FEFFS 2014 – Wetlands : l’anti Boyhood ?

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FEFFS 2014  – Wetlands : l’anti Boyhood ?

Film allemand de David Wnendt – Interdit aux moins de 16 ans. Dans la catégorie Crossovers

 

 

On l’attendait avec impatience et on peut vous dire que l’on a pas été déçus. Pourquoi ? Tout simplement parce que Wetlands promettait sur le papier d’être le film le plus cradingue de la compétition. Et on doit dire que le pari est réussi.

Vous êtes fatigué(e)s des historiettes adolescentes qui se contentent de distiller mièvrement une mélancolie de façade et qui ne prend jamais le risque de froisser le bon sentiment ? Alors Wetlands est – peut-être – un film pour vous. Le parti pris de mise en scène, assez peu commun, est de raconter la difficile mutation qui se produit entre l’enfance et l’âge adulte par le prisme des… sécrétions corporelles. Attention, on ne parle pas de sueur, mais bien des sécrétions les plus basses et pour lesquelles il fait toujours mauvais genre de placer une anecdote en cocktail.

S’il y a une certaine forme de militantisme à mettre à mal les rudiments de l’hygiène, on constatera tout de même et avant tout un objectif majeur du film : dégoûter et faire rire. Si certains y verront une surenchère de scènes gores (où l’on explore des frottis d’un genre nouveau, comme sur des lunettes de chiottes plus qu’insalubres, où l’on assiste à des échanges de tampax usagés entre copines, et autres problèmes hémorroïdaires ou d’hygiène vaginale), le film est assez bien interprété pour laisser le spectateur « voyager » (puisque « rêver » serait un peu fort de café ici employé) et se taper une bonne tranche de rigolade. Ah ! Cette bonne vieille rigueur allemande prend un coup (la ZDF a financé le film!!!), et revient à sa nature la plus atavique : une légèreté proche de la bière et de la charcutaille.

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Si l’on ne vous gâchera pas le plaisir (ou votre appétit) en procédant à un listing des insanités bêtes et méchantes que proposent le film, nous voudrions tout de même le défendre au delà de son statut de film trash de l’édition 2014. Cette histoire de fluide corporel, si elle est triviale, permet d’aller au cœur de ce qu’est une mutation vers l’âge adulte. Elle passe par un rejet ou un amour de son corps en évolution, produisant comme un arbre une sève qui lui permettra de créer de la vie.

L’héroïne du film, si elle découvre son corps dans une joie presque rabelaisienne, a néanmoins décidé, en se faisant stériliser, d’avorter la marche commune de la vie courante. Le film, qui est une exploration des corps les plus caverneux,  est aussi le questionnement d’un corps qui a refusé d’engendrer la vie. C’est dans cette angoisse, ce cauchemar, ce traumatisme de l’enfantement que le film parvient à un niveau de lecture un peu plus haut que la ceinture. Et qui rendrait presque candide, façon journal intime d’une adolescente, les malicieuses horreurs qui nous ont été montrées. Derrière chaque étrangeté se cache souvent une douleur, une plaie, mentale celle-ci, et que notre corps seul ne raconte peut-être pas.

Poignant, drôle, et sacrément dégueulasse reconnaissons le, Feuchtgebiete (c’est le titre allemand, qui dézingue), ce « Girlhood » des caves ne laissera sans doute personne indifférent.

Par Jean-Gauthier Martin



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