FEFFS 2014 : White Bird in a Blizzard

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FEFFS 2014 : White Bird in a Blizzard

Film américain de Gregg Araki, dans la catégorie Crossovers

 

Le nouveau film de Gregg Araki était présenté en avant-première dans la catégorie Crossovers. L’idée était plutôt bonne, et met en avant la qualité de la programmation de cette année, du moins sur le plan d’une véritable cohérence dans les films choisis.

Il semble en effet cette année être beaucoup question de congélateurs, ou de secrets que l’on garde en soi, et qui se révèlent par plus tard être différents de que ce que l’on croyait. Ce pourrait d’ailleurs être une belle définition du genre fantastique, et prouverait, si besoin, qu’un festival n’est pas simplement constitué d’un enchevêtrement de films, mais qu’il s’agit bien d’une tentative de créer une atmosphère, une vision du cinéma qui fédère les cinéphiles et leur fait passer de bons moments d’échange et d’effroi.

Mais on parle ici d’un film hors compétition, catégorie qui est une fenêtre ouverte sur le cinéma dans ce qu’il a d’un peu étrange, au delà du fantastique. On suit le passage à l’âge adulte d’une adolescente – c’est la mode de l’année avec les histoires cosmologiques étranges comme Maps to the Stars et Enemy ou encore d’amours poétiques, façon Only Lovers Left Alive ou Her – expérience qui se fait ici en parallèle à l’étrange disparition de sa mère. Mère coincée dans son costume de maîtresse de maison idéale et silencieuse, elle disparaît purement et simplement un beau matin, laissant seule sa fille presque adulte. Sa mère (interprétée par Eva Green) commençait à nourrir une certaine forme de jalousie vis à vis de sa jeunesse. On est dans une relation vampirique à la fille, au corps, au rêve de vie éternelle détruit par la morosité de la vie courante. Où est allée sa mère ? C’est la question du film.

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Kaboom, que nous avions trouvé plutôt moyen, et lassant dans son esthétique de plans qui place constamment les protagonistes au centre de l’image (c’est encore le cas ici), explorait la relation compliquée à un père disparu. On en reprend ici les partis pris esthétiques, la maîtrise assez réussie de la photographie, au service d’un film plus « académique ». Kaboom se laissait aller librement au n’importe quoi généralisé d’une terre qui explose, White Bird repose plus sur une trame intelligible, inscrit le drame dans une normalité de l’Amérique des années 80, à la manière de Donnie Darko – auquel il est rendu hommage par un « easter egg » (clin d’oeil d’une œuvre à l’autre qui se matérialise par un objet, ou une figurine par exemple) : un poster de l’oeil dessiné par Donnie est accroché dans la chambre de l’héroïne. Tout comme dans ce dernier, la bande son est parfaite.

Le rythme du film, plutôt contemplatif, est en bonne relation avec le mouvement mélancolique qui mène vers l’âge adulte : une période charnière faite d’humour et de désillusions, où l’on devient un corps. Il s’agit d’une version plus policée de Wetlands, qui cache aussi un lourd secret. Il faut saluer, en plus du beau travail de mise en scène, le travail d’acteur d’Eva Green et Shailene Woodley, mais surtout de Christopher Meloni, véritablement glaçant dans son rôle de monsieur tout le monde. Etre quelconque jusqu’à la nausée et la peur est une performance assez difficile pour être saluée. Glaçant : c’est sans doute le mot d’ordre du film. Dans cette recherche d’une mère, qui après n’avoir jamais vraiment existé, n’est plus qu’une vision onirique et traumatisante dans l’esprit de sa fille, comme une chrysalide éthérée prenant naissance dans un paysage solitaire et glacé, dans laquelle se cache la vérité de sa disparition, peut-être un brin prévisible cependant.

Le film est un assez beau coup de pied au cul du rêve américain, et réalise peut-être l’absence possible de toute forme de bonheur au sein d’une famille, qui implique un lot de sacrifices et de choix qui vont peut-être parfois au delà de l’envie intime et des possibles (bonheur qui existe peut-être, quand l’oiseau prend son envol en laissant derrière elle son passé). Les rêves n’ont plus rien de libérateur, et ne sont que l’image d’un mode sclérosé, gelé et au fond aussi beau qu’horrible, autant dans ce qu’il offre que dans la pénombre des images poétiques et oniriques qu’il éveille en nous.

Par Jean-Gauthier Martin

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