FEFFS 2014 : The Canal – Horreur, humidité, maison hantée (à ne pas confondre avec Amour Gloire et Beauté)

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FEFFS 2014 : The Canal – Horreur, humidité, maison hantée (à ne pas confondre avec Amour Gloire et Beauté)

Film irlandais de Ivan Kavanagh

 

 

The Canal est un film qui se propose, sujet vu et revu, d’explorer les effets néfastes d’une présence ectoplasmique délétère dans une maison, qui a vu une tradition de meurtres s’y dérouler. Parvient-il à donner un regard neuf sur un genre éculé ?

On peut le dire sans trop se tromper : The Canal donne une impression de déjà vu. On n’y cherchera donc pas une originalité franche. Le film raconte l’histoire de David, archiviste de cinéma, qui fait la surprise à sa femme d’acheter une maison pour préparer la naissance d’un enfant à venir. Cinq ans plus tard, on sent que le couple a pris du plomb dans l’aile : David sent que sa femme le trompe, et à raison. Il la surprend en pleine action sur le chantier d’un de ses clients. Hésitant à aller buter tout de suite cet hidalgo chevelu de kermesse, il se ravise, jette le marteau qu’il allait utiliser dans le canal sordide du coin, et va vomir dans les toilettes publiques (d’un même genre que celles de Wetlands). Il va voir sa femme se faire tuer, mais dans une sorte d’hallucination, par une figure impossible à identifier.

Après une brève enquête, il s’aperçoit qu’une série de meurtre a eu lieu dans sa maison. Et après quelques phénomènes étranges, il est convaincu de la culpabilité d’un esprit du malin . On l’aura compris, ce n’est pas tout neuf, et le film est en cela un peu prévisible. On pourrait très bien en rester là, et que chacun rentre chez soi, la mine un peu gênée de ne pas s’être embrassés avant la fin du bal. Mais si l’histoire de The Canal n’innove pas absolument, c’est du côté de son traitement que l’on cherchera la lumière.

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Et on doit dire que sur le plan technique, ainsi que sur celui de l’effet horrifique, le film est globalement réussi. Le plus effrayant de la compétition, à l’heure où nous écrivons ces lignes. Ce qui rend cette histoire d’adultère particulièrement forte réside dans un bon usage de la suggestion (old school, mais la seule arme connue pour faire dresser le poil en salles obscures), du flou : le film reste, et c’est là sa force, dans une forme de questionnement de la réalité ou non de ce que l’on voit. C’est un retour aux origines mêmes du fantastique, à des nouvelles du type le Chat Noir, ou La Chute de la Maison Usher, d’Edgar Allan Poe.

Il y a un parti pris littéraire dans le film : les twists dans les nouvelles sont souvent plus efficaces parce qu’ils sont inattendus, et font revivre comme instantanément l’expérience de lecture. Au cinéma, on nous apporte une lumière, mais on en reste parfois là, sauf quand le tour est particulièrement bien réussi. Et c’est ce que le film se propose de faire dans sa course même, puisqu’il nous réinvite à revivre des scènes plusieurs fois, sous leur angle véritable et macabre.

Le film tire ici sa force : la caméra devient l’emprise d’un personnage, et installe des degrés de narration assez intéressant que l’on nous invite à explorer. Un dispositif efficace, qui rappelle le cinéma d’horreur japonais, façon Hideo Nakata, avec Darkwater ou The Ring (une scène excellente y rend d’ailleurs hommage dans le film), ou pour le premier surtout, on ne sait pas si c’est à un film que l’on assiste, ou au déploiement d’une métaphore. Il y a quelque chose de cette tendance à la création d’une nouvelle substance cinématographique dans ce film, bien qu’il reste peut-être un peu trop dans les codes convenus du genre.

Le réalisateur a pourtant choisi insidieusement de laisser planer le doute sur ce qu’il en est réellement de sa maison, et semble prendre la défense de son personnage et de son point de vue, qui semble être l’entité totalisante de l’histoire, un peu comme Jeff Nichols l’a fait dans Take Shelter.

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Par Jean-Gauthier Martin



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