FEFFS 2015 : Scherzo Diabolico – Hein quoi quoi quoi ?

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FEFFS 2015 : Scherzo Diabolico – Hein quoi quoi quoi ?

Film mexicain d’Adrian Garcia Bogliano. Catégorie Crossovers.

Remarqué l’an passé avec Late Phases, Adrian Garcia Bogliano est de retour cette année dans la catégorie crossover avec un thriller que l’on nous promet intense, dur, et pesant.

La première moitié du film est plutôt maîtrisée : il s’agit d’un ras le bol d’un employé de finance qui se voit refuser des promotions et le paiement de ses heures supplémentaires. Il est voué à devenir le prochain patron de la boîte, mais il met du temps à parvenir. Il échafaude alors un plan un peu incompréhensible de prime abord. Il se chronomètre, se renseigne sur les étranglements. Et va kidnapper une gamine, que l’on comprend vite être celle de son boss, comme pour accélérer sa chute. Le tout, sur fond de musique classique, en tant que leitmotiv, servant à imager la partition écrite avec soin.

Tout est millimétré… pourtant, une fois le boss déchu, on ne comprend plus grand chose à ce qui se passe. Il la relâche. N’efface pas les vidéos qu’il a filmé pour le chantage… Il gâte sa femme mais se prend une maîtresse (il cesse par contre d’aller aux putes). Comment un homme peut-il faire tant d’erreurs après avoir tout programmé à ce point ? On veut bien que le crime parfait n’existe pas, mais il y a quand même des limites. Soit le gars est pas si malin qu’il n’y paraît, soit il est poussé par un démon de la perversité qui ne comprend absolument aucun instinct de survie.

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Ce kidnapping est en lui même raté : on s’attendait à un twist de malade : la gamine se fait mordre le pied par un rat. On aurait souhaité qu’elle meure prématurément, stupidement et que le plan se mette à foirer. Un tel artifice aurait été pour le moins drôle et assez inattendu. Mais il n’en est rien. Au lieu de ça, satisfait de ses affaires, le mec la libère. Soit. Mais comment se fait-il qu’il ait pu créer une pareille gamine vengeresse (ce n’est pas la vengeance que l’on ne comprend pas, mais la manière dont les conséquences du kidnapping se développent de façon un brin exagérée).

Si l’on ne vous dévoile pas tout, on peine à trouver un moyen de sauver ce film qui partait sur les chapeaux de roue, et qui se désintègre lui-même pour ne devenir qu’une énigme. On passe du thriller au grand-guignol. Ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose, mais l’on se doit de choisir une posture : ou l’on assume jusqu’au bout le côté what the fuck d’une vendetta absurde, et on va dans l’exagération, ou l’on essaye d’aller progressivement vers quelque chose. Le fun n’est pas assez prononcé pour que ce double film convainque.

Comme Scherzo Diabolico ne va pas assez franchement dans un sens ou dans l’autre (comme Une Nuit en Enfer a su le faire), ça tombe un peu à plat. Nous n’avons rien contre les films qui s’auto détruisent. Mais il faut un minimum de maîtrise, même dans le chaos, pour rendre l’ensemble cohérent (l’incohérence n’étant pour nous jamais autre chose que la négation de la cohérence, et donc le choix d’une cohérence nouvelle qui se décide à ne pas l’être ou à ne pas être accessible au tout venant). Techniquement (mention spéciale à la photo bizarroïde et aux images go pro en drone) et scénaristiquement faible, Scherzo Diabolico est une sorte de pétard mouillé, alors qu’il était pourtant totalement prometteur. Dommage… On lui décerne en revanche le prix du plus beau head shot de cette sélection.

Par Jean-Gauthier Martin



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