FEFFS 2015 : Der Bunker – Comédie et bad trip

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FEFFS 2015 : Der Bunker – Comédie et bad trip

Film allemand de Nikias Chryssos. En compétition.

Der Bunker : une douce friandise venue d’Allemagne (comment ça c’est antinomique?), petite comédie de séquestration (oui, on vous l’a dit, c’est light) est pour l’instant une véritable étrangeté que nous n’avons pas encore réussi à décrypter.

On y retrouve avec plaisir Pit Bukowski, l’acteur de Der Samurai, que l’on a pu voir l’an passé, campant cette fois-ci un étudiant en mathématiques qui cherche un lieu calme pour mener à bien ses recherches sur le boson de Higgs. Problème ; il trouve un lieu calme… différent de l’annonce puisque sa chambre tient plutôt lieu de cave vaguement aménagée, aux fenêtres condamnées… pour couronner le tout au cœur d’une famille de malade mentaux, qui ont des rêves de gloire pour leur fils de 8 ans selon les dires du môme (qui a une dégaine de mec de 25 ans). Il sera président ou ne sera pas !

Comme dans le Château, dans lequel un géologue devient concierge, l’étudiant devient très vite plus qu’un étudiant, et se retrouve, sans le vouloir, précepteur pour payer ce qu’il coûte en knödels et en eau du robinet à ses hôtes. Mais le bougre de gosse n’apprend rien. S’il l’étudiant se refuse à utiliser la violence, il se rend compte que les bons vieux coups de triques nazillons fonctionnent. Une cruauté temporaire.

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Va se tisser entre eux un véritable lien fraternel : l’étudiant (c’est son nom au cours de tout le film), va éveiller au monde ce pauvre enfant qui n’en a jamais vu la couleur. Dans un film hollywoodien il ne manquerait plus que les violons. Ici, c’est un éveil qui n’a pas grand chose d’émouvant et de sublime. C’est grotesque et un rien effrayant… L’emploi du rire dans cette coméedie revient à ses sources un peu énigmatiques et effrayantes… Quoi de plus effroyable que le rire comme réaction physique du bonheur ? L’âme du gosse est tout de même assez cramée, et tiraillée entre un père soi disant intellectuel – qui analyse des blagues à grands coups de sociolinguistique de bas étage – et une mère qui est semble-t-il en contact, via sa cicatrice, avec une puissance suprême ou sa maladie mentale.

Dit comme ça, on peut se dire que c’est le film du siècle. Mais c’est une expérience bizarre, difficile à intellectualiser à chaud, qui rentre totalement dans la sélection en ce qu’elle est vraiment ETRANGE, et PERTURBANTE. Le fantastique, ce n’est pas que des monstres et des facéties sanglantes. C’est aussi et surtout un cinéma du doute, un cinéma du malaise. D’ailleurs, l’absence de films vraiment effrayants pour l’instant à la compétition, montre l’aspect actuel d’un cinéma qui ne se repose pas sur ses vieilles gloires et cherche à trouver de nouvelles ficelles.

L’entreprise est réussie, et avec humour. Si l’on n’est pas totalement en phase avec tous les éléments du film, il faut le considérer comme une sorte de conte de fée absurde pour gens barges. Énigmatique et insondable, Der Bunker semble avoir bien trouvé son public et a peut-être des chances d’en remporter le prix.

Par Jean-Gauthier Martin

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