin, essayez vite de vous procurer cette abomination cinématographique, pour vous amuser en famille, famille qui deviendra l’image macabre d’une bande squelettique assise sur un canapé, claque-merde ouvert, ébahi par le génie destructeur de ce petit chef d’oeuvre abominable.

Par Jean-Gauthier Martin

BONUS : une version originale du film qui rend à peine l’effet de la VF, mais qui vous fera comprendre l’horreur

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