FEFFS 2015 : Ni le ciel ni la terre – A la recherche d’une dimension inconnue

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FEFFS 2015 : Ni le ciel ni la terre – A la recherche d’une dimension inconnue

Film Français de Clément Cogitore. En Compétition.

On ne va pas y aller par quatre chemins : ce film ne nous inspirait pas nécessairement confiance. On craignait une version contemporaine et appauvrie de l’inimitable L’Échelle de Jacob. Mais Ni le ciel, Ni la terre, est une bonne confirmation de ce qu’il est souvent vain de juger un film sans le voir – bien que ce soit fait à longueur de temps à la télévision (ouuuuh la vilaine) ou sur n’importe quel média.

Le film est assez nébuleux. Il raconte l’histoire étrange de militaires disparaissant la nuit, sans que personne ne s’en aperçoive. Cette faction française postée en Afghanistan remarque assez vite que la chose se produit aussi du côté des talibans. Chacun blâme un peu l’autre jusqu’à ce que l’on s’aperçoive qu’il y a une cause « paranormale » (« par l’esprit », comme dirait Suzanne Saget) à ce phénomène.

Nous n’en dirons pas plus sur le sujet, mais sachez, pour ceux qui aiment les films qui exploitent leurs idées jusqu’au bout, en les expliquant, seront déçus de savoir que l’on ne tranche jamais entre l’improbable et le tangible. On ne vous donnera pas de réponse à emporter chez vous le soir. Il est beaucoup question dans ce film de la place du spectateur face à une œuvre. Certains se laissent plus facilement emballer par une fiction, les autres – les plus emmerdants – ne se contenteront pas d’essayer de débattre éventuellement du sens d’un film, mais vont sortir des articles sur les incohérences scientifiques de Jurassic Park, ou de l’absence d’explosions chez Tarkovski.

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Puisque, et c’est au cœur des inquiétudes de monde moderne, le film essaye d’expliquer la confrontation entre la foi et le nihilisme, et que l’une ou l’autre des postures ne suffit pas à tout expliquer. De là naît peut-être une nuance, capable de faire concevoir la différence, d’accepter l’autre… et comprendre peut-être que ni la néant, ni l’immortalité ne constituent la fin des temps… Finir, mourir, c’est peut-être disparaître, dans une sorte de lieu interlope et neuf. Une dimension finalement aussi incompréhensible pour nous que la guerre, dont on oublie parfois la mystique. L’aspect impalpable d’une réalité de laquelle il est difficile de se soustraire (non seulement en tant que partie du tout, mais aussi comme prenant parti d’une vision du monde) : voilà le sujet du film.

L’intrigue se déploie dans une imagerie symbolique de la jumelle à vision nocturne : elle ne peut nous montrer plus que ce qui est, et que l’on ne voit pas. Elle transcende le noir mais ne montre rien de plus : un autre type de jumelles permettrait d’accéder à une autre vision des choses. Tout cela nous fait penser, et sans doute à raison, à la manière dont Kant compare l’imaginaire ou la perception à une observation incomplète par le moyen de lunettes colorées. Nous n’avons accès qu’à des modifications du monde passant pour des structures et des certitudes.

Le film ne se fait bien entendu pas le plaidoyer du sang ou du nationalisme : mais il interroge le rapport de celui qui combat et l’incertitude de son destin. Du non lieu (considéré comme une absence) du champ de bataille. De l’absurdité de l’inaction. Plongée encore de l’incompréhension de la bigotterie. Au cœur des ténèbres… Il n’y a malheureusement, et c’est peut-être là le problème que cherche à définir le film, plus d’espace pour en créer un nouveau. L’incertitude ne peut pas exister. La réfléxion est un luxe impossible à assumer quand on cherche à ériger une vision du monde. Comment expliquer ces disparitions ? En inculpant celui qui tient ce régiment en place. En remplaçant les absents par des gravats dans des cercueils estampillés d’un drapeau. Dans une lutte que l’on ne comprend plus, parce qu’elle nécessite justement un temps d’arrêt impossible pour l’embrasser.

Aussi impossible que de cesser pourtant de croire et d’envisager que les réponses se trouvent peut-être, ni au ciel, ni à la terre, mais ailleurs, pour parler dans des termes de cinéma de genre… Dans ce que Victor Hugo conçoit comme seule certitude possible. Face à deux infinis qui se contredisent (infiniment grand et infiniment petit), peut être que le coquet et inutile travail des esprits est la seule transcendance observable. Ni le Ciel Ni la terre, s’il est peut-être un peu aride et avare en scènes purement fantastiques, invite le spectateur à prendre le temps de peut-être, trouver ce troisième lieu par lui-même.

Par Jean-Gauthier Martin



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