FEFFS 2014 : The Pool – Conte horrifique moderne

1$_De-Poel_ARTWORK_FLAT-2050

FEFFS 2014 : The Pool – Conte horrifique moderne

Film néerlandais de Chris W. Mitchell

 

Présenté comme un petit film d’horreur hollandais sans prétention, The Pool a néanmoins réussi à nous surprendre, en bon comme en moins bon.

The Pool fait un peu écho à In Fear l’an passé que nous avions beaucoup aimé, malgré sa facture classique : c’est un véritable film de genre qui se passe dans une forêt. Une famille et des amis vont camper dans une réserve naturelle interdite au public, qui deviendra un lieu de révélation de la vraie nature de leurs relations, ainsi que de leurs psychoses. Un charme maudit opère autour de cet étang miteux qui leur sert de campement : c’était là qu’on allait noyer les sorcières, qui exercent une influence néfaste sur les personnages, comme des sirènes dévoyées.

The Pool tient donc aussi lieu, non pas juste de film de genre, mais d’une sorte de conte horrifique classique, où l’on ne décide pas de tout expliquer, mais qu’il est possible d’analyser en prenant les éléments mis bout à bout de manière tangible. Au delà de la morale et de l’aspect enchanteur des sorcières (Blair Witch était le moyen ultra réaliste de retourner à ces légendes, et de les retourner aussi), le film semble se déployer comme une fable, le long d’un parcours qui n’est ici pas linéaire.

Le motif du coquillage, de la carapace d’escargot, nous donne la spirale qui sous-tend cette histoire (l’hallucination commence en effet dès lors que ce coquillage est récupéré, artefact similaire à la grenouille qui contiendrait un prince charmant. C’est cette coquille qui semble parler aux personnages). La spirale est bien entendu un motif infini de prison : il est impossible de quitter la réserve, ainsi que sa psychose.

DE_POEL_still-2051

La sorcière qui hante cet endroit charmant tient lieu de princesse à libérer : libération qui passe, bien entendu, par la « liquidation totale » de la famille. Un last man standing façon catch, qui verra le gagnant repartir avec le lot. La coquille est le talisman qui évoque et permet d’invoquer la sorcière. Et si ces formes très précises que l’on trouve sur les coquilles de mollusques pourraient donner à un athée qui les contemple l’idée d’un ordre au monde, il en va de même de la vérité de ce qui est vu à l’écran : tout pourrait être le point de vue fou, d’une mystification, dans laquelle même les éléments les plus étranges pourraient avoir une cause naturelle et psychologique.

Cette façon de faire est un classique, mais il est plus rarement employé pour l’édification de contes cinématographiques, et c’est là le point fort de The Pool. On reconnaîtra pourtant un léger manque de cohérence, qui dégoûtera sans doute les spectateurs les plus terre à terre, les plus récalcitrants et donc les moins marrants : il serait possible de ne pas accrocher du tout à l’histoire. Et on vous l’accorde, les personnages sont bêtes. Bêtes comme souvent dans les films d’horreur, mais les quelques signes étranges apparaissant au fur et à mesure auraient sans doute fait déguerpir la majorité (pour ne pas dire la totalité) des gens qui vivraient une aventure pareil.

Pas suffisamment crédible sur ce plan, The Pool reste néanmoins un bon petit film d’horreur, réexploitant à bon escient des clichés du genre pour en faire un genre de film assez peu utilisé au delà des réécritures et dans le cinéma indépendant en général : la bonne vieille forme du conte, ici réussie et rafraîchissante, dans un film glauque et un peu inégal.

Par Jean-Gauthier Martin

embedded by Embedded Video



Laisser un commentaire

CAPTCHA *