FEFFS 2014 : Der Samourai – La voie allemande du katana

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FEFFS 2014 : Der Samurai – La voie allemande du katana

Film allemand de Till Kleinert

On l’attendait comme le film le plus fun de la compétition, comme un film foutraque, au titre très aguicheur (franchement, DER SAMURAI, ça déglingue pas?) qu’en dire, au delà de sa couverture ? A vrai dire, on ne sait pas trop.

Bien entendu, la démarche d’avoir une attente particulière avant un film est stupide pour un cinéphile, qui peut se permettre d’aller tout voir sans se poser de question. Mais la chose est inévitable : que l’on connaisse ou non le réalisateur, que l’on ait lu un résumé, ou simplement vu une photo : le seul moyen d’éviter cet écueil aurait été de se cloîtrer dans une grotte en l’attente du festival.

En fait, le film n’est pas aussi trash qu’il pouvait laisser l’imaginer, et s’avère être une histoire allégorique sur l’homosexualité et l’émancipation. On le sait, l’emploi de l’allégorie au cinéma est complexe, loin d’être toujours réussi, et le boulot est ici à moitié fait. Le film ne semble pas avoir de but final précis, c’est un peu bordélique : aussi la figure allégorique perd en impact, puisqu’on ne sait pas au juste à quoi l’associer, puisque la vérité qu’elle cherche à recouvrir est multiple (ce qui nous semble être ici une faute de clarté plus qu’un parti pris intéressant).

Un loup sème la terreur dans un village : un policier, solitaire, vivant chez sa grand mère essaye de l’éloigner des villes par un sac de nourriture plutôt que de le tuer. Saccageant le quartier (Late Phases?), il semble être le mal venu. Le véritable responsable du carnage du village s’avère être un… samouraï travesti, au faciès plutôt particulier, et qui va entraîner le policier dans une nuit étrange, à la découverte du bizarre et de soi.

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Le film semble un peu gratuit en ce sens. Sans essayer de chercher midi à quatorze heure ou essayer de l’intellectualiser, Der Samurai recèle quand même de bonnes idées et de bons passages. Et il parle d’un sujet d’actualité, dont les échos se font encore sentir : de la difficile intégration de l’homosexualité, à plus forte raison quand il s’agit d’une petite ville de campagne, à la frontière des pays de l’Est. Dans un cadre fermé sur lui-même, on se demande presque si ce Samourai existe,ou s’il n’est pas simplement le héros, bizarre, laid – mais très beau dans sa laideur – qu’un jeune policier homosexuel refoulé a dû s’inventer pour survivre à sa vraie nature, et combattre ses opposants.

Le loup c’est l’autre, le loup, c’est nous… tout ça nous le savons. Mais la voracité du désir que l’on cherche à refouler, s’il prend les traits d’un samouraï travesti et gueule cassée, s’avèrerait être aussi irrémédiable, implacable qu’inquiétant : ne sommes nous d’ailleurs pas des épouvantails effrayants de chair désirante ? Le Samourai n’est pas le seul à être chargé de symbole, l’animal (par le loup que l’on voit par moment) aussi : le chasse-t-on en connaissance de cause ? Est-il inoffensif ? Au regard de qui ? De lui ? Ou du ridicule train de vie pavillonnaire ?

Mention spéciale à une scène de danse qui n’a rien à envier aux plus grands moments de danse au cinéma, ici dans le cadre glauque d’un auditoire aux têtes tranchées.

Si l’on envisage ce film comme vision onirique, ou un cauchemar, alors tout change. C’est justement cet aspect qui ne nous permet pas d’avoir un avis unilatéral sur le film, puisqu’on se demande encore à sa sortie : que venons nous de voir ? Légère déception, qui ne rend pas pour autant le film absolument inintéressant.

Par Jean-Gauthier Martin

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