Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg – App

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Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg – App

Film néerlandais de Bobby Boermans, en compétition internationale

 

App, propose une nouvelle façon d’envisager notre rapport à l’image. Plutôt que de blâmer le spectateur utilisant son smartphone en salle, au grand damne de toute l’assemblée qui ergote d’ordinaire sur le péril jeune, on nous invite plutôt à l’utiliser dans le but d’ajouter un point de vue alternatif à l’image vue sur l’écran.

L’application ne marchait pas chez votre serviteur, mais quelques regards par dessus certaines épaules m’ont permis de voir un peu en quoi cela consistait. Le dispositif est intéressant et repose, selon les explications du réalisateur, sur un signal sonore inaudible à l’oreille humaine, passant pendant le film. A la manière de shazam, votre téléphone, en entendant ces sons, sait à quel moment du film il se trouve et répond au signal en lançant une image censurée à l’écran, ou un point de vue différent. Par exemple, une voiture se fait percuter par un camion, vue de derrière. L’application vous présente la scène du point de vue du conducteur du camion.

Le procédé repose sur un élément utilisé pour tous les films, mais pour des raisons différentes. On le sait peu, mais chaque copie d’un film contient son code génétique, qui permet de connaître l’heure et le lieu de diffusion, pour éventuellement repérer les saligauds de pirates qui offrent des screeners d’une qualité douteuse à tous. Le réalisateur cherchait à exploiter cette donnée d’une manière qui serait plus divertissante que punitive.

L’alentour du film apparaît donc comme étant plutôt intéressant. C’est quand on fourre les pieds dedans que les choses se corsent, comme quand on doit avouer à maman que le plat qu’elle nous fait sans arrêt est l’un de nos pires cauchemars. App peine en effet à décoller franchement. Une application maudite, répondant au nom d’IRIS (superbe jeu de mot contournant l’application SIRI d’Apple), est installée par l’ex petit ami de l’héroïne sur son cellulaire. Elle va s’apercevoir qu’elle va prendre le contrôle de ses diffusions : envoi de vidéos compromettantes à ses amis sans son consentement, perturbation d’un cours de philosophie par piratage du rétroprojecteur, dévoilant une sextape du prof et d’un élève mâle, jusqu’à la possibilité de contrôler des ascenseurs.

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On notera d’ailleurs qu’on ne comprend que mal par quel procédé un appareil connecté à Internet pourrait contrôler un projecteur ou un ascenseur, objets stupides et carrés dotés semble-t-il que rarement, pour ne pas dire jamais, d’une connexion permettant d’interagir autrement avec eux qu’en appuyant sur un bouton. On ne connaît pas le fond de cette application, mais on l’imagine bien dark et démoniaque.

Le réalisateur ne s’en cache pas : c’est un peu fait à l’arrache. Le scénario change en fonction des aléas de productions, sans trop d’états d’âme. Il n’y a d’ailleurs pas de message très profond derrière le film (je ne fais que paraphraser le réalisateur, lors de son speech post séance). App, on le sent, et on nous le dit d’ailleurs, est avant tout réservé au pognon et à un public jeune, ce public jeune qui exaspère les plus réactionnaires d’entre nous, et comble d’effroi les plus ouverts d’entre nous par la dégénérescente progression des chtis à Las Vegas dans leurs reliquats d’esprits. Évitons les cibles faciles, on a tous connu l’âge ingrat.

On ne peut cependant s’empêcher de penser que le film aurait pu offrir d’avantage. Nous n’avons droit ici qu’à un seul degré de lecture, rideau. On est loin de la démarche qui m’a fait adorer le cinéma : la capacité des grands réalisateurs à fédérer tout le monde sur un film, de l’ouvrier à l’intello, l’appréciant chacun pour diverses raisons, pouvant même créer une émulation intéressante dans notre faculté de le juger. Avec App, on reste perpétuellement sur le seuil, sans trop de saveurs malheureusement. Chaque personnage est par ailleurs un cliché, la couleur du piètre spectre constitutif de la perception du monde d’un adolescent.

Le concept risque néanmoins de changer la manière d’envisager le cinéma, à l’instar du jeu vidéo qui propose déjà des possibilités de multiplication du point de vue (on pense à la Wii U, qui peine à décoller). Peut-être prometteur pour le cinéma, assez vide pour lui même, App se laisse regarder sans trop d’excitation. Le film ayant été racheté par un studio américain, vous aurez sans doute la chance d’en profiter dans une autre langue que le néerlandais.

 

Par Jean-Gauthier MARTIN

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