La cinémathèque ghetto de Jean-Go #1 : Sidekicks (1992)

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La cinémathèque ghetto de Jean-Go #1 : Sidekicks (1992)

 

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(les répliques de la bande-annonce ne sont pas les mêmes que celles du film)

Pour ce premier hors série estival, j’ai décidé de me pencher sur un film qui me tient particulièrement à cœur, et qui a façonné négativement ma Weltanschaaung. Je veux parler de Sidekicks. Film de 1992, réalisé par Aaron Norris (qui a sans doute réalisé tous les films de son frère. L’association Aaron Chuck est la certitude d’un moment inoubliable).

Le scénario n’a rien de ronflant, ni de philharmonique dans sa manière d’accorder le violon sur un trémolo guimauve de bien pensance : il s’agit de l’histoire de Barry Gabrewski, asthmatique, boudé par les siens à l’école, archétype du loser qui devra sublimer le rêve américain en prouvant par un miracle que les racontars n’étaient que tissu de menteries. Pour ajouter à la tocardise du personnage, ajoutons-y une pointe de narcolepsie, ou plutôt de rêve éveillé. Tendance omniprésente qui se matérialise toujours sur le même thème : Barry est partenaire de combat de Chuck Norris, héros de sa vie, et ils combattent ensemble une adversité qui a surtout l’avantage d’en être une plutôt que d’avoir une épaisseur véritable.

Ses rêves sont d’ailleurs assez totémiques, et façonnés par un imaginaire qu’Aaron Norris a bien fait de déployer sous toutes les coutures (donnant lieu à des scènes diverses, dans la jungle, dans l’Asie médiévale, dans le western etc). Au début du film, l’antagonisme qu’il combat en rêve n’est jamais concrètement matérialisé, mais la personne à sauver prend les traits de sa prof d’Histoire, dont on imagine bien le bougre être amoureux en secret.

Ce schmilblick prenant trop de place dans sa vie, son père – vraisemblablement endeuillé par le décès de sa femme, informaticien de Pittsburgh ne collant pas à la réalité du sol texan – en partenariat avec la professeur d’Histoire, décide de l’inscrire à des cours de karaté. Ils passent chez l’affreux Maître Stone, du Stone Dojo, ennemi juré de Norris, qui peine à convaincre la famille de son talent. Le personnage est campé par l’irremplaçable Joe Piscopo, qui est à mon sens la star du film. Finesse de la coupe mullet et des biscottos, finesse d’acting (le tout se passant au Texas, on en attendait pas moins).

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« Chuck Norris ? Chuck…NORRIS ? Il ne combat plus depuis longtemps… et pourquoi Norris a-t-il laissé tomber la compet’ et bien c’est à caaaaauuuuse de MOI ! Il ne combat plus de peur de se faire BO-TTER-LE-CUL … VOILA ».

C’est finalement avec le père chinois excentrique guérisseur restaurateur et expert en arts martiaux de sa prof d’Histoire qu’il s’entraînera. La route sera semée d’embûches. Barry comprendra que la fille de son cœur n’est gentille avec lui que par pitié (mais au fond non, puisqu’on se doute bien dans ces histoires en vase clos et au peu de perspectives qu’il arrivera à l’impressionner) – on notera d’ailleurs que l’actrice n’est pas si belle que ça, et qu’il est fréquent dans ces productions de cinquième zone de trouver des « belles plantes teenage des années 90 pas si belles que ça mais dont tout le monde semble raide dingue » – il se fait aussi salement emmerder par Cellini, gros loubard (assez 90’s lui aussi, le fait est-il d’ailleurs choquant quand le film a été réalisé dans les 90’s?), qui Ô SURPRISE, combat dans l’écurie du Stone Dojo.

Un tournoi d’état texan va permettre à Barry, alias « Monsieur Boulette », après son entraînement Karaté Kid de kermesse, de mettre ses talents à l’épreuve du feu (il devra littéralement péter des briques enflammées comme un bonhomme). Manque de bol, il manque un membre dans l’équipe des Frying Dragons pour pouvoir combattre… le dernier membre, je vous le donne en mil, ne sera autre que Chuck Norris « as himself ».

