FEFFS 2015 : When Animals Dream – Lycanthropie arty

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FEFFS 2015 : When Animals Dream – Lycanthropie arty

Film danois de Jonas Alexander Arnby. En compétition.

Nous l’avons à plusieurs reprises évoqué en tant qu’envoyé spéciaux (spécial ? Puisque le nous royal n’est que cironstance et nullement identité?) : la tendance, notamment depuis Miss Zombie, est à une adjonction de concepts et de vision éthérée dans les motifs les plus connus du cinéma de genre. Avec réussite ou paresse, c’est comme tout, ce genre trouve peu à peu son public.

Mais dans ce film lycanthropique, la patte arty n’est pas simplement un parti pris hipster de mise en scène : il s’agit en fait de dépeindre une réalité danoise, à mille lieues de son miracle démocratique, visant à faire du monde rural un naufrage.

Un naufrage doucereux et bucolique certes, mais qui, dans son ultra démocratisme, oublie de laisser une place à la différence. Affronter un problème est impossible… il se noie sous médocs. On parle souvent de déterminisme ou de libre arbitre pour comprendre le monde en marche. Mais les maladies génétiques sont plus les tenancières d’un déterminisme généalogique, qui promet un avenir merdique à quiconque n’a pas tiré les bons numéros.

La mère de l’héroïne a un secret… on l’imagine bien sûr un rien monstrueux, mais il est très vite désamorcé par la sclérose presque nazie du monde dans lequel ils vivent : entre Quaker et taillage de virgules sur poissons morts. Comment, face à la fatalité d’une maladie inhumaine, choisir de poursuivre la voie de l’humanité par dessus l’animalité ?

Når Dyret Vågner Alpaville Production CopenhagenApS Directed byJonas Arnsby Photo Credit:Rolf Konow

Dans des dichotomies parfois proche des dialectiques lycéennes, les gentils, les méchants, laissez moi vivre ma vie comme je l’entends etc When Animals Dream est avant tout une exploration de l’ennui rural, et de la difficile dénormalisation qui doit se produire pour quiconque voudrait s’échapper du giron de sa terre natale. Il y a dans les loups garous de ce film quelque chose de fantastique bien sûr, l’appétit de la chair humaine, mais qui tend à être mis en muselière.

Tout le monde connaît cette maladie : on n’euthanasie pas, on ne peut pas soigner, on n’ostracise pas. On fait le choix d’accepter. Cette acceptation haineuse (mais sous silence) des choses, est une sorte de danger démocratique qui forgent les comportements limite. Au delà de l’image du monstre, les loups garous sont ici exclusivement féminins. Le mutisme des médicaments, l’éloignement de la maladie, rappellent aussi la difficulté d’être une femme tous les jours, notamment au contact de rustres. Il y a quelque chose de l’ordre de la puberté, du dépassement du stade virginal, d’un torrent de vie que l’on cherche à faire taire, surtout quand il est différent de la « normalité ».

Parfois un peu lent, le film se veut une relecture implicite du loup garou comme l’on jugerait le changement d’un corps : avec ses cruautés et ses difficultés, dans une illustration de la laideur qui n’est jamais loin de la beauté, pour peu que l’on soit capable d’admirer la vraie beauté, souvent cousine germaine de la laideur. Une réussite qui dépassait nos attentes assez basses (qui se situaient entre Intervilles époque Fabrice et Foucault et Animorph).

Par Jean-Gauthier Martin

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