FEFFS2015 : The Guest – Devine qui vient te péter les ratiches ce soir ?

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FEFFS2015 : The Guest – Devine qui vient te péter les ratiches ce soir ?

Film américain de Adam Wimgard. Catégorie Crossovers.

The Guest a été présenté comme une sorte de Théorème flirtant avec la série B. Si l’on garde du film de Pasolini le motif d’un homme envoûtant et se mettant toute une famille dans la poche, on est loin de toutes les interrogations métaphysiques qui jalonnent le chef-d’œuvre. On nous offre plutôt un cocktail d’action et d’humour au cours duquel nous n’avons pas eu le temps de nous ennuyer.

Un beau gosse de retour du front a été mandaté par son défunt pote de régiment d’aller dire à sa famille que ses dernières pensées étaient pour eux (requête étrange). La famille est au courant du décès, mais cherche à faire son deuil. Cette visite devient vite l’objet de tous les transferts… Instinctivement poussés à combler son absence, on a le sentiment qu’il arrive à point nommé pour remplir un vide qui l’attendait presque. Une intrigue qui rappelle comment Seymour Skinner s’est inséré dans sa famille. Par une forme de mensonge tacite.

Du moins, s’il apprend sympathiquement à tout le monde à s’endurcir, on a vite le sentiment d’avoir affaire à plus qu’un simple militaire. Une sorte de psychopathe au sourire ravageur prêt à dézinguer tous ceux qui se mettraient en travers de sa route… Un anti-héros un rien amateur de castagne et de flingues.

DAN STEVENS stars in the action thriller THE GUEST, opening in September.

Côté mise en scène, c’est une mécanique super bien huilée : performance d’acteur au top du charisme et de la classe pour Dan Stevens, références kaléidoscopiques à la popculture américaine allant du clipesque, qui rappelle à certains égards les publicités Coca Light des années 90, mettant en scène des beaux gosses de chantier, au cinéma de genre et au western (une scène de choix d’arme nous rappelle le Bon la Brute et le Truand). Côté BO, on a droit à un choix assez pointu de musiques retro (Clan of Xymox, Front 242) qui ont forgé une certaine scène underground (S U R V I V E, Gatekeeper). Ca fait penser à Drive, mais Drive n’a pas inventé le droit à l’usage de musiques électroniques.

Wingard offre des scènes d’actions bien calibrées dans une atmosphère qui rappelle les grandes heures du cinéma des années 80 (on pense pas mal à Terminator, à Shining …). Un plaisir de gueule (comprendre dans un sens de gueuleton, ou de gueules héraldiques dont nous ne comprenons pas le sens) : on en prend plein dedans, on se la fend et on en casse. Bref, The Guest ça dépote, et c’est un petit bijou dans le genre bagarre chassée croisée.

C’est un peu un anti Emelie ou Scherzo Diabolico : le film trouve son ton et sa justesse même en étant exubérant et improbable. Adam Wingard assume à chaque instant tous ses choix et s’y engouffre à fond. C’est peut-être en ne cherchant pas à « vouloir faire » mais en « faisant » que l’on parvient aux meilleurs résultats. La raison pour laquelle les symboles et les métaphores foirent souvent au cinéma repose en ce qu’ils sont déjà des images qui doivent se créer d’elle même et pas être l’objet d’une architecture consciente (ou il faut savoir le cacher). « Plaçons ici un symbole ou une métaphore » : une question qui n’a pas dû traverser l’esprit du réalisateur qui s’en donne à cœur joie dans le côté voyou de la route.

Peut-être qu’il en naîtra des analyses pertinentes, peut-être pas. Et on s’en fout. The Guest est un film de Loner : il vit pour et par lui même, et il s’en fout de moi, de toi, de nous quoi (j’emprunte cette belle allitération à Philippe Risoli). Autant que de ses personnages, dont le décès ne suscite presque pas d’émotions, finalement proches de la chair à canon. Pour notre plus grand plaisir. Ce divertissement tout en maîtrise offre un petit quelque chose en plus qui ne donne pas l’impression de devoir se sentir coupable de l’apprécier.

Finalement, The Guest nous semble si jubilatoire que l’on regrette de ne pas le voir figurer dans une compétition où il aurait eu toute sa place, avec sans doute les faveurs du public.

Par Jean-Gauthier Martin



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