FEFFS 2014 : Late Phases – Vétéran « vétérinaire » de loup garou

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FEFFS 2014 : Late Phases – Vétéran « vétérinaire » de loup garou

Film américain d’Adrian García Bogliano

 

Un vétéran du Vietnam se trouve dans un cimetière pour choisir la pierre tombale qui viendra vêtir sa mort, de laquelle il se sent de plus en plus proche : c’est le choix de scène qui ouvre le film et qui vous donnera le ton de cette histoire de loup garou américaine.

Le protagoniste, Ambrose, récemment veuf, aveugle, avec de faux airs de Charles Bronson est conduit par son fils dans un quartier résidentiel réservé au troisième âge. Il offusque d’emblée tout le voisinage, sauf sa voisine de laquelle il semble commencer à s’enticher (cela ne durera pas, elle se fera en effet bouffer par un loup garou le soir même).

La police est circonspecte : chaque mois, on retrouve des maisons saccagées ou des personnes tuées par une « bête de la forêt ». « ROH MAIS ARRÊTEZ ! » a-t-on envie d’hurler aux policiers « VOUS VOUS DOUTEZ BIEN QUE C’EST UN LOUP GAROU !!!! VOUS ALLEZ JAMAIS AU CINEMA ? ». La réponse devrait être non, dans cet impossible dialogue entre personnage de fiction et spectateur, qui est pourtant un grand classique dans le genre (« nooon va pas par là ! » « mais nan, ne vous séparez donc pas bande d’abrutis ! » etc…) – un peu comme Homer Simpson donnerait des conseils à un entraîneur devant sa télé, pensant que sa parole divine transfigure cet écart infranchissable. Ne soyons pas difficile avec les personnages de fiction au cinéma : ils ne savent souvent pas qu’ils en sont.

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La première attaque voit le chien du vétéran mourir : il va se décider à l’enterrer, sur plus d’un mois et lui choisira finalement une pierre tombale massive. Mais on sent derrière ce rituel macabre, qui commence à ennuyer le voisinage, comme la préparation d’un plan de contre attaque face au loup-garou, comme une espèce de Maman j’ai raté l’avion du troisième âge.

Le film raconte cette lutte contre le loup garou, sur sa difficile identification, qui fait écho à la difficulté pour un vétéran de se reconstruire, ou pour l’homme tout simplement de vivre, d’être père. Sans être pour autant un chef d’oeuvre ou un film d’auteur, Late Phases est un film suffisamment fun et bien foutu pour vous faire passer un agréable moment, avec ou sans pop-corn.

L’homme est un loup pour l’homme, mais l’homme est plus simplement un loup solitaire : qu’on le remarque (par le loup garou, ou par le tempérament d’Ambrose qui reflète étrangement les créatures qu’il doit combattre), ou non (le plus insoupçonnable de tous), le film rappelle un peu la cruauté de la vie, et déploie aussi en filigrane un commentaire assez subtil sur la manière dont la société américaine crée des rebuts, qui restent bizarrement toujours reconnaissants du monstre véritable de la bannière étoilée qui les a engendrés.

Par Jean-Gauthier Martin



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