FEFFS 2014 – Predestination : Finir par le commencement

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FEFFS 2014 – Predestination : Finir par le commencement

Film australien des Frères Spierig

Le film d’ouverture était australien… il en va de même pour ce film de clôture. Nous ouvrions le festival en parlant du choix paradoxal qu’un film d’apocalypse, de la fin des choses, puisse constituer une ouverture. La fermeture reprend donc le commencement, en s’intéressant lui même à la question de toute forme de commencement : l’individu existe-t-il par la liberté de ses choix ou par une prédestination dont il est le jouet ?

Résumer ce genre de film est une tâche ardue : en dire trop serait gâcher le plaisir du film, et n’en pas dire assez ne donnerait lieu qu’à une chiure de mouche que l’on trouve inondant nos boîtes aux lettres. Un prospectus publicitaire éhonté qui se contenterait, et croirait résumer suffisamment le film pour lui donner son existence. Notre but est avant tout de vous donner envie ou non de le voir. Aussi essaierons nous de vous y amener, ou vous dégoûter, de façon parcimonieuse.

La parcimonie n’est pourtant pas ce qui décrit le film : c’est un casse tête, qui plaira avant tout aux fans de paradoxes temporels. A ceux qui aiment les films qui font saigner les tortillons de bidoche qui constituent notre cerveau. A ceux qui ont par exemple aimé Looper, à ceux qui aiment les histoires de voyage dans le temps, qui demanderaient pour les embrasser, de recréer des schémas qui pourraient faire frémir les généalogies les plus prestigieuses.

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Il est intéressant de lier la notion de généalogie à celle du voyage dans le temps comme le font les frères Spierig. La généalogie est parfois cette force tranquille qui érige des familles, mais qui n’offre qu’un accès schématique et nominal à ces dernières (autrement dit, à aucune forme de vérite). Il ne s’agit que d’une donnée brute qui permet de comprendre ce qui nous a engendré, mais qui ne nous permet pas d’en comprendre le détail. Un homme ne survit rarement aux yeux de sa famille au delà de trois générations. On ne connaît pas l’histoire d’amour ancestrale qui explique notre présence.

Predestination, par le biais d’une drôle de société secrète, et d’une relation de proximité entre un barman (travaillant pour cette compagnie, voyageant dans le temps pour empêcher un attentat de se produire), et une cliente (ayant souhaité un jour travailler pour cette compagnie, et écrivant des historiettes pour femmes. Elle a été un jour femme, mais elle est en fait une authentique hermaphrodite, devenu homme. On vous le disait, c’est particulier et un peu alambiqué), raconte l’histoire de deux personnes en quête d’un but, un but qui semble pourtant inscrit quelque part dans leur ADN : un ADN métaphorique, puisque les gènes ne parlent pas autrement que pour confondre un coupable. On cherche ici au contraire à savoir ce qui fait partie ou non du libre arbitre.

Il y a un pressentiment de l’origine de leur désarroi, qui se concrétisera au fil de leurs découvertes. Donnant lieu à une histoire réussie et presque biblique de la naissance de l’âme : qu’elle soit meurtrière, torturée, là n’est pas la question. Le film cherche à voir comment le temps peut s’influencer, pour créer la boucle parfaite ou l’individualité semble ne plus exister, tant sa gestion du passé et de l’avenir a atteint un point de perfection. Une perfection qui est tout l’enjeu du film et qui exploite l’aspect effrayant de la notion, non seulement de perfection, mais aussi de destin et d’identité.

Predestination ressemble un peu à ces films à twists, développant tellement de paradoxes qui y perdraient les plus vaillants. Le voyage dans le temps, comme l’origine de notre existence, est d’un tel lointain, d’une telle impossible compréhension, que l’on est souvent parasités dans des approximations de compréhension, qui nous voient questionner sans arrêt le film que l’on regarde. Au contraire, Predestination parvient à monter une histoire assez bien faite pour ne pas nous faire poser sans cesse de questions, et sans faire perdre à la qualité intrinsèque du film. Belle prouesse pour un beau film labyrinthique, exigeant mais accessible.

Par Jean-Gauthier Martin

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