Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg – The Returned

The Returned 1

Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg – The Returned 

Film hispano-canadien de Manuel Carballo, en compétition internationale

 

Le FEFFS s’est forgé une réputation plutôt solide. Ce en grande partie grâce au retentissement de la Zombie Walk dans la presse (on en parlait jusque dans le Nouvel Obs). On était donc en droit de s’attendre à un film de zombie en compétition.

Le détail ne vous aura pas échappé ces dernières années : on assiste en effet à une recrudescence des imageries monstrueuses, notamment par les vampires et les zombies. Puisque le monstre constitue la matérialisation de notre noirceur, on pourrait comprendre facilement la raison de la surexploitation de ces motifs en plein temps de crise. Bien sûr, tous ces monstres sont traités de façon bien inégale.  Une fascination plus ou moins symbolique, mais qui repose avant tout sur le lucre.

C’est particulièrement le cas du vampire, qui a perdu de l’attrait mystérieux et démoniaque qu’on lui connaissait chez Bram Stoker pour devenir une sorte de starlette de salon de coiffure. Ce n’est pas sans conférer à l’aura des zombies une valeur ajoutée dans nos salles obscures. Ce sont en effet des monstres contemporains version « mec », qui sont une sorte de rempart contre la mièvrerie. Ils ne sont pas supposés être beaux gosses, mais schlinguer et bouffer tout ce qui bouge. Les morts-vivants nous semblent être de purs objets de cinéma d’horreur : bâti sur des légendes et folklores vaudoues haïtiens, sur des contes populaires, mais également sur le célébrissime Frankenstein, il ne peut que fasciner, et peut de nos jours plus facilement être plus intéressant à traiter que son homologue androgyne des Balkans.

Ils sont sans doutes les bons témoins de nos pulsions les plus noires, de la vacuité de la condition humaine, tout en constituant un symbole d’angoisse de la chute de toute forme de valeurs, ainsi que de la (très en vogue) fin du monde …bref, les hypothèses ne manquent pas pour essayer de cerner en quoi le zombie constitue un sujet intéressant, tant formellement que métaphysiquement. The Returned dépeint de façon plutôt originale un monde en situation de post-infestation.

Plutôt que de chercher à représenter les affres de la survie (sur un plan impressionnant façon World War Z ou plus humain de The Walking Dead), on cherche à éveiller des sentiments sur le motif du mort-vivant. On se situe à mi-chemin entre les films pré cités et le sublime jeu vidéo The Last Of Us, dont j’aurai sans doute l’occasion de vous reparler. Moins poétique que ce jeu, le film est une tentative plutôt réussie d’insuffler de l’amour dans l’équation mortifère, sans passer par la case mièvrerie de Twilight.

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The Returned suit la vie de Kate, médecin, dont le mari (Alex) a été infecté par une de ces saletés d’infecté. Il ne déambule pas comme une âme en peine à la recherche d’un cerveau à bouffer, puisque dans cette vision du monde, les zombies en devenir peuvent vivre normalement, s’ils ont été pris en charge à temps par des médecins. C’est le cas d’Alex, qui doit prendre un traitement, sorte de substance extraite directement d’autres zombies « actifs » ou « légumes ». Il parvient à vivre normalement (comme un traitement pour lutter contre le SIDA, qui permet plus de survivre que de guérir).

Le zombie devient alors intéressant : il n’est plus une créature étrange d’outre-tombe, mais produit d’un virus. Et ce virus se manifeste bien plus subtilement que dans d’autres productions d’épouvante, puisque l’infecté peut passer inaperçu. Son statut est alors suspendu entre deux extrêmes. Il n’est pas le mangeur de cerveau qui a déjà franchi le cap, mais plutôt celui qui est intégré à la société en se sachant aussi bien condamné que détesté. Il est dans une des situations de mort vive décrite par Semprun dans L’écriture ou la vie.

Le choix de la figure d’un couple permet une interrogation sur la notion de survie. Non pas d’une survie virile, sale et violente auxquelles on est accoutumés. Mais il est question de la survie fondamentale des valeurs humaines, que sont l’amour, l’amitié, face à l’annonce d’une maladie. Le film est par ailleurs assez bien construit, notamment dans les flash blacks et dans le jeu d’acteur. Si certains actes sont prévisibles, voire un peu stupide (la manière dont Alex a été contaminée mériterait un Darwin award), il n’en reste pas moins vrai que le film propose un questionnement. Le zombie est une sorte de Godot : il est aussi bien celui qu’on ne voit presque pas dans le film – il y en a d’ailleurs très peu en format redneck dégueulasse – que celui qui doit compter sur une assistance extérieure pour mener une vie normale, mais possiblement vaine.

Or l’augmentation du nombre de traités diminue la source du traitement : on arrive à une pénurie. Là toute la crise du film, là toute son intensité. Bien sûr, on flirte avec le pathos le cliché par moment (le test de l’amitié, la comparaison entre l’économie des camps d’internement pour infectés, et sa curieuse police d’état avec le système concentrationnaire nazi ou la stasi), ce degré du stéréotype ne reste que formel, puisqu’il permet, par extension, de mettre en doute notre époque, vérolée par le pessimisme et la toujours difficile acceptation de la maladie.

Pas d’alternative optimiste pour autant, le dénouement est assez drôle et promet une vendetta qui laisserait le film aller vers un au-delà, à la manière de la relation fabuleuse qu’entretiennent entre eux Evil Dead et sa suite (le premier assez sérieux, et le deuxième complètement bordélique). Frais, divertissant, et plutôt intelligent, le film a le mérite de s’attacher à la description d’un sujet très en vogue d’une façon assez originale, qui excuse pleinement les parti pris parfois un peu « grossiers » et mélo dans la mise en scène.

Par Jean-Gauthier MARTIN, ressuscité d’entre les morts

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