FEFFS 2015 : They Look Like People – Il voit des humanoïdes avides de détruire le monde partout.

they_look_like_people_poster

FEFFS 2015 : They Look Like People – Il voit des humanoïdes avides de détruire le monde partout.

Film américain de Perry Blackshear. En compétition.

Premier film en compétition de cette cuvée 2015 et un titre accrocheur, They Look Like People est aussi une démonstration de ce que le cinéma de genre peut faire l’économie de trop d’effets spéciaux, de trop de sang, et surtout de tout montrer.

Christian, jeune BCBG à qui tout semble réussir, retrouve devant chez lui un ancien ami qui va s’installer pour un temps chez lui. Ce dernier,Wyatt, reçoit des coups de fil mystérieux la nuit. Des voix étranges lui disent de se préparer à une attaque extraterrestre imminente. Soucieux de le protéger et de se protéger, il échaffaude de drôles de plans dans la cave de son ami, avec des pistolets à clous, de l’acide… De plus en plus convaincu que l’entourage de Christian est dans la confidence, ou du moins déjà envahie. Reconnaître l’ennemi n’est pas évident… ils ressemblent à des gens, comme le titre du film l’indique. On peut compter sur les talents (aléatoires) de Wyatt pour faire le ménage dans la vie de son meilleur ami. Jusqu’à tout lui faire perdre.

They look like people 72 dpi-2537

Le film joue sur le mystère d’une perception de la réalité altérée par la folie (un peu à la manière de Take Shelter), et comment cette crainte de l’Apocalypse est perçue de l’intérieur. Le point de vue narratif du film est assez ambivalent, mais se situe plus dans l’imaginaire de Wyatt (la transition vers « l’anormalité » se fait souvent par des événements anodins, ou se symbolisent par une coupure de courant, dans la cave. La cave étant un motif aussi platonicien que psychanalytique si l’on cherche à se pencher sur ce qui constitue les zones d’ombres de la psyché).

Même si l’on ne voit rien de la fin du monde à proprement parler, on peut comprendre que ce que Wyatt perçoit, même quand il n’y a rien à voir, a une authentique intensité. La vision délirante se suffit de peu, jusqu’à nous convaincre nous mêmes qu’il serait possible d’entendre du tonnerre en plein jour et sans nuages). Comme une manière de briser le quatrième mur, et comment le cinéma pousse d’instinct le spectateur à la croyance (une vérité d’ailleurs justement rappelée par Joe Dante au cours de sa Master Class en parlant de l’évolution des effets spéciaux).

They Look Like People aurait pu accentuer encore plus la paranoïa et l’angoisse, mais il n’en reste pas moins haletant et prenant. Et parvient, par un excellent tandem d’acteurs et une photographie plutôt remarquable, à créer un univers avec trois fois rien, deux trois décors, et la ville de New York en carte postale, qui s’offre aux yeux comme la fille à la petite vertu le fait au premier venu.

On comprend que la psychose, comme l’effroi du spectateur, peut naître et surgir ex nihilo… une forme ronde et noire (une tête en l’occurence) filmée à contre-jour avec insistance dote le silence, l’immobilité et la pénombre d’une épaisseur mouvante, palpable et angoissante. Suggérer l’angoisse en un plan fixe et vide n’est pas si aisé qu’on l’imagine (si du reste on l’imagine seulement)

FEFFS

Une rencontre avec Evan Dumouchel (interprète de Christian, et producteur du film) était organisée après la séance. Il en a profité pour évoquer la genèse du film, inspirée d’une expérience d’amitié vécue par Blackshear. Et que le film, s’il voulait revenir à des conceptions old school de l’angoisse, s’est un peu vu obligé dans son esthétique par une absence de financements. Mais qu’il était prévu à la base plus de scènes explicatives, plus de graphismes. L’esthétique du film en a été un peu amoindrie. Comme pour rappeler que la pauvreté ne justifie pas tout, et que les choix les plus sensés s’harmonisent parfois avec la décence (mais sans aller à la facilité. L’écriture du script s’est vue modifiée constamment pour aller à chaque fois vers des choix tout simples de mise en scène, vers le meilleur, vers l’inattendu).

Le film laisse quelques zones d’ombre sur le passé du duo et sur le très proche passé de Wyatt, et met d’ailleurs assez étrangement l’accent – comprenons là inattendu – sur l’amitié et sa potentielle survie dans une telle situation. Angoissant et drôle, They Look Like People est une expérience cinématographique réussie, et un premier long métrage prometteur pour Perry Blackshear, qui est paraît-il déjà en train de monter un prochain film avec la même équipe.

embedded by Embedded Video

Par Jean-Gauthier Martin



Laisser un commentaire

CAPTCHA *