In the Soup

IN THE SOUP

In the Soup 

Film américain d’Alexandre Rockwell (1992)

 

Alexandre Rockwell n’est pas l’un de ces exemples éculés et fréquemment utilisés quand on s’amuse à évoquer le panache des comédies américaines des années 90. On pourra sans doute parler ici d’injustice après avoir vu In the Soup.

Ce sentiment est encore confirmé lorsque l’on jette un regard attentif à sa filmographie : nous réalisons en effet n’avoir absolument rien vu, si ce n’est son très bon segment dans l’excellent film à sketchs Four Rooms. Les ingrédients d’une bonne comédie semblent réunis : Steve Buscemi, acteur malingre qui nous replonge par sa bizarrerie physique aux origines mêmes du rire – n’est-il pas l’insigne de la peur chez le nourisson ? N’est-il pas une expression corporelle atroce pour exprimer la joie? – campe ici un cinéaste raté (Adolpho), qui cherche à vendre son scénario, sorte d’amalgame un brin conceptuel de Tarkovski, Dostoïevski et Nietzsche.

Amoureux de sa voisine chicanos sexy, criblé de dettes et emmerdé de surcroît par ses propriétaires qui ne sont autres que des mafiosi, un peu véreux faut-il le préciser, il se décide à tenter sa chance en vendant son scénario au plus offrant. Il poste une annonce dans un journal, pensant peut-être que quelqu’un parviendrait à le réaliser, puisque toutes les portes lui sont fermées.

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Intervient alors un drôle de type, Joe, qui accepte de lui donner 2000 dollars pour financer son projet, en lui laissant même les rênes de la réalisation. Entrevue étrange qui s’interrompt brusquement alors qu’il veut honorer le corps nu de sa femme qui se déhanche dans le salon même où se négocie la transaction.

Vous l’aurez compris, le tout est délicieusement absurde et déjanté. Surtout que de film, nous n’en verrons pour ainsi dire rien. Ce n’est rien d’autre qu’une forme de tartufferie, d’événement qui ne se produira jamais. Nous sommes ici dans la situation de la page blanche perpétuelle, du projet de votre vie qui restera lettre morte. L’entreprise du « film dans le film » se transforme assez vite en un misérable petit film noir (qu’Alexandre Rockwell aimerait faire passer pour sien), dans lequel Adolpho est entraîné par ce curieux personnage dans des combines mafieuses douteuses (cambriolages, vols, transactions mystérieuses) accompagné  dans leurs aventures du frère de Joe, truand hémophile.

Sans pour autant être du même calibre que The Big Lebowski, le talent de Steve Buscemi, et surtout du moins connu Seymour Cassel, font d’In the Soup un incontournable qui n’a pas eu la place qu’il méritait, à la manière de Wishbone Ash dans l’histoire du rock, dont plus personne ou presque n’entend parler.

In the Soup est une grande comédie cachée dans les replis d’un petit film de gangster, qui ne se dévoile jamais autrement que par la petitesse, l’ébauche et l’incertitude, au point même que ce concept devienne le moteur du film et de son histoire… comme si le film avait dû exister et suivre, hors le film, le chemin de son protagoniste qui aboutit à l’absence totale de réalisation, qu’elle soit filmique ou personnelle.

Par Jean-Gauthier Martin



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