FEFFS 2015 : The Survivalist – Au degré zéro de l’humanité.

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FEFFS 2015 : The Survivalist – Au degré zéro de l’humanité.

Film irlandais de Stephen Fingleton. En compétition.

On ne va pas y aller par quatre chemins : après TAG, The Survivalist est notre deuxième coup de cœur. Un premier long métrage insolent de profondeur et de maîtrise que nous allons essayer de vous faire découvrir, pour vous donner envie d’aller le voir.

Le monde a changé. La fin du monde est arrivée. On ne nous l’annonce pas à grands coups d’images de reportages qui résumeraient la chute. On y assiste simplement, froidement, au cour du générique. Elle s’illustre par les lignes et les courbes de la statistique, qui mettent en regard l’augmentation de la population et la production de pétrole… qui une fois en baisse, marque, après une explosion démographique, une lente descente de la population humaine. Plus de déplacements. Plus de liens. Plus de sens.

Cette idée simple de mise en scène est l’un des outils que Stephen Fingleton, dont vous découvrirez bientôt l’interview, utilise dans son langage cinématographique. Comment, de la ligne, du bien connu, l’on passe dans un monde qui perd sa géométrie. Une géométrie implicite naît, avec de nouvelles lignes à nous invisibles. Mais un survivant, entre l’homme et le félin – assez remarquable dans le jeu époustouflant de Martin McCann, qui oscille entre l’humanité sans apparats, et des regards animaux, craintifs, de quelqu’un qui cherche à faire corps avec son environnement, dans tous les sens du terme – est capable d’y évoluer. La nouvelle géométrie du monde est un tissu, un sédiment, une jungle à prendre à rebours. L’image de la jungle urbaine, et de ses lignes, appelle l’image de la forêt, avec ses herbes en bataille et pas l’inverse. Comme si la ville et son effondrement auraient pu changer notre regard sur l’origine même de cette métaphore qui compare ville et jungle.

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Ceci s’illustre particulièrement dans un plan absolument admirable. C’est simple, après une année cinématographique morose, beaucoup de bons films les dernières années, on n’a pas nécessairement le souvenir d’un plan qui nous ait marqué. C’est peut-être un détail, mais cela est aussi important au cinéma d’avoir ses citations. Fingleton a réussi à faire d’une scène un véritable moment de cinéma.

Le film, s’il est silencieux, sec, aride, dans une survie mise à nue, crade, viscérale et en cela assez inédite – du moins au cinéma, le jeu vidéo s’en servant assez allègrement avec maestria, si l’on pense à Metal Gear Solid 3 et The Last Of Us – le film ne cherche pas à juger, à être moralisateur. Il cherche à faire penser au monde en ne l’invoquant pratiquement pas. Comment penser le monde, une fois celui-ci perdu ? Peut-on d’ailleurs le penser si l’on a pas le luxe d’être spectateur ? La survie est déployée ici comme état de fait. Non pas comme l’illustration d’une conséquence à la nature humaine. On ne cherche pas à échapper à un danger. Il n’y a plus rien de quoi l’on devrait se sauver. A part bien sûr des autres.Le retour d’autrui

Pourquoi, plutôt que de recréer un semblant de civilisation, cherche-t-on à la renier ? C’est un Robinson inversé, qui ne voit pas en autrui une nécessaire délivrance. L’image que l’on nous offre du monde à la toute fin nous porte à nous interroger sur le monde tel que nous le connaissons. Quelles en sont les limites ? Les excès ? Finir un monde est un moyen d’en saisir l’essence, sans garde-fou. De nous mettre à nu, sèchement. Peut-être sommes nous condamnés à être d’éternels prisonniers, d’un monde irrationnel qui est né pour faire souffrir et faire mourir. De nous tous jusqu’à nos chefs d’oeuvre, qui auront le droit d’être poussière, après avoir été lus ou ignorés. Une vraie leçon de cinéma, dans tous les sens du terme.

Par Jean-Gauthier Martin.



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