Avant de parler du sens métaphysique du final, il est important de préciser que ce film, sans doute par un fait exprès et une qualité d’écriture hors du commun, joue la carte du double en permanence. Les canevas classiques de ce genre de productions semblent même n’avoir été créés mystiquement que pour coller à la profondeur de Sidekicks, et ainsi à amplifier son aura. Le yin et le yang de la schizophrénie habitent le film : Barry esseulé aime cette fausse beauté, qu’il doit protéger des affres de Cellini. Ce dernier combat au côté de Maître Stone, kimono noir, alors que l’avatar de Barry combattant apparaît souvent en blanc et masqué dans ses rêves (petite finasserie de mise en scène qui permet de planquer plus facilement la doublure).

Chuck Norris vient du côté de Barry pour botter le cul à Stone, Norris porte un kimono blanc. Pendant que Barry fait des progrès avec sa meuf, le père esseulé tombe amoureux de la prof d’Histoire, idylle qui s’accompagne d’une implication personnelle de la prof dans la vie de Barry, puisqu’elle participera elle même au concours final. L’électron libre du film est forcément ce vieux chinois, qui permet à tous ces mondes et ces destins de se rencontrer pour former un tout, le film. Il est le véritable instrument de fiction qui révèle l’envers du film.

Parlons un peu de la notion de rêve exploitée dans le film, ainsi que de l’émouvant final. L’antagonisme non marqué dans ses rêves du début prendra au fur et à mesure les traits de l’affreux et totémique Piscopo. L’être à sauver va se métamorphoser aussi : de la prof d’Histoire, vague amourette et première expérience érotique, va se transformer en cette beauté peu fatale lycéenne. Aussi, le magazine « Black Belt », (ce sera d’ailleurs le titre du film de notre prochaine chronique, pour rester dans les tons mystiques) qui symbolisait à lui seul les rêves du héros, que Barry emporte d’ailleurs toujours avec lui (comme s’il n’y avait qu’un seul magazine au monde), il va l’abandonner sur un banc hors du stade après qu’il soit sorti victorieux du tournoi (une victoire faite bien sûr au ralenti, sur fond de heavy metal au synthétiseur, sur l’épreuve des briquesqu’iln’avaitjamaisréussieavant, Cellini se prend une auguste claque au ralenti etc…) . Tout étant rentré dans l’ordre, rentrant bras dessus bras dessous avec son père et sa nouvelle belle mère (on notera l’absence curieuse de sa copine à cet instant), la boucle semble bouclée. Mais il laisse Chuck Norris sur le banc (littéralement), en partant.

Chuck Norris regarde dans le lointain, Barry se retourne pour le contempler… il a disparu. Bruissement de vent et de feuilles mortes, comme les échos du paradis perdu de l’enfance. Chuck Norris est-il vraiment venu l’aider ? Ne pouvait-il pas réussir sans lui ? (sens poétique d’abord, et pratique ensuite… permettant d’éviter les procès et autres réclamations texanes telles que : pourquoi ne venez vous pas aider mon fils?). Le Chuck Norris sur le banc, est-il à ce moment Chuck Norris, ou l’allégorie, le totem (décidément), l’ultime rempart de l’enfance chrysalide qui est devenu le papillon flamboyant de l’âge adulte ? Toutes ses questions invitent le spectateur à regarder le film à nouveau. Un enfant en fauteuil roulant récupère, comme un message dans une bouteille, ce magazine. « Waouh », s’exclame-t-il avant de partir.

Chuck l’aidera aussi, peut-être pas comme Barry l’a été (confirmant ainsi l’hypothèse pratique que nous mettions entre parenthèse). Nous permettant ainsi de clore sur la morale du film : Chuck Norris, en plus d’être symbole du rêve d’enfant, incarne le Christ texan, celui qui guéri l’aveugle, et fait remarcher l’infirme.

 

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Par Jean-Gauthier Martin



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