Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg – In Fear

In Fear 1

Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg – In Fear

 Film britannique de Jeremy Lovering en compétition internationale

In Fear constitue un cinéma plus proche des horizons d’attentes que l’on pourrait formuler à l’égard d’un film fantastique. C’est un film d’horreur dans la plus pure tradition du genre auquel nous avons eu droit. Avant d’aller plus loin, un peu concierge je l’avoue, j’ai été assez étonné de noter la pléthore de billets « très mauvais » ou « mauvais » que les spectateurs ont soigneusement déposés dans les urnes. J’ai pour ma part pris un pied monstrueux à le regarder. L’histoire est simple, et je vous le donne en mille : c’est une situation déjà vue, mais exprimée selon une forme pour le moins efficace. L’intérêt du film serait sinon moindre, quoique la répétition puisse parfois être employée comme une expression artistique à part entière. Par ailleurs, le cinéma fantastique n’est-il pas jonché de références obscures, de situations rocambolesques qui font hérisser les poils du spectateur, au cours d’une réaction alliant l’effroi et la colère ?

J’ai de mes oreilles entendu un spectateur lambda médusé s’exclamer selon des termes que je vous citerait in extenso, et qui avaient trait à la stupidité des protagonistes de ce film : « Ventre-saint-gris ! Ce pauvre hère est il assez mal né pour décider sciemment de tomber de Charybde en Scylla ? » (il est possible que cette scène n’ait jamais eu lieu, ou qu’elle ne se soit pas exactement formulée de cette manière). Cette sensation de haine est fréquente, et nous la connaissons tous. Pourtant, selon le syndrome du grand méchant loup, et bien conscients de toutes ces rancœurs, on remarque que les projections de films d’horreurs ne désemplissent pas, pour un public avide de prendre sa dose de flippe et de sang.

Ce commentaire mis à part, le film raconte l’histoire d’un couple en devenir qui se perd en pleine forêt. Les deux aspirants à l’amour étaient supposés retrouver quelques uns de leurs amis dans un festival de musique obscur (puisqu’on ne connaît pas le nom, et qu’on ne l’entende nommé uniquement par l’épithète cynique de « festival là bas », sorte de légende infâme et insondable dont il vaut mieux taire la source. Le mauvais temps aidant, la première journée est annulée. Le mec, Tom (c’eût pût être Sam ou Bob) beau gosse, choisit d’emmener sa donzelle dans un hôtel non moins obscur et douteux, qui se trouve au fin fond d’un trou du cul britannique innommable.

Lieu où l’hidalgo de salle de bain se fait un peu brusquer dans un pub, histoire dramatique dont on n’aura jamais le fin mot – et c’est peut-être l’une des faiblesses d’In Fear. Attendant sur le parking de ce pub de consanguins, un homme est supposé leur montrer le chemin de l’hôtel. Sympathique personnage dont on ne voit pas le visage, roulant dans un 4×4 douteux. Certes les personnages ne savent pas qu’ils sont dans un film d’horreur, mais j’éviterais pour ma part de m’y risquer.

In Fear 2

Arrivé au bout du chemin, le guide sort sa main de sa voiture pour leur indiquer de poursuivre leur route sur un sentier miteux, avant de bifurquer et de ne pas prendre la même route qu’eux. C’est là que l’histoire devient intéressante : le couple devant un portail cadenassé, auspice ô combien positif . Ce signal accablant, qui ne cesse d’hurler « arrière toute ! » ne refroidit pas les ardeurs de Don Giovanni : il enlève la chaîne, et poursuit sa route. Le portail se referme derrière eux, dans un claquement de bois qui n’est pas sans rappeler la cabane d’Evil Dead.

Qu’il s’agisse effectivement d’un acte stupide, il n’en faut point douter. Nous dirons tout de même qu’il n’y aurait, pas eu ne serait-ce que l’esquisse d’un événement s’ils s’en étaient allés ainsi. Un générique final après 10 minutes, ça la fout mal, à moins peut-être que l’on apprécie l’horreur non moins fameuse des films conceptuels. Ils s’aventurent alors dans une forêt glauque, en suivant les signalisations menant à l’hôtel. Arrivés à une bifurcation, leur plan indique de prendre le chemin de gauche, alors que le panneau suggère la droite. Dilemme qui a quelque chose d’antique (on parlait avant de Charybde et Scylla, figure odysséenne) ou de médiéval (avec l’importance du choix du bon chemin, que vous pourrez lire, si toutefois la chose vous intéresse, chez Rutebeuf dans la Voie de l’humilité). Je m’égare, comme très souvent. C’est par ailleurs ce que ne va pas cesser de faire le couple.

Après plusieurs minutes de route, ils se voient revenir au même point. Cette bifurcation sera le lieu phare de leur boucle interminable. Elle est jouxtée par une cabane sinistre (autant par sa nature effrayante que par le fait qu’elle soit à leur gauche, sinister désignant la gauche en latin) sur la grille de laquelle on peut lire un accueillant écriteau « Keep Out ». On comprend vite qu’ils sont l’objet d’une machination, prétendument perpétrée par les affreux clients du pub.

Je n’irai pas plus loin si vous désirez le voir. On notera toutefois que ce motif de répétition est plutôt convaincant, autant par son aspect cauchemardesque que par cette impression de baigner dans une boucle du film d’horreur. Au delà de la machination, In Fear donne à voir le mécanisme d’une machination qui pourrait être mentale. Ce labyrinthe cauchemardesque, à la croisée – c’est de circonstance – de Massacre à la tronçonneuse et de Blair Witch, dispose d’un fort potentiel de frissons. Au delà de l’aspect stéréotypé des réactions (le sont-elles ? Ne sont-elles pas les garantes du suspens?), on notera l’aspect kafkaïen de ce tour sans fin, dans un cadre propice aux hallucinations, et à l’éveil des peurs les plus primitives.

La force des bons films d’horreurs semble présente et repose dans cette capacité à raconter une histoire effrayante sur le plan littéral, en donnant à percevoir une symbolique, un questionnement, derrière le voile des apparences. Sans être un film d’auteur, le cadre colle bien avec un au-delà potentiel au film, qui le rendra sans doute intéressant à regarder plusieurs fois, notamment parce que Jeremy Lovering a choisi de rester ouvert sur son final. Sans faire de top (allez directement sur 100% Mag si c’est ce que vous souhaitiez lire) du FEFFS, disons qu’ In Fear constitue sans doute l’un de mes coups de cœur. Et je sais que c’est plutôt loin de faire l’unanimité. N’hésitez pas à vous étriper dans les commentaires, vous avez le droit !

Par Jean-Gauthier MARTIN

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