Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg – All Cheerleaders Die

All Cheer 1

Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg – All Cheerleaders Die

Film américain de Lucky McKee et Chris Siverston, hors compétition.

 

Le FEFFS, ce n’est pas uniquement de la lourdeur. Tout n’est pas si sombre dans ce monde de brutes. On nous invite à admirer parfois de ces films d’une légèreté bien oxymorique. C’est du reste un aspect fondamental dans le cinéma fantastique : plus c’est mauvais, meilleur c’est. Il n’est de très bons films d’horreurs sans une petite, infime, touche de médiocrité dans le propos. Le bon spectateur de ce type d’événements se reconnaît à sa capacité à refouler, ou à apprécier ce constat. Pour le coup, le président du jury nous gratifie d’un film qui a choisi de ne pas faire dans l’infime, mais dans le sonore et le dégueulasse, pour paraphraser Marv de Sin City.

Le ton est donné avant le film : on nous demande de nous amuser, et de ne surtout pas briser les burnes avec des méta-machins et autres Weltanschauungen. Tout est dans le titre du film. Puisqu’il ne s’agit pas d’un truc conceptuel du type Du trépas de l’entité pom pom girl, on ne va pas tortiller du cul pour chier droit.

Le titre qui nous rassemble est plutôt trompeur. On s’attend à assister au massacre gore et revanchard d’une cohorte de cheerleaders , mais il n’en est rien. L’histoire, s’il en est une, est assez simple. Maddy, une fille impopulaire (très important dans les établissements scolaires de l’Oncle Sam), un peu journaliste dans l’âme et un peu anar, décide, autant par dégoût que par une classique attirance pour le Mal, de suivre la vie d’une des cheerleaders les plus populaires de son lycée. Elle meurt cependant pendant un entraînement (elle se rompt littéralement les cervicales).

La journaliste en herbe repasse d’ailleurs la séquence plusieurs fois, dans un laps de temps de plus en plus précis et court, rendant un effet d’accélération et d’emphase absolument délicieux (bien que je ne raffole guère de cette expression) : le spectateur entend en boucle les cris, le brisement de nuque, dans un premier flot de méchanceté gratuite que l’on prend un malin plaisir à contempler. Quelques mois après sa mort, Maddy cherche à devenir cheerleader, pour mieux s’infiltrer encore dans cet univers abhorré. Passant brillamment ses auditions, elle commence à se « pouffiassiser », c’est logique, et va même jusqu’à renier sa vieille copine gothique (ex petite amie de surcroît).

 All Cheer 2

Flirt avec l’ancienne meilleure amie de la défunte, chaufferie de mecs, mecs qui tabassent des nanas (comme en 40)… un cocktail de bien mauvais goût pour un film qui n’a jamais prétendu être raffiné. Ça tombe bien. Tout ce petit monde aux hormones en ébullition se retrouve le temps d’une soirée autour d’un feu. Discorde : la nouvelle recrue sème la merdre dans la sainte relation unissant joueurs de foot américain et cheerleaders. La soirée part en eau de boudin, si bien que, et ce très logiquement, le capitaine prenne les filles en chasse en bagnole jusqu’à un accident fatal pour les girls.

C’était sans compter sur la jeune gothique, sorcière de Salem à ses heures. Elle va parvenir à les ressusciter, en incarnant leurs âmes – par le sang s’échappant de leurs blessures – dans des pierres magiques. Le processus reste secret, mais une fois achevé, une pierre vient remplacer l’orifice de la blessure mortelle. Seule ombre au tableau, la sorcière a interverti les esprits de deux sœurs : la  fana du Christ se retrouve dans le corps de sa petite sœur qui quant à elle a une véritable feu de la Saint-Jean dans le falzar, et inversement. La petite en profite alors pour se taper le courtisan de sa sœur sur lequel elle fantasmait depuis des lustres. Jalousie de la grande sœur que sa pruderie perdra.

Problème de ces métamorphoses : étant mortes et maintenues en vie par un seul enchantement, elles sont comme connectées par la force magique des pierres, et doivent partager toutes les sensations qu’elles éprouvent. Sensations allant de la faim (de chair fraîche, à la manière des zombies), aux orgasmes. S’en suivront une succession de scènes potaches toutes plus grotesques les unes que les autres. Ce reflet des temps modernes façon MTV est plutôt drôle, et est moins trash que ce que l’on pouvait attendre (la sorcellerie prend le dessus sur l’aspect de la mort des cheerleaders).

On saluera donc l’aspect foutraque assumé du film dans une peinture bébête d’un milieu qui l’est tout autant. Mention spéciale à la bande son, dans laquelle on peut entendre du Iconaclass, que les fans de dälek connaissent déjà. Si ce n’est pas le cas, on vous invite à découvrir son univers hip-hop super dark (d’abord de dälek, et ensuite d’Iconaclass, of course). Si ça ne suffit pas à faire un film, on peut dire que le plaisir est là. On notera quelques lourdeurs cependant prévisibles (il suffit pour se faire, et cela aurait pu vous faire gagner de précieuses minutes, de bien regarder le titre du film). On regrettera peut-être l’absence de véritable coup de génie dans le comique, qui aurait pu hisser le caractère fun du film au rang d’indispensable. En bref, All Cheerleaders Die, est sympa et divertissant. Et on nous proposait rien de plus. Pari gagné, j’espère que vous avez cavé !

Par Jean-Gauthier MARTIN – « C’est du rap vosgien pas du rap de vauriens » [Teuilteuil 88]

Liens :

Pour découvrir dälek et le morceau d’Iconaclass qu’on retrouve dans le film 

Le site du FEFFS

Le Facebook du FEFFS



Laisser un commentaire

CAPTCHA *