FEFFS 2015 : The Howling – Les loups garous à l’ère de la téloche

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FEFFS 2015 : The Howling – Les loups garous à l’ère de la téloche

Joe Dante, que l’on a pu entendre en Master Class et dont vous pourrez voir beaucoup de films en retrospective a réalisé un film de loup garou à une époque où ce mythe se voyait ressuscité (notamment chez John Landis, directement contemporain). Une belle vision teintée d’hommage et de série B qui cherche à se surmonter.

Une journaliste est traquée par un homme étrange du nom de Eddy. Elle est suivie discrètement par des policiers qui la protègent pour mettre fin à une série de meurtres étranges et gores. Dans les bas fonds d’une ville violente, peuplée d’individus étranges (New York), dans un monde qui s’abreuve de sang cathodique, l’héroïne s’engouffre dans un sex shop auprès de son agresseur. On va le liquider, croit-on, et revenir à la normale.

Rien ne marche cependant. Elle même ne s’en remet pas. Elle ne se souvient pas de l’apparence exacte de son agresseur, et son cadavre n’a pas de signes particuliers. Elle va être mise en quarantaine dans une communauté tenue par un psychiatre, qui abreuve la boîte à magie de la télé de propos psychanalytiques sur la violence du monde.

Le loup garou, auquel on rend plein d’hommages (jusqu’à des gravures de Doré pour les contes de Perrault), s’il est d’ordinaire justifié et analysé par des psychologues, voit le modèle se retourner, dans une drôle de relecture de l’île du docteur Moreau.

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Si le film est parasité par les images télévisuelles, et des images de films de loups garous, qui sont vecteurs de savoir pour ceux qui cherchent à mettre un terme à cette épidémie – comme il l’évoquait dans sa Master Class : les personnages savent presque tout des monstres pour en avoir vu à la télé – , c’est par la télé qu’il va se terminer. Le monstre sert autant à montrer la noirceur symbolique de l’âme que celle du média privilégie de cette décennie. Mais le monstre cherche à se montrer sous sa vérité. Une fiction qui parle de fictions est toujours une fiction qui cherche à dévoiler sa supériorité sur les autres. Cette histoire est vraie, cette fois ci, on nous le promet. Tout s’oublie vite cependant , entre deux coupures pubs.

Un film qui parle autant du produit des médias, de sa propre histoire artistique que de toute forme de déjections humaines, permet une articulation assez intelligente sur un motif bien connu, soumis à des codes, il cherche lui même à s’affranchir et à se moderniser. Le loup garou des années 80 peut-il se fondre dans la masse ne pas être découvert ? Vivre avec les drôles de type des bas-fonds New Yorkais (peut-être plus loups garous que les loups garous ou Garou eux-mêmes). Peut-il cacher sa nature ? S’il le cherche, il peut aussi choisir de se révéler tel qu’il est, et tel que nous sommes par extension : des spectateurs avides de chair fraîche, avec un temps de cerveau disponible limité. Ce n’est pas qu’une critique, et le film est parasité avec humour de clin d’oeil qui nous rappellent que nous regardons un film, qui se moque un peu du monde dans lequel on vit et de nos habitudes de spectateurs.

Dante parvient subtilement à jouer de cette dualité pour mieux nous rappeler que si l’on répète constamment les mêmes erreurs, il est des motifs éternels, qui peuvent se dévoiler sous leur vrais jours, qui n’est jamais bien différent de ce que nous sommes à une époque donnée.

Par Jean-Gauthier Martin

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