Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg – The Station

The Station 1

Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg – The Station 

Film autrichien de Marvin Kren, en compétition internationale.

Dernière chronique concernant le FEFFS : un film autrichien (ach ja bordel). Un film qui a des couilles (ah voilà !).  On déplore d’ailleurs que le titre original de Blutgletscher n’ait pas été retenu, pour son côté bourrin. Le dernier coup de cœur de votre serviteur qui n’a rien de métaphysique, rien de surfait. C’est crade, et ça fait du bien. Il s’agit d’un pot-pourri d’une heure et demie, contenant pêle-mêle des craintes sur le réchauffement climatique, sur la fin du monde, ou les répercussions de notre mode de vie sur le développement cellulaire.

On suit les tribulations d’une bande d’écolos (toujours germanophones ces écolos, ou inversement), chargée d’enquêter sur la fonte des glaces sur un sommet alpin. Revenant un jour d’une expédition, on s’aperçoit d’une masse glacière constellée de tâches rouge. Un monstre est-il passé par là ? S’agit-il d’une caverne de cyclope à ciel ouvert ? Il n’en est rien.

Il y a une caverne qui jouxte ce glacier (pourquoi les trucs craignos des légendes les plus tordues, des films d’horreurs ou des livres les plus glaçants, sortent-ils diable toujours d’une caverne ou, osons le, des hauteurs sinistres d’une quelconque montagne germanique?). Ces taches sont en fait des organismes vivants, des micro-cellules qui ne disposent pas de noyau. Pour devenir des êtres à part entière, elles sont obligées de s’accoupler avec d’autres cellules.

Un exemple vaudra tous les discours pour vous illustrer ce que cette petite particularité génétique a d’efficace : si un renard mange un cafard qui aurait mangé ces organismes, un nouvel organisme germera au sein du plus gros. Le renard meurt et se fait pourfendre au niveau du bide par une saloperie de créature mutante de style Alien, qui n’est autre qu’un renard cafard. C’est bête, méchant, mais très efficace. Mention spéciale au faucon cafard !

Un renard hybride rôde donc près du laboratoire des chercheurs (l’une bonne rustre allemande, avide de découverte, un autre très à cheval sur sa renommée, jusqu’à l’alcoolique-ermite-montagnard notoire). Une ministre doit venir le visiter, accompagnée par l’ex femme de l’alcoolique. Il se refuse à leur visite, autant par crainte d’affronter son passé, que d’ouvrir la boîte de pandore d’une découverte qu’il vaudrait mieux passer sous silence. Les autres sont du genre secrets, à vouloir garder ça pour eux, de peur qu’on leur vole une des découvertes scientifiques les plus fascinantes de l’histoire, tout en étant soucieux de l’exploiter, ils jouent la carte de la gloriole quémander des financements supplémentaires. Les avis divergent, et prennent le tour d’une psychose qui vous rappellera bien entendu les temps forts de l’excellent The Thing de John Carpenter, sans trop instiller l’effroi dans nos veines.

The Station 2

The Station, ou Blutgletscher est assez tordant pour qu’on puisse se permettre de le juger avec légèreté. On notera pourtant la faiblesse über cheap des effets spéciaux, qui est sans doute le fait d’un manque de moyens. The Station est aussi un peu incohérent et dispense un message un tantinet bien pensant sur le réchauffement climatique et les expériences humaines (mais le fond n’est pas bien sérieux). La salle a en tout cas été conquise par l’aspect drôle du film, qui cumule des scènes cultes potentielles (le dénouement est par ailleurs excellent de mauvais, aussi dégoulinant qu’une what the fuckesque tête de veau vinaigrette avariée). Le personnage de la ministre, marâtre valkyrie très « RUFF AN » (pour les fins connaisseurs de pubs érotiques allemandes), un brin nazillon (sinon c’est moins drôle), hurlant à tour de bras comme le poissonnier d’Astérix se fritte avec ses comparses.

Très Iron Frau, elle se dépatouille plutôt bien dans la castagne, liquidant même un hybride humain/guêpe à coup de foreuse dans le crâne (l’ambiance dans la salle était à son paraoxysme à cet instant). Le speaker nous le garantissait d’ailleurs, et nous a encouragé à nous éclater bien comme il faut.  En effet, The Station puise dans nos craintes les plus profondes sa matière à nous faire rire et à nous faire sursauter par (de rares) moments. L’horreur est profondément liée au grotesque, comme nous l’avons plusieurs fois évoqué.

Pour pallier le manque de moyens, les monstres sont plus souvent entraperçus que vus en gros plan. Le glacier maudit disparaît d’ailleurs lorsque le protagoniste alcoolique souhaite le revoir. Peut-on dès lors croire les déblatérations d’un ivrogne ? Ces événements sont ils le fait de l’isolement ou de l’inconscient collectif ? Le film pose (un peu) ces questions tout en les désarçonnant, en faisant intervenir des éléments extérieurs à l’expédition pour attester de l’incroyable de ces hybrides un brin loufoques. On notera toutefois une petite absence de l’étincelle qui rendrait le tout indispensable. En définitive, The Station condense tout ce que l’on est en droit d’attendre d’un bon film SF/Fantastique divertissant, qu’il soit allemand ou péruvien.

Par Jean-Gauthier MARTIN dit « l’Autrichien »



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