FEFFS 2015 : Master Class Joe Dante + Burying The Ex

Joe Dante Illus

FEFFS 2015 : Master Class Joe Dante + Burying the Ex

Le Dimanche est, en plus d’un jour chômé, la journée internationale de la merde. Mais le FEFFS a décidé d’y remédier, en nous offrant l’immense privilège d’assister à une Master Class de Joe Dante, suivie de la projection de son nouveau film Burying the Ex, qui ne sortira qu’en 2016.

La Master Class sera sans doute disponible en ligne dans les semaines à venir, mais s’il fallait retenir une chose, c’est que l’axe mené par Jean-Baptiste Thoret était plutôt bien choisi : rentrer dans le cinéma de Joe Dante en lui faisant reparcourir le chemin par lequel il est entré dans le cinéma : plaçant donc l’accent sur sa réputation de grand cinéphile. C’est bien sûr le cas de beaucoup de réalisateurs, mais Joe Dante fait du cinéma sur le cinéma, et préfère parler de cinéma que de ses propres films, comme le journaliste de Charlie Hebdo le rappelait.

Le rythme et le ton de la Master Class étaient justes, même si l’on aurait pu parfois souhaiter que Joe Dante joue un peu plus le jeu d’entrer en profondeur dans certains sujets. Mais une Master Class n’a pas vertu à être une convention masturbatoire toxique. On aurait aimé, comme toujours, entendre Dante parler de son cinéma et de cinéma un peu plus longtemps. On retiendra surtout, et c’est un beau parallèle avec Tobe Hooper, l’amour de Dante pour les cartoons. Attachement qui nous fait bien comprendre pourquoi son cinéma de divertissement peut prétendre à des lettres de noblesse. Il est en effet capable de faire de la culture populaire malicieuse et intelligente. Le cartoon a lui aussi ses degrés, ses arcanes allant du rire franc à la private joke insondable.

Joe Dante, s’il est plus connu pour Gremlins, est l’auteur d’une intéressante filmographie dont l’apparente simplicité ne doit pas vous perdre quant à sa qualité et sa profondeur. Ses incursions dans le monde de la télévision ont marqué beaucoup d’enfants, notamment pour tous ceux qui se souviennent de Eerie Indiana… Jusqu’à, dans un autre registre, un téléfilm sur l’immigration, effroyablement contemporain, et diffusé en 1997 sur HBO The Second Civil War. Nous avons eu droit à une belle vision d’ensemble de son cinéma, des débuts conceptuels et engagés dans des mashups hypnotiques à l’université,  puis de sa formation chez Roger Corman, en passant par sa rencontre décisive avec Spielberg (fourmillant d’anecdotes sur Piranha et Gremlins).

Autre mouvement de la Master Class, l’évolution des supports cinématographiques a également été abordée. Comment l’expérience du cinéma se perd – sans parler comme un réac Sardouzien – et que du collectif jouissif, qui aurait plu à Rousseau, l’on passe à une sorte de consommation massive sur petit écran. Une réalité qui n’empêche pas de rendre nécessaire l’expérience du film, et de profiter de la modernité pour avoir la chance de regarder (légalement ou non) presque tout le passé de l’histoire de ce magnifique art. Une entreprise à laquelle il participe d’ailleurs avec l’excellent site Trailers From Hell, qui permet à tout le monde de découvrir des classiques du cinéma qui sont chers à des professionnels du milieu. Des sortes de commentaires audio de trailers qui peuvent vous inspirer si vous ne savez plus quoi regarder.

Joe Dante

Un cinéma pour cinéphiles, pour enfant, pour tous ceux qui veulent profiter de l’instant film avec un plaisir de gosse. Si le cinéma ne change pas le monde comme il le reconnaît, on peut néanmoins dire qu’il contribue à le rendre moins pourri. C’est cette grave légèreté qui fait la noblesse de Dante, que nous vous invitons vivement à découvrir au cours de la rétrospective qui lui est consacrée.

Ce plaisir coupable que l’on éprouve devant un film pas forcément profond : c’est ça que Joe Dante voulait nous offrir avec Burying the Ex. « Ne vous attendez pas à voir le grand Film de Joe Dante… » précise-t-il avant la séance. Eclatez vous juste. Une invitation qui peut être effrayante : le rire ne se commande pas, même si certaines mentalités ont besoin de savoir quand ils en ont le droit.

Joeeee

L’exercice de la comédie horrifique peut être génial s’il est réussi. Ca n’a pas été à mon sens le cas de Housebound l’an passé. Pas assez fou. Eli Roth nous en a dévoilé les écueils en début de festival. Pas de prises de tête ici (même s’il y est question d’en trancher), c’est un film du dimanche soir. On ne cherchera effectivement pas à le présenter comme un chef d’oeuvre.

C’est fin et lourd en même temps. Drôle et gentiment cynique. Jubilatoire dans toutes ses petites références et dans ses trucs et astuces. Un homme fan de films d’horreur est en couple avec une écolo un brin chiante. Il sent que son histoire périclite… Il reçoit, dans l’affreuse boutique thématique d’Halloween dans laquelle il travaille, une sorte de statue mytheuse de plage arrière de bagnole qui réalise potentiellement les vœux « version démoniaque ». L’avertissement est au moins directement écrit dessus. Dante, comme à son habitude, joue subtilement sur les clichés (tout comme Hurlements était à son sens un premier exemple de cinéma d’horreur post moderne dans lequel les personnages sont très au fait des loups garous parce qu’ils en ont déjà vus à la télé). Après une petite partie de jambe en l’air dans la boutique, un vœu vain prononcé de ne se jamais séparer, le vœu va se réaliser… en mal.

Cherchant, sur les conseils de son loser de demi frère, un moyen de la quitter, la pauvre va se manger un bus en pleine poire. C’est la fin d’un couple. Mais la vie reprend ses droits, et le protagoniste va s’amouracher d’une autre… Idylle menacée par le retour de bâton de cette statue. Ils avaient juré de rester ensemble. Elle revient en zombie. L’horreur de celui ou celle qui a essayé de se débarrasser difficilement d’un fardeau ! Dante explore en toute légèreté et avec beaucoup d’humour, une symbolique intéressante de l’amour dans ce qu’il a d’éphémère et éternel : dans les mauvais choix, ses difficultés, sa beauté et sa malédiction…

Partant d’une remarque psychanalytique, qui voit dans chaque pallier de l’existence la nécessité d’un deuil, Joe Dante montre comment il est possible d’y survivre sans devenir grave et pénible. Etre soi même… Ah le bon poncif ! Mais si l’on aime beaucoup en ces lieux la gravité, la grandeur des pensées et des raisonnements, on ne boudera pas son plaisir en appréciant de temps à autre un brin de légèreté, quand elle est si jouissive.

Textes et photos par Jean-Gauthier Martin



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