Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg – Big Bad Wolves

Big Bad Wolves 1

Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg – Big Bad Wolves

Film israëlien de Navot Papushado et Aharon Keshales, en compétition internationale

 

J’aurais pourtant été prêt à le parier en payant cash : j’étais sûr qu’on tenait là le prix du public. Ce pari a été bien volontiers perdu et je n’en tiendrai rigueur à personne. Big Bad Wolves est sans doute mon deuxième coup de cœur de la programmation du FEFFS. Il ne faudra pas vous fier à ce titre trompeur : point de loups garous sous le soleil. « C’est une métaphore, un symbole » (Dr Neuman, in The Mask).

Par grand méchant loup, on parle ici de pédophiles.  Un sujet particulièrement complexe, qui permet de tomber à très grande vitesse dans le baveux, le cliché, le tire-larme ou le mauvais goût absolu. Le film a l’immense mérite de parvenir à traiter ce sujet sans trop marcher sur des œufs. L’exercice de style est très bien mené, et ce sans essayer d’éveiller la haine du spectateur, comme le ferait une production M6. Il s’agit plutôt ici d’envisager la notion même de violence selon deux aspects.

D’abord par la manière dont la plèbe, nous autres, percevons la condition du criminel. Exercice périlleux, tant on sait que ce domaine entraîne facilement vers des raccourcis, vers des accusations à tord, et autres apologies douteuses (c’est d’ailleurs d’actualité). Cette haine est d’autant plus complexe qu’elle peut aussi révéler les failles du système judiciaire, autant quand la passion s’empare de l’examen d’un cas, que la manière parfois incompréhensible dont s’effectue la justice. Sans entrer dans un débat politique, on reconnaîtra que cette appréciation du jugement de tout à chacun sur la violence constitue un sujet particulièrement intéressant, tant il nous concerne tous.

Big Bad Wolves 2

Ensuite, au delà de la manière dont la violence est perçue, le film se focalise sur les répercussions de cette violence, tant sur l’accusé que sur l’accusateur. Le film se penche a priori sur le profil d’une accusation à tord – cette valeur d’accusation à tord est l’un des enjeux du film, même si l’on se doute bien que l’accusé, par son comportement étrange, l’est à juste titre. Il relate la manière dont est perçu l’individu une fois que lui a été apposée une étiquette. Plus particulièrement sur la façon dont il se voit traiter par celui qui veut se venger de lui en se faisant justice lui même (à tord ou à raison, questionnement qui fait la finesse du film). Le dernier élément de ce subtile tableau (c’est en effet par la multiplicité des voix que s’élève le débat) passe par la peinture de l’horreur que doit traverser la victime d’une ordure. Il n’y a semble-t-il pas de hiérarchie dans l’escalade de la violence entre la justice par soi même et celle du criminel.

Big Bad Wolves arrive a poser ces enjeux au point où l’on réalise que la violence triomphe quoiqu’il arrive, et que derrière les facettes que l’on veut bien se donner (que ce soit celle de bourreau, de victime, de juge), se cache une souffrance véritable et plus fondamentale qui se trouverait comme hors du débat judiciaire : la perte, la souffrance d’un enfant, pendant qu’en surplomb se joue une guerre de postures. Par toutes ces excellentes pistes, on aurait été en droit de s’attendre à un film plutôt sérieux, voire austère. Le tour de force est là : on a plutôt le droit à un mélange de trash et d’humour (cruellement drôle, auquel le nom de noir sied plus qu’à merveille), qui vous évoquera sans doute les meilleurs jours des frères Coen.

Les blagues fusent à rythme endiablé sur ce difficile sujet, et elles sont entrecoupées de scènes de tortures, pittoresques, incongrues qui cumulent tous les clichés qui placent l’humour juif au sommet de la guignolerie (pensons aux Marx Brothers, à Woody Allen…). Big Bad Wolves essaye de rappeler sa folie furieuse à l’humanité, par delà l’humour et le sanglant. La seule certitude sensible, la seule apparence à laquelle l’humanité puisse s’attacher est claire : nous vivons dans un monde de psychopathes. Comme son titre fortement emprunt d’imaginaire collectif l’indique, il semblerait que le voile de la fable recouvre toute la substance du monde que nous ne percevons qu’en flou. Et que sous le flou se cacherait nulle autre chose que l’absurde dangerosité de notre déglingue.

Le film est parfois un tantinet prévisible, mais la qualité de l’humour qui le surplombe rattrape ce léger défaut. L’argument de prévisibilité ne vaut d’ailleurs pas grand chose : ne rit-on pas devant Bip Bip et Coyote ou Tom & Jerry, parce que l’on sait EXACTEMENT comment va se passer la suite ? Ne rit-on pas encore plus une fois l’habitude d’un gag installée, lorsqu’elle est déjouée par l’abusrde ? C’est peut-être sur ce deuxième pan que Big Bad Wolves n’excelle pas. Mais il est inutile de répandre du venin sur un film particulièrement réussi, et qui a semble-t-il conquis les festivaliers.

Par Jean-Gauthier MARTIN

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