Killer Joe – Corrida au pays des rednecks – la chronique par Jeremy

Killer Joe – Corrida au pays des rednecks – la chronique

 

Lundi 15h52, j’arrive au « Grand Action », Rue des Ecoles, Paris 5°. Conditions idéales, quasiment personne dans la salle, diffusion en V.O.

Comme d’habitude, j’ai bien pris soin d’en savoir un minimum sur le film. Je ne sais pas s’il n’y a eu que peu de bruit autour ou si je deviens expert en esquive d’ICI (Informations Cinématographiques Intempestives) mais je n’ai pas eu trop à forcer.

Nul besoin de présenter William Friedkin, à moins que vous ayez passé les 40 dernières années au Pôle Sud à étudier la banquise. French Connection, L’exorciste, Cruising, To live and Die in LA, autant d’excellentes références qui en disent long sur la qualité du bonhomme.

Cependant, Friedkin ne tourne pas énormément (une vingtaine de films en 45 ans) et au côté des pièces maîtresses de son œuvre, on trouve quelques belles sorties de route. Enfin, sur les 2 derniers films que j’ai vu, l’un est très bon (Bug), l’autre est très mauvais (Traqué).

Plongeons donc au cœur de ce Killer Joe, mais avant on vous propose de regarder la bande-annonce

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La vache ! Ca frappe dur et ça fait mal. Cela vous semblera peut-être paradoxal mais il y a peu de chances que vous preniez du plaisir à le regarder alors que c’est un grand film.

Pas de libération d’endorphines dans les veines donc mais plutôt de l’adrénaline, de la bile au fond de la gorge et quelques sueurs. Pas de plaisir mais de la haine, du dégoût, de la colère et un profond malaise. Suis-je en train de vous déconseiller « Killer Joe » ? Pas du tout. Mais il vaut mieux être préparé.

D’un point de vue strictement cinématographique, l’introduction du film est superbe. La mise en place des personnages et des enjeux, les profils psychologiques, tout est limpide et en quelques minutes vous savez où vous avez mis les pieds. Chez les dingues !

La grande réussite du film est de parvenir à vous maintenir sous tension en permanence. Et pourtant, le film est assez avare en action et plutôt dialogué. Grâce à une parfaite maîtrise du rythme, de la mise en scène et de la photo, Friedkin vous emmène tout droit en enfer avec cinq acteurs au diapason, et en particulier Matthew McConaughey qui incarne là un des plus beaux fous furieux du cinéma avec une conviction réellement impressionnante.

La construction du film est implacable, le scénario est d’une grande richesse et la critique sous-jacente est comparable par sa virulence à celle de Dogville. L’ « american way of life » et toutes ses valeurs (jetées à la face du monde dans beaucoup de films américains) explosent à l’écran et c’est bien la seule source de plaisir du film. En revanche, le jusqu’au-boutisme de l’œuvre et l’extrême dureté de certaines scènes ne le rendent pas accessibles à tous.

Friedkin a choisi de ne pas faire dans la dentelle et nous impose une séquence extrêmement dérangeante dans la première moitié du film avant de nous achever par un final d’une bonne quinzaine de minutes d’une violence et d’une brutalité rarement atteintes au cinéma. J’en suis ressorti réellement éprouvé.

J’en profite pour gueuler un coup et m’inquiéter de ce que j’ai lu ici ou là au sujet du film.

Premièrement, je mets un gros carton rouge à la commission de classification des œuvres cinématographiques. Comment peut-on décemment délivrer un visa assorti d’une interdiction aux moins de 12 ans (avec avertissement) à ce film ? C’est tout simplement une honte !

Ensuite, je reste circonspect devant l’association des mots « cool », « humour » (même noir), « jubilatoire », ou autre « sauvagerie magnifique » à la vision du film relevés dans certaines critiques.

Une semaine après sa vision, il reste l’impression d’avoir vu une œuvre éprouvante, brillante, forte et extrêmement maitrisée. Les papys américains sont décidément en pleine forme.

Jeremy en partenariat avec Cinemaniaq

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Sondage :

1-      Quel est selon vous le personnage le plus abject du film ?

2-      « Killer Joe » doit-il être utilisé pour promouvoir le tourisme au Texas ?

3-      Si vous avez pris du plaisir ou si l’un des qualificatifs piochés dans les critiques vous est venu à l’esprit, croyez-vous nécessaire de consulter un spécialiste ?



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